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La Jeannoise France Bellemare a interprété pour la première fois de sa carrière le rôle de Micaëla dans l’opéra Carmen, au printemps dernier. L’un de ses airs prenait la forme d’un duo livré en compagnie du ténor Antoine Bélanger, qui campait le personnage de Don José. Cette production de l’Opéra de Montréal a fait l’objet d’une captation qui sera diffusée dans 26 salles du Québec, le 23 février. On pourra la voir, entre autres, au Vieux Couvent de Saint-Prime, de même qu’au Théâtre Banque Nationale de Chicoutimi.
PHOTO DE LA UNE: La Jeannoise France Bellemare a interprété pour la première fois de sa carrière le rôle de Micaëla dans l’opéra Carmen, au printemps dernier. L’un de ses airs prenait la forme d’un duo livré en compagnie du ténor Antoine Bélanger, qui campait le personnage de Don José. Cette production de l’Opéra de Montréal a fait l’objet d’une captation qui sera diffusée dans 26 salles du Québec, le 23 février. On pourra la voir, entre autres, au Vieux Couvent de Saint-Prime, de même qu’au Théâtre Banque Nationale de Chicoutimi.

Carmen partout au Québec

Le 23 février, il sera possible de voir une représentation de l’opéra Carmen dans toutes les régions du Québec. On pourrait croire qu’il s’agit d’un projet de diffusion piloté par le Metropolitan Opera, mais il n’en est rien. La version proposée aux mélomanes a été filmée en mai dernier, par les cinéastes Pierre et François Lamoureux. C’est celle de l’Opéra de Montréal, dont la distribution comprenait la soprano France Bellemare, originaire du Lac-Saint-Jean.

Elle assumait le rôle de Micaëla, tandis que la mezzo-soprano Krista de Silva prêtait sa voix à Carmen, aux côtés du ténor Antoine Bélanger, l’alter ego du brigadier Don José. Dirigés par le metteur en scène Charles Binamé, les interprètes, qui provenaient tous du Canada, ont vu leur travail immortalisé pendant l’une des représentations données à la Place des Arts.

«En ce qui me concerne, je n’ai rien fait de différent ce jour-là. Je me suis juste demandé s’ils feraient des gros plans, vu que le maquillage avait été adouci. La mise en scène était la même», a rapporté France Bellemare il y a quelques jours, à l’occasion d’une entrevue téléphonique accordée au Progrès. Pour elle, il s’agissait d’une prise de rôle et même si la notoriété de son personnage ne se compare pas à celle de Carmen, ce rendez-vous avec l’oeuvre de Bizet constituait une étape importante.

«Je voulais faire Micaëla depuis longtemps, parce qu’il existe une aura autour d’elle, énonce la Jeannoise. C’est le premier rôle de soprano dans cet opéra et même si elle passe moins de temps sur la scène, comparativement à Carmen, c’est ce que j’appelle un faux rôle de soutien. Il a été porté des chanteuses aussi célèbres que Kiri Te Kanawa et Mirella Freni.»

Il y a longtemps que France Bellemare souhaitait incarner Micaëla dans Carmen, une ambition qui s’est concrétisée en mai 2019. La soprano originaire de Saint-Félicien a travaillé avec des artistes qui, pour la plupart, ont fait partie, comme elle, de l’Atelier lyrique de l’Opéra de Montréal.

Micaëla, c’est la jeune femme qui a grandi avec le beau brigadier, celle qui devrait l’épouser. Dès le premier acte, ils interprètent un air en duo qui comporte une part de risque. «Il est très long et très soutenu. Le ténor doit aller dans les aigus et pour moi aussi, ça n’arrêtait pas. Je devais utiliser mon endurance de la bonne façon, ne pas tout donner au début», décrit France Bellemare.

L’autre morceau de bravoure associé à son personnage survient dans le troisième acte. C’est le fameux air de Micaëla: «Je dis que rien ne m’épouvante.» Cette fois, ce n’est pas uniquement la partition qui sollicitait le talent de la jeune femme. Le temps aussi faisait partie de l’équation. «J’avais été une heure, 20 minutes, sans chanter à mon retour sur la scène, alors que cette pièce est excessivement vocale. Après une aussi longue pause, c’était exigeant», relate la soprano.

Traçant le bilan de cette production, elle parle d’une expérience agréable au sein d’un beau groupe de chanteurs. Plusieurs membres de la distribution ayant été associés, comme elle, à l’Atelier lyrique de l’Opéra de Montréal, ce projet avait quelque chose de rassurant. «L’Atelier, c’est ma deuxième famille», note France Bellemare qui, malheureusement, ne pourra voir la captation réalisée dans le cadre d’un partenariat entre l’Opéra de Montréal et le ministère de la Culture et des Communications du Québec. Du moins, pas en public.

Rappelons que ce projet découle d’une démarche ayant pour objectif de faire circuler des oeuvres qui, autrement, ne rejoindraient qu’une fraction de la population. C’est dans cet esprit que 26 salles seront mises à contribution, le 23 février. Deux d’entre elles sont enracinées au Saguenay-Lac-Saint-Jean, soit le Théâtre Banque Nationale de Chicoutimi et le Vieux Couvent de Saint-Prime. On y attend les mélomanes à 13h 30 et 14h, respectivement.

France Bellemare aurait aimé assister à l’une des projections, mais à son grand regret, son agenda ne lui permettra pas de vivre cette expérience. «Ça m’aurait plu parce que je n’ai pas vu cette production de Carmen, puisque je passais beaucoup de temps dans les coulisses. Je vais toutefois demander une copie du film», assure la soprano.

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LA VOIX HUMAINE POUR UNE TROISIÈME FOIS

«Le chant sans le jeu, ça ne marche pas. Ce qui m’intéresse, c’est de développer des personnages, des émotions», énonce France Bellemare. C’est avec cette idée en tête qu’elle aborde pour une troisième fois La voix humaine. Cette oeuvre créée par Poulenc, s’appuyant sur un texte de Cocteau, sera présentée du 19 au 28 mars, à Montréal. Il s’agit d’une collaboration entre l’Opéra de Montréal et l’Espace Go, qui l’accueillera dans ses murs.

Pendant 40 minutes, la soprano sera seule sur scène. Appuyée par la pianiste Marie-Ève Scarfone, qui est aussi son amie, elle incarnera une femme à qui le destin s’apprête à jouer un vilain tour. Son amant veut la larguer, en effet, et le public la verra plaider sa cause au téléphone, alternant entre le chant et la parole, entre la colère et l’affection.

«Ça se passe dans les années 1930 et cette femme a été la maîtresse d’un type horrible qui envisageait de la marier. Elle est profondément déprimée, au point d’avoir tenté de se suicider, mais au bout du fil, son premier réflexe consiste à faire semblant que tout va bien. C’est une belle façon de montrer comment on se sent dans un tel contexte», fait observer France Bellemare.

Elle a abordé cette oeuvre pendant ses études universitaires, puis à l’Atelier lyrique de l’Opéra de Montréal, avant de s’investir dans le projet piloté par la metteure en scène Solène Paré. Aujourd’hui, la partition de Poulenc constitue une source d’émerveillement pour la soprano, mais si on cherchait une image pour illustrer ses premières fréquentations avec La voix humaine ça ressemblerait à un casse-tête avec beaucoup de ciel.

«La première fois, je voulais m’arracher les cheveux parce que c’est dur à apprendre. En plus, le ton est déprimant et au plan dramatique, il faut accomplir des prouesses», décrit France Bellemare. Le regard qu’elle porte a changé pour le mieux. Ça reste un solo avec une femme qui parle à un homme qu’on n’entend pas, même si la teneur de ses interventions est relayée par son interlocutrice. L’expérience, toutefois, a permis à l’interprète de trouver sa zone de confort.

«À l’exception de trois mots que j’ai de la misère à poigner, je peux maintenant le faire automatiquement. En même temps, je trouve ça merveilleux de chanter dans une salle de 300 places. Comme les gens sont près de toi, ça va se passer dans les détails. Tu peux être plus vraie. T’as pas besoin de faire de mélo parce que la partition véhicule l’émotion d’une façon presque chirurgicale. Les spectateurs se sentiront interpellés», anticipe la soprano originaire de Saint-Félicien.

Puisque La voix humaine dure 40 minutes seulement, l’Opéra de Montréal a préparé une deuxième oeuvre qui sera livrée au retour de la pause: L’hiver attend beaucoup de moi. Le livret est signé Pascale St-Onge, tandis que la musique a été imaginée par Laurence Jobidon. «J’aime voir des femmes occuper une plus grande place dans le monde de la musique», souligne France Bellemare. Elle aimerait également que ce programme circule à l’extérieur de Montréal, d’autant qu’il peut voyager léger. 

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VANCOUVER, DERNIÈRE ESCALE POUR LA SOPRANO?

Après avoir participé à la création de l’opéra Another Brick In The Wall à Montréal, France Bellemare a repris le rôle de la mère de Pink, le personnage central de l’oeuvre, lors des représentations données à Cincinnati et Toronto. Sa prochaine destination sera Vancouver, où cette production sera à l’affiche du 23 avril au 2 mai. C’est peut-être là que la soprano mettra le point final à une expérience qui fut gratifiante à bien des égards.

«Le spectacle sera présenté une nouvelle fois en 2021, à Detroit. Comme je ne serai pas disponible, il se pourrait que mon personnage soit campé par une Américaine et si tel est le cas, il ne serait pas étonnant qu’on ait recours à ses services dans d’autres villes des États-Unis», affirme l’interprète originaire de Saint-Félicien. Elle qui a vu plusieurs solistes migrer depuis le début de cette aventure, il y a trois ans, prend la chose avec philosophie.

«C’est normal dans le cadre de notre métier. Celui qui incarnait mon mari, par exemple, ne chantera pas à Vancouver. Au même moment, il fera Don José dans Carmen, à Victoria. Le genre de rôle qu’on ne refuse pas», décrit France Bellemare. Si, pour elle, c’est réellement la dernière fois, Another Brick In The Wall occupera une place à part dans son parcours artistique.

«Ça a été important dans mon cheminement, entre autres, parce qu’il s’agissait d’une création. Travailler dans ce contexte, ce n’est pas évident. Au début, lors des répétitions, c’était difficile, très énervant, parce que c’était toujours en mouvement», raconte la soprano, qui partageait la scène avec Étienne Dupuis, celui qui prêtait sa voix à Pink.

Parmi les choses qui lui ont plu, elle mentionne la présence de spectateurs qu’on n’a pas l’habitude d’aller à l’opéra. Ils l’ont fait sourire, ces gens qui arboraient fièrement un chandail aux couleurs de Pink Floyd. Ils l’ont aussi rassurée, à une époque où tant de nuages planent sur le monde de la musique. «Il y a des soirs où le public était weird, inhabituel. Des fans finis du groupe. Je trouvais ça le fun d’amener un nouveau public de cette manière, avec une création», fait observer France Bellemare.

Si vous souhaitez voir France Bellemare dans l’opéra Another Brick In The Wall, Vancouver pourrait constituer l’ultime option. La soprano ne pourra pas reprendre le rôle de la mère de Pink, le personnage principal, au cours des représentations qui seront données en 2021, à Detroit.