Dans le cadre de son projet Faith, le photographe a immortalisé de grands personnages, comme Nelson Mandela ou le Dalaï-lama.

Carl Lessard expose enfin chez lui

Le photographe Carl Lessard a exposé à travers le monde, a immortalisé de grands personnages comme le Dalaï-lama ou Nelson Mandela et a travaillé avec des artistes réputés, mais c'est seulement maintenant que le public régional a la chance d'admirer ses oeuvres, jusqu'au 25 février, au Musée du Fjord de La Baie, son patelin natal.
Une trentaine de clichés, généralement en noir et blanc, sont exposés dans le hall, un corridor et la mezzanine de l'établissement, où le visiteur déambule parmi de saisissants portraits de personnalités connues et des bribes de périples en Asie et en Afrique. Plusieurs font partie de Faith, le projet personnel de l'artiste entamé en 1998.
«Chaque voyage dure quatre ou cinq semaines, mais demande des mois de préparation et plusieurs coups de téléphone! L'horaire du Dalaï-lama, par exemple, est complet deux ans à l'avance. Il faut tomber sur un moment qui se libère. La rencontre est rapide, mais je n'utilise pas de téléobjectif. Je suis vraiment à côté d'eux, ce qui me permet d'interagir», explique Carl Lessard, qui prend le temps de connaître chacun de ses modèles. Il est d'ailleurs en train de planifier sa prochaine aventure.
Au musée, on se promène ainsi sous le regard intense de P.K. Subban, songeur de Céline Dion ou tourmenté de Xavier Dolan. Des girafes et un chameau sont maîtres dans leur savane ou leur désert. Les peuples de l'Inde et du Maroc sont montrés dans toute leur splendeur. Alors que certaines photographies sont vibrantes de netteté, d'autres sont plus éthérées, mais tout aussi belles. Le Taj Mahal semble sorti d'un monde de cendres, et un magnifique lotus apparaît comme l'objet d'un songe.
Carl Lessard s'est lancé dans la photographie il y a une trentaine d'années, après des études en physiothérapie. Il a alors décroché un premier contrat pour une revue de mode et compte depuis dans ses clients Lancôme, La Vie en rose, Reebok et Lise Watier, notamment. Dans l'exposition, on voit aussi cet aspect de son travail en l'actrice canadienne Rachelle Lefèvre, qui pose comme une diva.
«Tous mes portraits sont faits avec la même intention, que ce soit un mannequin ou un artiste connu, indique le photographe. Je veux capter leur vraie personnalité et faire quelque chose de différent de ce qu'ils ont l'habitude. Souvent, lorsqu'une personne voit son portrait, elle me dit: ''C'est vraiment moi''.»
Parfois, les clichés pour son projet personnel sont réalisés en même temps qu'une séance pour un contrat, ou ils sont provoqués. Certains artistes approchent directement Carl Lessard parce qu'ils apprécient son travail. Il a par ailleurs réalisé l'affiche du film Le règne de la beauté, de Denys Arcand, et a été nommé parmi les photographes les plus prometteurs au monde lors du Festival international de photographie de mode à Barcelone en 1991.
«J'essaie de me diversifier le plus possible. Les voyages m'apportent de nouvelles idées. Je fais même des mariages parfois, comme celui de la chanteuse Martha Wainwright. Tous les projets qui ont du sens m'intéressent», confie le Baieriverain d'origine. Il travaille entre autres présentement avec la femme d'affaires et artiste Caroline Néron, mais ne peut en dévoiler plus.
«Nous sommes dans un monde où tout va vite, où nous voyons des milliers d'images sans prendre le temps de les regarder. Je veux justement que les gens s'arrêtent sur les miennes», conclut-il.