Bruno Pelletier sera de retour au Théâtre Banque Nationale de Chicoutimi le 4 mars, dans le cadre de la tournée Regarde autour.

Bruno Pelletier, l'homme à la cinquantaine heureuse

Quand on a sorti 13 albums, dont certains qui ont connu un énorme succès, préparer une tournée constitue un exercice s'apparentant à la gestion du patrimoine. Comment concilier le désir des fans d'entendre des airs familiers avec celui de l'artiste qui a le goût d'étrenner quelques compositions, tout en exhumant de son catalogue des perles oubliées? Telle est la démarche qui a guidé Bruno Pelletier au moment de planifier le spectacle Regarde autour.
Il sera de passage au Théâtre Banque Nationale de Chicoutimi le 4 mars, à 20h. C'est l'unique rendez-vous prévu au Saguenay-Lac-Saint-Jean et il montrera l'artiste en formule trio, aux côtés du batteur Marc Bonneau et du guitariste Martin Bachand. Appuyés par des projections, ils témoigneront du fait que le principe de E.F. Schumacher, «small is beautiful», vaut également pour le monde de la musique.
«À trois, on sonne autant qu'un band rock. Il y a des moments intenses, d'autres plus intimistes, et c'est bien le fun. Moi-même, je joue de la batterie, des claviers et de la basse, en plus de chanter», a souligné Bruno Pelletier il y a quelques jours, lors d'une entrevue téléphonique accordée au journal. Heureux de reprendre la route, il lui tarde de présenter les pièces figurant sur Regarde autour, l'album qui a donné son nom à la tournée.
Cet enregistrement ne devait pas exister, du moins pas aujourd'hui, puisque l'artiste entendait s'accorder une pause. Il aura suffi d'une chanson conçue dans le cadre d'une campagne centrée sur le suicide, la pièce titre, pour remettre la machine en marche. «Cette collaboration avec Guy Tourville et Martin Bachand a tellement bien fonctionné qu'on a décidé de continuer dans la même veine», explique Bruno Pelletier.
Il parle de Regarde autour comme de l'album de la cinquantaine heureuse, un projet nourri de collaborations qui se sont matérialisées spontanément, qu'il s'agisse des textes rédigés par Kim Thuy, Nelson Minville et Luc De Larochellière ou du duo mettant en scène Lynda Thalie. «Je crois beaucoup à la chimie, aux affinités qu'on a avec les gens», énonce l'interprète.
Parmi les pièces qui lui sont chères, mentionnons Mangez donc toute d'l'a..., un texte de Daniel Blouin qui tranche avec ses habitudes. «Le ton est plus québécois, alors que j'ai tendance à chanter dans un français normé. Je n'étais pas sûr au début, mais je l'ai gardé parce que le propos est fort. Il y a des références à la politique, à la corruption. Je trouve aussi que le refrain est intéressant», fait-il observer.
Bien sûr, le nouveau spectacle ménage une place à ses classiques, les siens et ceux des comédies musicales auxquelles l'interprète a été associé. Quant aux surprises, elles comprennent quelques titres méconnus, dont J'ai essayé. Privé de scène depuis 1999, celui-ci effectue un retour que les fans apprécient autant que le principal intéressé.
«Quand on possède un gros catalogue, il y a des bijoux qui n'ont pas joué à la radio et que les gens aiment redécouvrir. Ce texte de Roger Tabra évoque la folie de l'homme et dans la foulée de l'attaque commise à la mosquée de Sainte-Foy, j'en ai fait un clip diffusé sur Internet. C'était ma façon de manifester mon soutien», raconte Bruno Pelletier.^
Le temps des questionnements
Bruno Pelletier représente bien plus qu'un chanteur. C'est aussi un homme qui sent venir les choses et qui a appris à composer avec les aléas du métier, des qualités qui se révèlent précieuses en ces temps de vaches maigres pour l'industrie. Loin de baisser les bras, il croit que chaque époque est porteuse d'opportunités.
Aujourd'hui, par exemple, les avancées de la technologie, jumelées à la mise à niveau opérée dans la plupart des grandes salles du Québec, permettent à un artiste de compresser les coûts générés par une tournée. On peut également ajouter des projections, ce qui aide à habiller une scène lorsqu'on évolue avec des effectifs réduits.
Ce qui est tout aussi important, c'est le travail effectué en amont, avant même que les musiciens ne pointent le bout de leur nez. «La clé réside dans la préparation. C'est ainsi qu'à l'automne, j'ai réfléchi au spectacle que je présente aujourd'hui, afin de tenir compte de la nouvelle réalité. Comme il y a moins d'argent, on a moins de temps pour répéter», décrit Bruno Pelletier.
Il croit que malgré les contraintes, il est toujours possible de tenir le public en haleine pendant deux heures. En ce qui touche les albums, en revanche, on le sent plus ambivalent. Le format lui plaît toujours, mais a-t-il un avenir? Si on consomme les chansons une par une, pourquoi se donner le trouble d'en sortir une douzaine à la fois?
«Moi-même, je préfère les albums, ce qui comprend les pièces moins connues qui côtoient les succès. Je me dis que si l'artiste a choisi de les présenter, il y a une raison derrière, que c'est cohérent avec sa vision. Je suis attaché à l'objet, aussi, et je réalise que je ne suis pas le seul, puisqu'à la fin de chaque spectacle, je signe un paquet de disques. Comme il reste peu de magasins qui en vendent, les gens en profitent pour compléter leur collection», fait observer le chanteur.
Âgé de 54 ans, Bruno Pelletier a connu l'âge du vinyle en tant que consommateur, puis celui du CD, mais la nostalgie peut être mauvaise conseillère, d'où les questions qu'il se pose. «Ça change à la vitesse grand V et de mon côté, un processus de réflexion est engagé, confirme l'artiste. Les gens consomment la musique autrement, souvent à l'unité, et peut-être qu'il serait préférable de sortir trois ou quatre pièces à la fois, soit l'équivalent d'un EP.»
En attendant de trancher, il envisage la sortie d'un vinyle en 2018. Ce serait pour souligner les 20 ans de l'album Miserere, qui pourrait constituer le point d'ancrage de sa prochaine tournée. «Si je vais dans cette direction, le vinyle représentera un objet de collection. Comme j'ai commencé à l'ère du CD, ce serait mon premier», précise Bruno Pelletier.