Natasha Kanapé Fontaine, que le grand public a pu découvrir cette année dans Unité 9, était de passage au Cégep de Chicoutimi, dans le cadre de la Semaine des Premiers peuples.

Briseuse de perceptions

Accepter le rôle d’une détenue écorchée et hantée par son passé pour améliorer l’image des peuples autochtones, voilà une solution quelque peu inusitée empruntée par la poétesse et comédienne Natasha Kanapé Fontaine, mais particulièrement intelligente. L’Innue originaire de Pessamit, sur la Côte-Nord, voulait ainsi offrir deux visions complètement différentes au public, car, selon elle, la réconciliation entre les Premières Nations et les Québécois passera par un changement des perceptions.

« J’ai hésité avant d’accepter le rôle dans Unité 9, car j’étais fatiguée de l’image des Premiers peuples véhiculée un peu partout. Vous voyez, cette image négative des Autochtones, je ne voulais pas encourager ça. Mais, en même temps, je me suis dit que ce serait un beau et grand défi, puisque j’aurais ensuite la chance de proposer une autre image de moi au public, en accordant des entrevues, par exemple. Ma mission est de me présenter sous mon meilleur jour, comme ç’a été le cas à Tout le monde en parle. Même la maquilleuse m’a dit qu’elle me ferait belle et j’ai pris soin de choisir mes plus beaux vêtements. Je me suis aussi énormément préparée pour livrer le meilleur discours possible. Je veux transmettre une image positive, à l’opposé de mon personnage. Offrir un vrai ‘‘clash’’ entre les deux, pour briser les perceptions », a expliqué Natasha Kanapé Fontaine. 

Évidemment, l’écrivaine et comédienne est consciente que le pari était risqué. « Je me suis vraiment préparée pour ce rôle, autant physiquement que psychologiquement et même spirituellement. Je voulais être la meilleure et la plus efficace possible », admet-elle. Visiblement, son labeur a porté ses fruits puisque son interprétation de Eyota Standing Bear a été accueillie avec beaucoup d’éloges. 

Présentée également comme une militante pour les droits autochtones, la jeune femme (elle est née en 1991) espère proposer des pistes de réflexion pour une éventuelle réconciliation entre les peuples.

« J’ai beaucoup réfléchi au cours des dernières années et je me suis reconnectée à notre identité profonde. Pour établir de bonnes relations entre les Québécois et les Premiers peuples, il va falloir commencer par discuter et par changer les perceptions, parce que nos deux visions d’un même concept ne sont pas les mêmes », souligne celle qui donne en exemple l’utilisation des ressources naturelles ou la spiritualité. « Même nos concepts politiques ne sont pas les mêmes. Il faut aussi commencer par se comprendre nous-mêmes (les Autochtones) et se comprendre entre nous et les Québécois. Ce sera un long travail, mais j’ai espoir. Je crois surtout que cette compréhension passera par la future génération. Et peut-être même par la future génération de femmes. La situation évolue tout de même rapidement au sein de la population », estime Natasha Kanapé Fontaine. 

Et si elle devait donner un conseil aux jeunes Autochtones qui la regardent évoluer ? « Je leur dirais de ne jamais avoir peur de leurs racines et des paroles de leurs ancêtres. On s’est tellement fait dire que ça n’avait aucun sens et que ce n’était pas bien. Il ne faut surtout pas en avoir peur et les ignorer. Ces paroles, que j’ai écoutées, ont forgé ce que je suis aujourd’hui », souligne l’auteure. 

Le personnage de Eyota Standing Bear, avec ses tatouages, a fait une entrée remarquée à Lietteville. Les téléspectateurs en apprendront certainement davantage sur ce personnage marqué par son passé au fil des épisodes. Mais Natasha Kanapé Fontaine ne peut évidemment pas en dévoiler davantage.

Excuses

Et que répond-elle aux excuses des gouvernements et à l’absence de celles du pape François ?

« Je resterais prudente concernant le fait que le pape a refusé de s’excuser devant les peuples autochtones. J’ai déjà été catholique. Je ne le suis plus, mais j’ai beaucoup lu au sujet du pape, qui est un homme assez intéressant. Je crois qu’il sait que ses excuses, nous ne les accepterions pas de toute façon. Peut-être préfère-t-il trouver des solutions, à la place de s’excuser. Je l’espère », a affirmé Mme Kanapé Fontaine. 

En ce qui a trait aux excuses des gouvernements, la jeune Innue estime qu’il serait temps de regarder en avant plutôt qu’en arrière.