Jean-François Pronovost (au centre) assume le rôle de Jacques Brel dans le spectacle Amsterdam. Il partage la scène avec dix autres comédiens.

Brel et ses personnages revivent

Jacques Brel en 1947. Il travaille dans la cartonnerie de son père et malgré ses origines bourgeoises, le jeune homme tisse des liens étroits avec les ouvriers. Certains portent des noms qui nous sont familiers. Il y a un Jef, une Mathilde, une Frida, qui existeront plus tard dans des chansons devenues immortelles. Ce sont eux, et bien d’autres personnages, qui forment la trame du spectacle Amsterdam.

Créée il y a deux ans par Mélissa Cardona, qui signe également la mise en scène, cette production ambitieuse, à laquelle 11 artistes prêtent leur concours, fera escale au Théâtre Banque Nationale de Chicoutimi, aujourd’hui (samedi) à 20 h. Le rôle de Brel est assumé par Jean-François Pronovost, qui a été recruté à la fin de ses études à l’École nationale de théâtre. Ayant abordé le répertoire du Belge dans le cadre de sa formation, il a fait si bonne impression que le mot s’est passé, à son insu.

« C’est venu aux oreilles de Mélissa, qui m’a embauché sans même me faire passer une audition. Tous les deux, lors de notre première rencontre, nous avons eu un coup de foudre artistique. Nous sommes aussi devenus des amis », a raconté le comédien il y a quelques jours, lors d’une entrevue téléphonique accordée au Progrès. Signe qu’une bonne fée veillait sur ce spectacle, la fille de Brel, France, a permis à l’équipe d’intégrer une vingtaine de chansons à la trame dramatique. Certaines connues, d’autres moins.

Dans le spectacle Amsterdam, une vingtaine de chansons de Jacques Brel sont interprétées par les comédiens, certains connues et d’autres pas.

« Il y a des choses comme Les fenêtres, que les gens découvrent, et d’autres pièces qui sont devenues des classiques. Plusieurs sont issues du dernier album, Les Marquises, qui porte un regard rétrospectif sur sa vie. Il sentait venir la mort, ne respirait qu’avec un poumon quand les sessions ont commencé. C’est pour cette raison que des enregistrements ont été bouclés dès la première prise », rappelle Jean-François Pronovost.

Quand on sait que certains acteurs sont devenus fous après avoir incarné Jésus ou Napoléon, on imagine ce qu’il doit ressentir. Pourtant, l’interprète affiche une sérénité apparemment inaltérable. « Jouer Brel, je trouve ça plus excitant qu’intimidant. Pour me préparer, j’ai lu des biographies, mais elles livrent peu d’informations sur sa jeunesse. J’ai donc été chercher l’intensité qui émane de ses textes écrits à l’âge adulte, au moment où il vivait à fond, qu’il brûlait de quelque chose », décrit le comédien.

Un autre facteur qui l’a aidé à composer avec le rôle tient à la présence de tant de camarades autour de lui. Ensemble, ils portent la parole du grand Jacques, tout en évoquant une expérience qu’il a vécue pour vrai, au sortir de la Deuxième Guerre mondiale. Ça s’était passé dans une école, pas à la cartonnerie, alors qu’il s’était mis en tête de monter un spectacle s’appuyant sur des textes de Saint-Exupéry.

« À l’époque, Brel était un cancre, le bouffon de la classe. C’est un professeur de mathématiques qui a découvert son talent pour l’écriture. Il lui a donné un exemplaire du Petit Prince et possiblement de Don Quichotte, un personnage qui l’aura suivi toute sa vie. Au fil du spectacle, que je considère comme un théâtre musical, on assiste à des moments drôles, d’autres touchants. En même temps, on apprend des choses à propos des personnages », laisse entrevoir Jean-François Pronovost.

La plupart des chansons sont interprétées tout du long, appuyées par une bande sonore sur laquelle se pose la voix des comédiens. Lui-même a ainsi apprivoisé une forme d’expression avec laquelle il se sent de plus en plus à l’aise.

« Je m’étais fait la main avec un spectacle pour enfants auquel j’ai participé pendant deux étés, en 2011 et 2012. Je me suis rendu compte que le chant, c’est un format artistique qui me permet de déployer mon talent », souligne l’interprète.

N’empêche, il fallait avoir la foi pour lancer une production aussi pléthorique sur les scènes du Québec. « C’était un gros pari. On se demandait comment on remplirait les salles et on a porté ce projet à bout de bras. Or, le lien avec Brel a aidé, tout comme l’appui du public et des diffuseurs », avance Jean-François Pronovost. Il ajoute qu’après la présente tournée, Amsterdam passera l’été au Théâtre de Rougement, avant de reprendre du service en 2020. Il est aussi question de l’Europe, une affaire à suivre.

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UNE DEUXIÈME SAISON AVEC PASSE-MONTAGNE

Le tournage des nouveaux épisodes de Passe-Partout a commencé cette semaine. Les comédiens associés à la version moderne de l’émission ont pris le chemin du studio après avoir mesuré l’impact qu’ont eu les épisodes diffusés par Télé-Québec, plus tôt cette année. L’un d’eux, Jean-François Pronovost, avait hâte de replonger dans cet univers stimulant.

« Je suis excité à l’idée de voir quelles niaiseries ils vont me demander de faire et je suis content de retrouver les interprètes de Passe-Carreau et Passe-Partout (Gabrielle Fontaine et Élodie Grenier). Sur le plateau, elles ne sont pas si fréquentes, les fois où nous sommes ensemble, tous les trois », a confié au Progrès l’alter ego de Passe-Montagne.

La nouvelle saison comprendra 40 épisodes et pour le comédien, ça représente une charge de travail oscillant entre quatre et huit jours par mois. Ça lui laisse du temps pour jouer dans Amsterdam, la pièce inspirée par des chansons de Brel, et pour concocter un autre projet qui l’amènera sur les planches à l’automne. Néanmoins, c’est l’émission qui est devenue la grande affaire dans sa vie, du moins, au plan professionnel. Dès qu’il met le pied dehors, on lui rappelle à quel point Passe-Partout suscite l’intérêt.

« L’impact a dépassé les attentes, même si on se doutait qu’il serait grand. Avant que ça sorte, on avait confiance. On a travaillé avec notre coeur, dans le respect des détails, mais j’ai été surpris de voir que l’approbation était quasiment unanime. C’est rendu qu’une ou deux fois par jour, on me reconnaît en ville. Quand les parents disent aux jeunes que c’est Passe-Montagne, certains sont un peu gênés, puis je deviens leur grand chum », raconte Jean-François Pronovost.

Revenant sur son apprentissage du personnage, il laisse entendre que les choses se sont placées naturellement, et ce, dès l’étape des auditions. Au moment de préparer la deuxième saison, la proximité est encore plus grande, même qu’on pourrait parler de complicité, à en juger par ses propos. « La base était claire pour moi et là, ça se raffine. On est des chums et c’est lui qui commande. Tout ce que j’ai à faire, c’est de rester disponible, à l’écoute de ce qui se passe », énonce le nouveau Passe-Montagne.