Lyzane Potvin et Les abysses, juste avant que cet immense tableau ne soit déplacé à Langage Plus.

Bref portrait d’une année culturelle foisonnante

Plusieurs événements ont animé la scène culturelle en 2018, ce qui témoigne de la vitalité du Saguenay-Lac-Saint-Jean dans toutes les sphères de la création. Il est impossible de tous les relever, mais voici quelques-uns d’entre eux, juste pour le plaisir de se les remémorer. Les personnes qui n’ont pu y assister peuvent se consoler en se disant que 2019 s’annonce aussi foisonnante.

Si Le monde de Tintin a attiré des milliers de visiteurs à La Pulperie de Chicoutimi, il importe de mentionner l’exposition Datasets: Lumière: Chicoutimi de Paolo Almario, dont il est question ailleurs dans ces pages (voir page 19). Il suffit d’y jeter un oeil au Centre Bang, de plonger au coeur de sa démarche, pour comprendre ce qui a poussé le Conseil des arts et des lettres du Québec à lui remettre le prix destiné au créateur de l’année au Saguenay-Lac-Saint-Jean.

Kent Nagano dirigeant l’Orchestre symphonique de Montréal à Mashteuiatsh.

L’art voyage plus que jamais, comme le démontrent les artistes à l’origine du groupe AMV, Mathieu Valade, Julien Boily et Cindy Dumais. Leur dernière sortie, à laquelle d’autres créateurs étaient associés, les a menés à Berlin. Une exposition collective proposée par la galerie rosalux a présenté des oeuvres de leur cru, tandis que son directeur, Tiny Domingos, a fait escale à la galerie L’Oeuvre de l’Autre de Chicoutimi, en novembre.

La performance la plus impressionnante est toutefois celle de Lyzane Potvin. Elle a profité d’un séjour chez ses parents, à Alma, pour créer un tableau immense qui a abouti à Langage Plus, le temps d’une exposition à laquelle participait également Rober Racine. Intitulée Les abysses, c’est son oeuvre la plus ambitieuse, un projet fou réalisé dehors, parfois sous la neige.

Quatre longs métrages

Au cinéma, le long métrage de Sébastien Pilote, La disparition des lucioles, a montré le Saguenay sous un jour différent, tout en jetant une lumière tantôt douce, tantôt crue, sur une adolescente désenchantée. Un autre réalisateur d’ici, François Girard, a créé la fresque historique Hochelaga, tandis que Samuel Thivierge a présenté Identités au printemps.

Jean-Marc E. Roy et Philippe-David Gagné

En parallèle, plusieurs projets de courts sont en chantier, dont trois qui ont maillé des réalisateurs à des compositeurs de la région, sous l’égide de la bande Sonimage et du Centre d’expérimentation musicale. Mentionnons enfin l’honneur qui a été conféré à Jean-Marc E. Roy et Philippe-David Gagné quand leur long métrage rendant hommage au cinéaste Marc-André Forcier, Des histoires inventées, a été projeté lors de la soirée d’ouverture du Festival de cinéma de la Ville de Québec.

En musique, par ailleurs, plusieurs événements ont frappé les esprits, à commencer par le concert des Violons du Roy donné le 16 décembre, à la cathédrale de Chicoutimi. La performance de l’autre invitée de marque, la soprano colorature Marie-Ève Munger, restera gravée dans les mémoires. Signalons également le concert qui a réuni le Choeur Amadeus et le Choeur de Québec. À Arvida, puis à Québec, ils ont fait honneur à une oeuvre de l’Anglais Karl Jenkins, L’Homme armé, un vibrant plaidoyer pacifiste.

La communauté de Mashteuiatsh a aussi eu de la belle visite, alors que l’Orchestre symphonique de Montréal, dirigé par le maestro Kent Nagano, a présenté un concert centré sur la légende de Tshakapesh. Fait important, ce projet a résulté d’une étroite collaboration avec des artistes autochtones, dont Florent Vollant, qui assurait la narration en langue innue.

L’opéra Faust, lui, a exploré d’autres thématiques au cours des représentations données au Théâtre Banque Nationale de Chicoutimi, sous l’égide de la Société d’art lyrique du Royaume. Le sinistre Méphistophélès était incarné avec vigueur par Gino Quilico, tandis que France Bellemare a campé une Marguerite émouvante. Il s’agissait de la dernière mise en scène de Guylaine Rivard pour la compagnie. C’est Rodrigue Villeneuve qui planchera sur la prochaine production, La Traviata.

Ville d’Alma Spectacles a aussi eu la bonne fortune d’accueillir la contralto Marie-Nicole Lemieux en mars, à la Salle Michel-Côté. Un mois plus tôt, c’était au tour du violoniste Alexandre Da Costa de s’y pointer. Dans chaque cas, il faut y voir l’aboutissement des efforts consentis par les initiateurs de la filière Concerto, dédiée depuis longtemps à la musique classique.

S’agissant de la littérature, enfin, impossible d’omettre le remarquable essai de Mustapha Fahmi publié par La Peuplade, une réflexion philosophique ayant pour titre La leçon de Rosalinde. Ce fut aussi une grande année pour Frédérick Lavoie, qui a publié deux livres en 2018. Le premier, Avant l’après, a reçu le Prix du Gouverneur général. Puis est sorti un ouvrage à quatre mains, Frères amis, frères ennemis, fruit d’une correspondance avec son frère Jasmin. Celui-ci était basé au Pakistan, alors que l’aîné vivait en Inde.