Lewis Furey vient de sortir l’album Haunted By Brahms sur lequel il reprend 16 lieder du compositeur allemand, ainsi qu’une chanson à lui tirée de l’album The Humours Of Lewis Furey. Il souhaite maintenant les présenter dans différentes villes au Québec.

Brahms sur scène, sur disque, grâce à Lewis Furey

Lewis Furey aime acheter des partitions pour le plaisir de découvrir la musique autrement qu’en l’écoutant. C’est ainsi que le musicien s’est imprégné des compositions de Leonard Bernstein formant la comédie musicale West Side Story et qu’un beau jour, il est tombé en amour avec les lieder de Johannes Brahms.

Le répertoire de l’Allemand lui était familier, mais surtout les œuvres orchestrales et celles destinées aux chambristes. Or, il a trouvé une parenté entre l’homme qui a créé près de 200 lieder au cours de sa carrière et sa propre vocation de faiseur de chansons. « Comme moi, il a fait ça toute sa vie. À mes yeux, c’est un “songwriter” modèle », a décrit le Montréalais mercredi, à la faveur d’une entrevue téléphonique accordée au Progrès.

Sa formation classique avait été centrée sur l’apprentissage du violon, mais sa maîtrise du piano lui a permis de prêter vie aux lieder. Il l’a d’abord fait à la maison, pour le cercle des intimes, puis en public, à l’occasion d’une série de concerts livrés dans la Métropole. C’est à ce moment qu’ATMA Classique a exprimé le désir de réaliser un enregistrement, lequel est disponible depuis vendredi. Le titre : Haunted By Brahms.

C’est Lewis Furey qui a sélectionné les 17 titres qui figurent sur l’album, le dernier faisant figure d’exception parce qu’il est de lui. Il s’agit de Haunted, une chanson tirée de son deuxième disque, The Humours Of Lewis Furey, sorti en 1976. L’écoute de ce vinyle aux accents brechtiens permet de constater que cet air est différent des autres, en ce sens que l’enveloppe est dépouillée.

« Il s’agit d’un piano-voix que j’ai intégré à la série de concerts portant sur les lieder de Brahms, au moment du rappel. C’est ma femme, Carole (Laure), qui m’avait convaincu de le faire et j’ai repris la chanson sur l’album », raconte l’artiste. Il a également planché sur les textes, à partir de traductions anglaises et françaises. L’objectif était de les mettre à sa main, tout en leur conférant une facture contemporaine.

« Ce sont des textes à moi, puisque je me suis donné une marge créative. À travers la musique de Brahms, je voulais montrer comment chaque génération peut adapter les poèmes. C’est une façon de découvrir de quelle manière ils nous parlent aujourd’hui, une liberté que j’ai revendiquée, en même temps qu’une forme d’appropriation culturelle », fait observer Lewis Furey, dont les versions comportent des références relativement récentes, notamment aux Beatles.

Là encore, il trace un parallèle avec ce que faisait le compositeur de Wiegenlied en son temps. Lui aussi affectionnait les airs populaires, les danses folkloriques en vogue dans les pays de l’Europe centrale. Et quand il choisissait les poèmes appelés à devenir des lieder, ce n’était pas la notoriété de l’auteur qui le guidait. Il fallait que le texte lui parle et rejoigne la sensibilité du moment.

C’est pour cette raison que ceux qui ont été regroupés sur l’album évoquent des thèmes comme l’amour inaccessible, l’amour perdu, l’amour à conquérir. La mort rôde entre les lignes, parfois aussi les résonnances de l’inconscient, dont Freud venait de révéler l’existence. « Les gens qui écoutent ces lieder les trouvent modernes. Depuis l’époque de Brahms, la chanson populaire n’a pas changé tant que ça », estime Lewis Furey.

Il souligne du même souffle qu’au 19e siècle, la parution de nouveaux lieder constituait un événement comparable à la sortie de l’album d’une vedette rock. On se précipitait chez les marchands de musique en feuilles pour jouer ces airs à la maison, d’autant qu’ils étaient à la portée des pianistes du dimanche. « Brahms a fait le nécessaire pour qu’ils soient accessibles. Un type comme moi, avec un bac en musique, peut les faire. Ce n’est pas comme ses concertos », avance l’artiste.

Maintenant que l’album est disponible, il souhaite reprendre l’interprétation des lieder partout au Québec, notamment au Saguenay-Lac-Saint-Jean, une région qu’il a visitée à maintes reprises pour des raisons familiales, sans jamais s’y produire en spectacle. « La forêt m’inspire et me rapproche de Brahms, indique Lewis Furey. Il a souvent composé l’été, pendant ses vacances dans la forêt Noire, et a mis en musique plusieurs textes qui abordaient ce thème. »

D’autres projets solliciteront son attention, dont une nouvelle collection de chansons qui devrait voir le jour d’ici à deux ans. Enfin, il a l’intention de porter à la scène Night Magic, un film musical sorti en 1985. C’est lui qui en avait assuré la réalisation, en plus de composer la musique. Les textes avaient été écrits par Leonard Cohen.