La nouvelle édition remasterisée du premier album d’Abbittibbi, Boomtown Café, s’offre une pochette redessinée.

Boomtown Café d’Abbittibbi, 37 ans après

Le premier album du groupe Abbittibbi, paru en 1981, est depuis belle lurette introuvable. Quelque peu passés sous le radar à l’époque, plusieurs titres sont néanmoins devenus phares au sein du répertoire de Richard Desjardins et même de la chanson québécoise, notamment Le chant du bum ou Le beau grand slow. À l’occasion de la réédition de Boomtown Café, disponible dès maintenant en format numérique, disque compact et vinyle, Le Progrès s’est entretenu avec l’auteur-compositeur-interprète abitibien.

Si la parution d’un premier album est un moment définitivement charnière pour une formation, l’orchestre Abbittibbi n’a guère savouré cet aboutissement, au début des années 80. Aux dires de Richard Desjardins, l’opus n’est jamais réellement sorti. « Je ne me rappelle pas qu’il y ait eu un lancement pour Boomtown Café. On cherchait désespérément un producteur jadis, et c’est par le biais de la station de radio country CKVL, qui s’était montrée intéressée par Le chant du bum, qu’on était entré en studio. La production avait été bâclée, notamment en raison du format AM qui obligeait au mixage d’écraser les basses. On n’était pas vraiment contents du résultat », précise le pianiste, qui s’était retrouvé dans la métropole en provenance de Rouyn-Noranda avec ses acolytes. 

Il ajoute que les musiciens n’ont jamais connu le nombre de 33 tours produits et n’ont curieusement jamais touché un sou des ventes de ce dernier. En conséquence, l’album est devenu très rare immédiatement, et les productrices ont pris la poudre d’escampette, avec les matrices originales.

Il y a quelques années, une de celles-ci a été retracée en banlieue de Barcelone. « Elle se souvenait vaguement de ce projet, mais finalement, on est venu à bout de retrouver les bandes primaires de notre premier album. On s’est bien évidemment portés acquéreurs de ce mix, 35 ans plus tard. Ça nous était resté sur le coeur, ce premier album qui nous a pris des années à écrire et qui n’avait jamais été savouré », ricane Desjardins.

« On retrouve le bon son country rock des orchestres de l’époque. Ça va plaire pour sûr. »

Richard Desjardins

Une des surprises a été de redécouvrir le son en studio lors de la captation originale. Le résultat, une fois rematricé, a dérouté les membres originaux d’Abbittibbi qui étaient réunis au domicile de Richard Desjardins pour ce moment historique. 

« Vous auriez dû voir la face qu’ils ont faite ! On retrouve le bon son country rock des orchestres de l’époque. Ça va plaire pour sûr », vulgarise le documentariste dans un registre familier qui lui est propre.

Retrouvailles méritées

Il s’agissait du seul album en carrière que Richard Desjardins n’avait pas produit, mais cela n’empêchait pas pour autant le chanteur connu pour être revendicateur d’aller puiser dans le répertoire de Boomtown Café et de propulser certains de ces titres au statut de chansons-cultes, avec notamment Y va toujours y avoir et la pièce éponyme, Boomtown Café. « Il y avait des chansons qui étaient un peu perdues là-dedans, que j’ai d’ailleurs reprises dans des albums subséquents. Cette remasterisation, c’est le plaisir de retrouver à l’état original des pièces qui ont pris des mois à écrire », mentionne avec satisfaction Desjardins. Il souligne par le fait même qu’elles seront enfin disponibles dans une sonorité riche et unique.

Il avoue candidement que la qualité de composition des pièces, liée de près à celle de l’orchestre composé de Gary Farrell, Rémi Perron, Claude Vendette, Theo Busch et Michel Jetté, fait revire la belle époque des ensembles regorgeant d’instruments. L’écoute de cette version nettoyée de Boomtown Café met en effet en lumière un amalgame étonnant et étoffé, à la sonorité savoureuse du piano et des guitares, accompagnés de saxophones ténor et alto, de flûte, de piccolo, de bongos et de steel guitare. Richard Desjardins précise d’ailleurs, dans un texte inédit relatant la genèse de sa première galette, qu’« il est arrivé souvent qu’il y avait plus de musiciens sur le stage que de clients dans le bar » . En plus de ce récit, la nouvelle mouture de Boomtown Café s’offre une pochette entièrement redessinée. 

Un soupçon de nouveauté s’immisce aussi dans la liste des pistes, laquelle comprendra There’s Nothing There du violoncelliste allemand Theo Busch qui venait à peine d’intégrer Abbittibbi. Ce titre n’avait pas été enregistré au même studio, mais il était apprécié des membres de l’orchestre, surtout en prestation, ce qui explique, entre autres, son ajout sur la nouvelle édition.

Questionné à savoir quel est le principal legs de ce premier album sur sa carrière ainsi que son univers musical, Richard Desjardins ne se fait pas prier pour se remémorer le plaisir qu’il a eu à jouer en orchestre. «C’était le bonheur de jouer avec une si belle formation. Il n’y a pas eu beaucoup de spectacles, mais les shows qu’on donnait, le monde s’en rappelle. On appelait ça un Madison Show. On pouvait jouer pendant quatre heures. Dans la jeune trentaine, l’énergie, on ne sait quoi en faire, alors on faisait tout nous-mêmes. Et tout ça pendant qu’on était pauvres raides, pauvres comme de la neige », se rappelle le chanteur, avec une poésie évocatrice qui lui est propre. 

Il finalise l’entretien avec humour, précisant qu’il a toujours été agacé de ne pas pouvoir tenir en ses mains cet album qui se détaille autour de 300$ sur le marché clandestin. « Trois cents piasses, on n’a jamais eu ça... à notre orchestre au complet! », rigole, nostalgique, l’artiste engagé.