Un album, une tournée québécoise, suivie par de nouveaux séjours en Europe. L’année 2020 s’annonce fructueuse pour le groupe Bodh’aktan, qui se produira à Dolbeau-Mistassini et Alma en mars.

Bodh’aktan: un nouvel album festif, spontané, avec un grain de sérieux

«On était plus fringants dans le temps», lance Alex Richard dans la chanson Tant qu’il restera du rhum, la dernière figurant sur l’album De temps et de vents. Le ton n’est pas celui du regret, malgré ce que suggèrent les notes de cornemuse distillées par Luc Bourgeois sur fond de musique celtique. Il s’agit plutôt d’un constat, celui d’une joyeuse bande qui, après dix années particulièrement intenses, a appris à ménager sa monture.

Ce n’est pas un luxe, eu égard aux tournées toujours plus longues, qui mènent le groupe toujours plus loin. Après avoir sillonné les routes du Québec et du Canada anglais, Bodh’aktan multiplie les séjours en Europe, où il retournera en 2020. «On ne peut pas être sur la brosse si on veut faire la «run» au complet. Mais des fois, ça peut arriver qu’on l’échappe», énonce Luc Bourgeois avec humour, au cours d’une entrevue téléphonique accordée au Progrès.

Reprenant son sérieux, il affirme que lui et ses camarades sont plus vieux, plus sages, ce qu’illustre le fait que la plupart sont devenus pères dans les dernières années. Il était donc approprié que ce thème soit abordé sur Tant qu’il restera du rhum, une pièce créée à partir de La finale, une vignette qui avait été conçue pour clore les rencontres avec le public. «Alex a récupéré le refrain en élaborant davantage. En dix ans, il s’en passe des choses», fait observer le cornemusier.

Le nouvel album de Bodh’aktan, De temps et de vents, a été complété l’été dernier, pendant sa tournée européenne. Il renferme des airs festifs aux accents celtiques, mais aussi quelques titres laissant filtrer une pointe de sagesse.

D’autres compositions font écho à ce désir de densifier le propos. C’est ainsi que dans Le dernier bateau, une ballade, la mort impose sa présence, immuable, imparable. Et comme elle rapetisse les voiles de tout le monde, un autre titre, L’appel du large, offre un conseil approprié, cette fois sur une trame festive, tendance punk rock. «C’est mon seul texte. Ça dit qu’il ne faut pas attendre pour vivre pleinement sa vie. Il y a tellement de gens qui passent à côté», affirme Luc Bourgeois.

Plus vieux, plus sages, on veut bien, mais les membres de Bodh’aktan ne perdent pas de vue leur mission sur la Terre, ainsi résumée par le cornemusier. «À la base, nous sommes un groupe festif avec des rythmes ‘‘up-tempo’’. Même s’il nous arrive d’aborder des sujets plus sérieux, même avec notre conscience sociale qui s’éveille, on essaie d’amener un trip de bonne humeur», décrit le musicien.

Une autre caractéristique que reflète l’album tient à la spontanéité du septuor. Une fois de plus, en effet, la mise en place des chansons a été effectuée en pointillé. D’abord à la maison, puis sur la route. Puisque les gars ne vivent pas au même endroit, c’est à distance que chacun a soumis ses idées aux autres par le truchement d’Internet, avant de travailler dessus en produisant des pistes individuelles.

«Quant à l’enregistrement, il a été réalisé pendant que nous étions en tournée. On a fait les pistes vocales en Europe, où on a beaucoup joué l’été dernier. C’est là aussi qu’on a procédé au mixage. On ne part jamais avec un plan, mais au final, on voit qu’il y a une diversité dans les chansons, tandis que l’unité découle de l’instrumentation. C’est là que réside la couleur de Bodh’aktan. C’est la colle qui fait que ça va tenir», analyse Luc Bourgeois.

Tout en profitant des opportunités offertes en Europe, notamment dans les festivals, les membres du groupe Bodh’aktan aiment jouer dans les petites salles du Québec. Ils les retrouveront en mars et avril, grâce au spectacle inspiré par l’album De temps et de vents.

ENFIN, UNE TOURNÉE DES SALLES QUÉBÉCOISES

À quoi sert un album en 2020, à l’ère des chansons vendues pour presque rien? À ouvrir un nouveau cycle de tournées, répond Luc Bourgeois, du groupe Bodh’aktan. «En ce qui nous concerne, le disque, c’est le vent qui gonfle la voile. Les spectacles, c’est le bateau, fait-il remarquer. Pour travailler, pour avancer, on a besoin de nouveau matériel. Ça nous excite de le créer, puis de le présenter sur scène.»

Le septuor va débuter l’année en France, où il passera une semaine à la fin de janvier. Puis viendra une pause, suivie par un événement qui arrive trop peu souvent à son goût, une tournée des petites salles du Québec. Elle va débuter au Lac-Saint-Jean, où deux sorties sont prévues. Le 6 mars, les gars s’arrêteront au Météore de Dolbeau-Mistassini, tandis que le lendemain, ils se produiront à la Boîte à Bleuets d’Alma. Une douzaine de dates ont été annoncées, au total, une liste qui devrait s’allonger.

«Ça faisait des années que nous n’avions pas fait une aussi grosse tournée ici et nous voulions nous rendre dans des lieux plus intimes, là où l’ambiance est survoltée. En plus, on a le temps de jaser avec le monde à la fin du spectacle», fait valoir le musicien. Il ajoute que les mois qui séparent ce «road trip» de la sortie de l’album De temps et de vents, à la fin de novembre, permettra aux fans de se l’approprier.

Toujours au Québec, le groupe renouera avec les festivals tenus en été. Il avait dû mettre une sourdine à ce créneau l’an passé, en raison de ses nombreux engagements en Europe, mais ce n’était que partie remise. «Il est trop tôt pour confirmer quoi que ce soit, mais il y a de bonnes chances qu’on vienne jouer au Lac-Saint-Jean et au Saguenay», laisse entendre Luc Bourgeois.

En Europe, par ailleurs, Bodh’aktan est porté par la vague de fond qui a ramené la musique celtique à l’avant-plan, notamment celle qui carbure au punk rock. «C’est un créneau très développé là-bas et aussi très ouvert. Il y a des festivals à caractère familial, d’autres qui tirent sur le rock ou la pop. Très tôt, nous avons reçu des demandes de la part des promoteurs», rapporte le cornemusier.

Tout aussi remarquable fut la percée de la formation en Floride. Depuis l’automne 2016, elle fréquente régulièrement le Epcot Center, un parc d’attractions situé à Orlando. Repérés à Las Vegas, où ils participaient à un «showcase», les Québécois ont été embauchés par le groupe Disney, qui les accueille deux fois par année. Les prochaines représentations auront lieu du 20 avril au 11 mai.

«Le contenu des chansons est approuvé à l’avance et on pige là-dedans pour monter le spectacle, raconte Luc Bourgeois. Nous offrons une musique d’énergie qui est aussi appréciée en français qu’en anglais. Il faut juste que ce soit ‘‘family friendly’’.» 

Le kilt de Luc Bourgeois, aux couleurs de la famille Cameron, lui a été remis par une dame de l’Île-du-Prince-Édouard à la fin des années 1990. C’est à cette époque qu’elle l’a initié à la cornemuse.

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PROFONDÉMENT ATTACHÉ À LA CORNEMUSE ET AU KILT

Originaire des Îles de la Madeleine, Luc Bourgeois a développé un goût pour la musique trad à l’adolescence. L’élément déclencheur fut un spectacle du groupe français Soldat Louis tenu en 1989, dans un centre sportif. «Ça m’a marqué, a-t-il mentionné au Progrès. J’avais commencé à jouer de la flûte irlandaise et à l’âge de 18 ans, je suis parti à l’Île-du-Prince-Édouard avec l’idée d’apprendre l’anglais. Je logeais dans une famille et c’est là que j’ai découvert la cornemuse.»

La dame qui l’hébergeait était familière avec cet instrument. Elle lui a offert de l’essayer et comme on dit, la greffe a collé. Aujourd’hui encore, l’homme fait résonner sa cornemuse dans les compositions du groupe Bodh’aktan, en studio comme en spectacle. On pourrait croire que son registre est limité, mais la réalité est toute autre, affirme le musicien.

«Cet instrument suggère quelque chose de solennel. C’est pour cette raison qu’on l’entend dans des mariages, ainsi que les funérailles, avance Luc Bourgeois. Sur notre dernier album, par exemple, nous l’avons utilisé dans des compositions comme L’orage et Tant qu’il restera du rhum, afin de produire un effet comparable. Il a été intégré de façon judicieuse, puisque dans les complaintes, la cornemuse a plus de temps pour prendre sa place.»

Elle possède également la capacité de se mouler à des airs rythmés, ajoute le musicien, qui a reçu un autre cadeau pendant son séjour à l’Île-du-Prince-Édouard. La dame qui l’a initié à la cornemuse possédait un kilt aux couleurs de la famille Cameron. Bien que ce vêtement traditionnel possédait une valeur sentimentale, elle lui en a fait don à la fin des années 1990.

«Je l’ai porté pendant plusieurs années, à l’occasion des spectacles de Bodh’aktan, puis j’ai décidé de le mettre à l’abri. On ne sait jamais ce qui peut arriver en tournée, ce qui s’ajoute au fait que cet objet qui m’est très cher avait déjà 30 ou 40 ans, le jour où la dame me l’a remis. Pour le ménager, je l’ai remplacé par un kilt noir», raconte Luc Bourgeois.