Symbole du Berlin communiste, la tour de télévision domine toujours le paysage de la capitale allemande.

Berlin, comme New York

CHRONIQUE / Il y a longtemps, dans le magazine Time, j’ai lu un reportage sur la gentrification du quartier Soho, à New York. Pour illustrer le phénomène, le journaliste avait donné la parole à une vieille dame qui avait dû déménager deux fois, dans deux quartiers différents, à la suite de l’explosion du coût du loyer dans les secteurs où elle souhaitait finir ses jours.

À un moment donné, elle a vu arriver des artistes attirés par les logements à bas prix. Puis, des cafés ont ouvert leurs portes, suivis par des galeries d’art. Le quartier est devenu à la mode et des branchés se sont établis dans des lofts et des condos dispendieux. Cette mécanique devenue familière avait forcé des milliers de gens de condition modeste à s’exiler, bien malgré eux.

Or, le phénomène s’est reproduit à Berlin au cours des dix dernières années, rapporte le directeur de la galerie rosalux, l’artiste Tiny Domingos. De passage au Saguenay pour présenter une exposition à L’Oeuvre de l’Autre, il a assisté à l’âge d’or des quartiers populaires situés du côté est de la ville, dans la foulée de la chute du Mur en 1989. Là aussi, ça ne coûtait pas cher pour trouver un toit.

De vieux édifices à la plomberie douteuse avaient en effet échappé à la destruction sous le régime communiste. Bien sûr, les artistes y ont afflué, puis les cafetiers, suivis des galéristes comme, justement, Tiny Domingos. «Aujourd’hui, ces secteurs sont devenus très dispendieux. On construit. On rénove. L’atmosphère n’est plus la même», m’a-t-il raconté mardi.

Ajoutant que la ville renferme de 8000 à 20 000 artistes, il fait état d’une nouvelle migration favorisant le secteur ouest, redevenu accueillant. Le coût de la vie reste moins élevé qu’à Paris, mais comme à New York, comme sur le Plateau, la tendance haussière finira par éloigner le vrai monde. C’est pour cette raison qu’à la fin du reportage évoqué tantôt, la vieille dame, qui venait d’emménager dans un troisième quartier, avait lancé cet avertissement: «Le premier artiste que je vois s’installer ici, je le tire.»