Le Fonds Harold Greenberg affirme qu’il est forcé d’arrêter de financer dès mardi plusieurs de ses programmes étant donné qu’il ne recevra plus aucun financement de Bell Média ou de tout autre contributeur dès le 31 août.
Le Fonds Harold Greenberg affirme qu’il est forcé d’arrêter de financer dès mardi plusieurs de ses programmes étant donné qu’il ne recevra plus aucun financement de Bell Média ou de tout autre contributeur dès le 31 août.

Bell coupe sa subvention francophone à un fonds de production

Michel Saba
La Presse Canadienne
MONTRÉAL — Bell Média met la hache dans le financement des projets francophones d’un important fonds destiné à soutenir la production cinématographique et télévisuelle canadienne, une décision décriée par les acteurs du milieu qui craignent pour la survie de certaines entreprises.

«Compte tenu des circonstances liées à la COVID et du besoin d’investir dans la relance de Noovo (ex. V), Bell Média nous a informés le 25 août dernier qu’elle n’était pas en mesure de s’engager à contribuer au Programme français, hors cadre de ses obligations réglementaires, au-delà du 31 août 2020», écrit le Fonds Harold Greenberg dans un communiqué.

Le Fonds affirme qu’il est forcé d’arrêter de financer dès mardi plusieurs de ses programmes étant donné qu’il ne recevra plus aucun financement de Bell Média ou de tout autre contributeur dès le 31 août.

Seul le volet «Production de long métrage de fiction» continuera d’examiner les demandes reçues jusqu’à lundi. Les responsables estiment que ce volet pourra tout de même financer quelques projets d’ici la fin du mois de février 2021 grâce aux sommes non dépensées, aux retours sur investissements et aux intérêts sur placements.

Le communiqué, qui a d’abord été diffusé vendredi en fin de journée sur le site web de Bell Média — qui abrite le site du Fonds —, a depuis été retiré, une situation que La Presse Canadienne n’a pas réussi à clarifier.

«Une bombe»

Comme pour bon nombre d’acteurs du milieu, le communiqué de Bell Média a eu l’effet d’«une bombe» pour la productrice de films Fanny-Laure Malo qui estime que les subventions du Fonds «n’étaient pas un coup de pouce, ils étaient essentiels», si bien que cela représente «un réel risque pour la survie de nos entreprises».

«Avec la réduction des crédits d’impôt, il y a quelques années, établir une structure financière viable et respectueuse de nos artisans, artistes, créateurs, techniciens, partenaires, etc. relèvera presque du miracle», a-t-elle noté sur sa page Facebook.

Mme Malo a soutenu qu’elle n’aurait «jamais» pu prendre certains risques et rémunérer les artisans «de façon raisonnable», sans l’aide du Fonds.

Elle s’explique mal pourquoi ce joueur majeur «se retire sans crier gare», ce qui cause un problème dans ses prévisions, s’étant déjà engagé dans des contrats d’écriture.

Bell Média se défend

La fin du financement au Fonds Harold Greenberg n’a pas été annoncée à la dernière minute, s’est défendue Marie-Anna Murat, une porte-parole de Bell Média, lors d’une conversation téléphonique avec La Presse Canadienne.

«Tous ceux concernés étaient au courant, a-t-elle ajouté. Ce n’est pas une surprise.»

L’expiration cette année des «avantages tangibles» résultant de l’acquisition d’Astral par Bell Média, dont fait partie le soutien au Fonds Harold Greenberg, est une information «de notoriété publique» qui faisait partie de la transaction.

Dans une déclaration écrite transmise par courriel, Mme Murat a ensuite indiqué que «Bell Média reste engagé à continuer de soutenir, développer et acquérir la production cinématographique québécoise par le biais de Super Écran et de Crave. Pour l’année 2021, Bell Média a déjà investi dans 26 films d’ici et nous nous sommes déjà engagés pour le cinéma en 2022.»

Au fil des ans, le Fonds Harold Greenberg a investi 51 M$ pour financer 1524 projets, dont la série Appelle-moi si tu meurs et le film La déesse des mouches à feu d’Anaïs Barbeau-Lavalette.