Martin Rodolphe Villeneuve prépare un long métrage pour lequel il a bénéficié de l’aide de la bande Sonimage, par l’entremise d’une résidence de scénarisation. Quant à son collègue Gabriel Fortin, il planche sur un court métrage que l’organisme sans but lucratif a aussi appuyé. Il a contribué au financement à l’étape de la postproduction.

Bande Sonimage: un nouveau film pour Martin Rodolphe Villeneuve et Gabriel Fortin

La bande Sonimage amorce la nouvelle année en épaulant deux cinéastes du Saguenay–Lac-Saint-Jean. L’organisme sans but lucratif, dont la mission consiste à soutenir la création de films dans la région, appuie le projet de long métrage de Martin Rodolphe Villeneuve, dont le scénario est en cours d’élaboration, tout en finançant le court métrage de Gabriel Fortin, arrivé à l’étape de la postproduction. Dans les deux cas, l’objectif consiste à livrer l’oeuvre achevée en 2019.

MARTIN RODOLPHE VILLENEUVE PEAUFINE SON SCÉNARIO

Cinéaste depuis 20 ans, Martin Rodolphe Villeneuve caresse le rêve de tourner un premier long métrage. Le titre provisoire est Devant ton silence, et ce projet a été bonifié grâce à une résidence de scénarisation accordée par la bande Sonimage. Elle a donné lieu à plusieurs rencontres avec Sophie Beauparlant, dont la contribution s’est révélée décisive.

D’autres échanges auront lieu avant de pouvoir écrire le mot « fin », mais déjà, le Saguenéen se sent privilégié en raison des conseils prodigués par son interlocutrice. « Son analyse est chirurgicale. Sophie Beauparlant a resserré le rythme de mon scénario et mieux défini le caractère des personnages, afin qu’on sente davantage la progression dramatique », s’est émerveillé le réalisateur, au cours d’une entrevue accordée au Progrès.

Trois rencontres ont suffi pour transfigurer le texte qu’il avait concocté, lequel est passé de 30 à 90 pages en l’espace de quelques mois. Comme l’histoire se déroule sur une ferme, un lieu que connaît bien Martin Rodolphe Villeneuve, parce qu’il a grandi sur une terre du rang Saint-Joseph, à Chicoutimi, de nouvelles séances d’écriture l’ont amené à fouiller dans sa mémoire.

« Ça prend du souffle pour faire un long métrage, et c’est pourquoi la résidence de scénarisation avec Sophie Beauparlant a été salvatrice. J’ai ainsi mis à profit ma formation de documentariste à la Chasse-Galerie, en creusant dans mes souvenirs. Puisque ces années ont été les plus belles de ma vie, j’ai eu un plaisir incroyable en écrivant là-dessus », fait observer le cinéaste.

Sa décision de réaliser un long métrage après avoir exploré la courte forme à travers des projets comme Haut-Fond-Prince, Notre-Dame-des-Monts, Qu’en ce jour je meure et Éléonore, le petit dernier, a été validée par ses échanges avec la scénariste.

« J’aime le court, mais pour ramifier le récit, multiplier les pistes narratives, le long est plus approprié. Dans ce contexte, on a le temps d’installer un climat », estime Martin Rodolphe Villeneuve.

Garçon de ferme

Quant à l’histoire, qui se déroule à notre époque, elle met à l’avant-plan un garçon de ferme, un métier que lui-même a pratiqué à l’adolescence.

Son destin va basculer à la suite d’un bête accident impliquant un itinérant. « C’est mon film le plus sombre, encore plus que Haut-Fond-Prince. Il tourne autour d’un conflit entre le bien et le mal. On y trouve des éléments de fantastique, un peu de l’esprit d’Edgar Allan Poe », décrit le cinéaste.

Il ajoute que le rapport à la terre sera au coeur du drame. On ne parle pas ici d’une terre nourricière, mais d’un sol peu propice à l’agriculture, comme celui avec lequel des membres de sa famille ont tenté d’assurer leur subsistance. « Un jour, un de mes oncles a crié : ‘‘Maudite terre de Caïn.’’ Il n’arrivait pas à la creuser parce qu’elle était gelée, ce qui reflète mon opinion à moi. Je la trouve ingrate. J’ai une relation d’amour-haine vis-à-vis d’elle », confie Martin Rodolphe Villeneuve.

Il souhaite ficeler le scénario dans les premières semaines de 2019, ce qui lui permettra d’adresser des demandes de financement en vue du tournage. Si ces démarches sont couronnées de succès, le long métrage sera mis en boîte à l’automne.

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LA RENCONTRE DE DEUX MONDES POUR GABRIEL FORTIN

Gabriel Fortin a créé plusieurs vidéos d’art, mais il lui tardait de tourner un court métrage. Le déclic est venu par l’entremise de l’un de ses proches, un homme qui pratique la soudure, tout en faisant de la musique au sein d’une formation classique. C’est justement cette personne qu’on voit dans Soudure symphonique, une oeuvre de quatre minutes pendant laquelle les bruits de l’atelier se mêlent à une pièce de Tchaïkovsky tirée du ballet Le lac des cygnes.

«Le film commence au son de la musique, avec des plans esthétisants montrant le soudeur au travail. Puis, on le voit imiter un chef d’orchestre en agitant sa baguette de soudure, ce qui va surprendre les spectateurs. De cette manière, je voulais amener la musique classique là où on ne l’attend pas, tout en explorant le contraste entre la version de l’Orchestre symphonique de Montréal, dirigé par Charles Dutoit, et les flammèches qui jaillissent à tout moment», raconte le cinéaste.

Le budget du court métrage pourrait atteindre 8000 $. Or, la bande Sonimage a accordé une aide de 2000 $ pour financer le tournage qui s’est déroulé chez Lac-Saint-Jean Métal, une entreprise établie à Alma. Une deuxième subvention provenant de la même source, totalisant cette fois 4000 $, couvrira les frais liés à la postproduction. On parle ici de la colorisation, du mixage sonore et de la stabilisation de l’image, toutes des choses qui seront complétées dans les prochaines semaines.

«Je veux que le film soit prêt en janvier afin de le soumettre à différents festivals, dont REGARD sur le court métrage au Saguenay. J’ai pris les moyens nécessaires, en investissant moi-même dans la production, pour en faire une carte de visite. Je trouve qu’il fonctionne vraiment bien et quand on le projettera dans les salles, avec un son 5.1, ça va cracher», lance Gabriel Fortin en souriant.

Reconnaissant envers la bande Sonimage, qui lui a également prêté des équipements de tournage, il souhaite poursuivre dans la même voie en creusant le sillon de la fiction. Ses états de service comprennent le prix Télé-Québec, attribué dans le cadre du Documenteur, un festival tenu en Abitibi-Témiscamingue, ainsi que des projets se situant à la rencontre du cinéma et des arts visuels.