Randy Bachman demeure fidèle à ses amours de jeunesse, à commencer par la guitare électrique et le rock’n roll qui ont fait la fortune des Guess Who et de Bachman-Turner Overdrive. Cet homme aux innombrables succès parle du spectacle qu’il donnera le 3 août, sur la zone portuaire de Chicoutimi, à l’occasion du Festival international des Rythmes du Monde.

Bachman, l’homme de toutes les fidélités

Davantage que le nombre d’albums vendus, la meilleure façon de cerner la carrière de Randy Bachman consiste à mentionner quelques titres portant sa signature. American Woman, No Time, These Eyes avec les Guess Who. Takin’ Care Of Business, Let It Ride, Roll On Down The Highway au temps du Bachman-Turner Overdrive. Ils donnent la mesure du personnage qui, le 3 août, se produira sur la Zone portuaire de Chicoutimi à l’invitation du Festival international des Rythmes du Monde.

On pourrait ajouter qu’à ses débuts à Winnipeg, sa réputation en tant que guitariste était si fermement établie que Neil Young lui-même assistait à ses spectacles afin d’améliorer son jeu. Encore aujourd’hui, les deux vétérans prennent plaisir à se côtoyer, ainsi que l’a confirmé Randy Bachman récemment, à l’occasion d’une entrevue téléphonique accordée au Progrès.

«Il n’y a pas longtemps, j’ai vu Neil avec Elvis Costello et il a m’a dit: "C’est extraordinaire de se connaître depuis si longtemps. La différence, c’est qu’avant, on vivait pour jouer, alors qu’aujourd’hui, on joue pour vivre." Je suis du même avis et je me sens privilégié de faire la même chose depuis l’adolescence: jouer dans un groupe de rock’n roll», a souligné le musicien.

Cet été, il roule avec trois productions différentes, ce qui comprend un spectacle en duo avec son amie Buffy Sainte Marie et un solo intitulé Every Song Tells A Story, où ses talents de raconteur sont mis à contribution. Pour sa première visite au Saguenay-Lac-Saint-Jean, toutefois, l’homme a opté pour l’autre proposition, sans doute la plus consensuelle.

Randy Bachman partage la philosophie de son ami Neil Young à propos de la musique. Alors que dans leurs jeunes années, quand tous deux résidaient à Winnipeg, ils vivaient pour jouer, aujourd’hui, ils jouent pour vivre.

«Ce sera un spectacle rock’n roll où nous présenterons 20 hits canadiens. Je suis chanceux d’avoir toutes ces chansons créées au fil de ma carrière et le groupe dont je fais partie est fantastique. Nous travaillons ensemble depuis des années et le public découvrira aussi mon fils Tal. Il joue de la guitare et chantera She’s So High», fait remarquer Randy Bachman.

«Pas un concert jazz»

La philosophie qui guide le guitariste en tournée réside dans la notion de fidélité. Puisqu’il n’aime pas voir un artiste déformer ses compositions au point de les rendre méconnaissables, l’exemple classique étant celui de Bob Dylan, il se tient près des versions enregistrées en studio. «Ce qu’on fait, ce n’est pas un concert jazz. Quand je suis dans l’assistance, je ne veux pas me demander quelle pièce le gars joue après dix minutes. On veille donc à ce que ça sonne comme sur le disque», énonce Randy Bachman.

Il existe une marge de manoeuvre, cependant, et elle réside dans les solos de guitare. «Ils sont deux fois plus longs. C’est un petit extra pour montrer que je suis vivant, lance-t-il d’un ton enjoué. Je crois aussi dans le contexte de ce spectacle, il ne faut pas limiter à des interprétations de trois minutes. On a fini de jouer avant même que les gens se soient décidés à danser.»

La guitare, bien sûr, a toujours représenté son principal atout. Ce fut aussi l’objet d’une passion dévorante qui remonte à l’époque des Guess Who, alors qu’il grattait les cordes d’une Gretcsh. «C’est avec ma première que j’ai écrit Shakin’ All Over et quand on me l’a volée dans un hôtel, je l’ai signalé et on m’en a donné une pareille, puis plein d’autres. Ma collection en comprenait 385 et il y a quelques années, je l’ai vendue au Musée Gretsch de Nashville», décrit Randy Bachman.

Il en parle comme d’une obsession associée à la crise de la quarantaine, un réflexe qui pouvait prendre une tangente ayant peu à voir avec la musique. «À un moment donné, pour un même modèle, il fallait que je possède une guitare bleue, ainsi qu’une rouge. C’était une source de motivation, mais il y avait aussi le fait que cet instrument est lié à mon travail, puisque j’en joue. Et puis, ça constitue un bon investissement, meilleur que des titres en bourse ou des Bitcoins qui montent et qui descendent», note le musicien.

Pendant ses spectacles rock’n roll, cependant, il ne cède pas au réflexe de certains collègues, lequel consiste à changer constamment d’instrument. «Sur scène, j’ai une Les Paul, celle avec laquelle j’ai composé American Woman et les succès de BTO. Comme je reste dans la même tonalité, je ne ressens pas le besoin d’en ajouter d’autres à moins de casser une corde», explique Randy Bachman, dont la première partie sera assurée par le groupe canadien Glass Tiger.

POURQUOI LE ROCK DEMEURE-T-IL POPULAIRE?

Partout où il propage l’évangile rock’n roll, Randy Bachman constate que ce genre musical transcende les générations. On a beau dire qu’il est sur le déclin, plein de jeunes assistent à ses spectacles et les succès des années 1960 et 1970 – les siens, mais aussi ceux de ses collègues – trouvent encore une résonnance dans la culture populaire.

«La musique populaire est la plus durable de toutes parce qu’elle est centrée sur le chant et la danse. Si je me rendais à votre domicile avec ma guitare et que je faisais une pièce comme A Hard Day’s Night, par exemple, tout le monde m’accompagnerait. Par contre, si quelqu’un reprenait un titre rap, il y a peut-être une personne qui saurait de quoi il s’agit», avance le vétéran des Guess Who et de Bachman-Turner Overdrive.

Il ne faut pas négliger, non plus, l’impact des nouveaux outils de diffusion, ainsi qu’en témoigne cette anecdote. «Un jour, mon petit-fils faisait jouer une de mes chansons. Je lui ai demandé où il avait pris ça et il m’a montré sa console de jeux. C’est pour ça que dans plusieurs de mes spectacles, on retrouve une majorité de jeunes», fait observer Randy Bachman.

Quant à l’état de la scène rock, il ne l’inquiète guère. Les oiseaux de malheur auront beau dire, l’idiome popularisé par Buddy Holly, Chuck Berry et Elvis Presley a encore de beaux restes. «Il y a toujours eu des vagues et ces temps-ci, elle porte le rock. Juste au Canada, plein de groupes comme Metric et les Sadies connaissent du succès, notamment aux États-Unis. À tous les dix ou 15 ans, ça revire», affirme le guitariste.

Lui-même se souvient de son enfance à Winnipeg, l’oreille collée sur la radio pour entendre la nouvelle chanson de Buddy Holly ou Gene Vincent. «On a vécu ça, tout comme Elvis à la télévision. Et moi, après avoir suivi des cours de violon à cinq ans, je suis passé à la guitare. J’ai reproduit des mélodies, alors qu’aujourd’hui, les jeunes n’apprennent plus la musique. Ils font des pièces sur un ordinateur, montées à la manière d’un puzzle. Ça n’a pas d’âme», déplore Randy Bachman.