Voici l’impression générale que produisent les grands formats que Daniel T. Tremblay a accrochés dans la section des enfants, à la bibliothèque municipale de Chicoutimi. Il faut s’en approcher pour voir apparaître plein de références au monde de l’enfance.

Au fil du temps, la plus grosse exposition de Daniel T. Tremblay

Jamais Daniel T. Tremblay n’avait réuni autant d’œuvres à l’intérieur d’une même exposition. Celle qu’il présente jusqu’au 22 janvier, à la bibliothèque municipale de Chicoutimi, comprend 40 tableaux, ainsi que deux traîneaux à neige pour enfants sur lesquels s’est déployée sa créativité. Après 33 ans d’une carrière vécue dans la marginalité, le moment était venu de tracer une forme de bilan.

C’est lui qui a sélectionné les pièces qu’on retrouve aux quatre coins du vaste bâtiment. Il apprécie l’espace qu’offre ce lieu, autant que la lumière qui, même par temps couvert, baigne les tables donnant sur la rue Racine. Il a aussi eu accès à la section jeunesse, ce qui l’a incité à aligner six tableaux grand format laissant voir des voitures, des voiliers, des escargots, des gens qui dansent. « C’est pour nourrir l’imaginaire des “flos” que je les ai placés à cet endroit », lance l’artiste en riant.

Ces œuvres ont été réalisées en 1997 et 2000, tandis que celles qui sont accrochées près de l’entrée remontent à quelques mois seulement. On remarque des constantes, notamment son goût pour les couleurs vives, ainsi que les figures géométriques, un brin abstraites, tenant compagnie à des éléments figuratifs. Malgré les aléas de la vie, l’homme est demeuré fidèle à lui-même, ludique, authentique, fragile à l’occasion.

« Dans mon cas, c’est bizarre, la notion d’évolution. Ce que je fais est intemporel parce que je me laisse guider par mon inspiration, énonce Daniel T. Tremblay. C’est pour cette raison que je n’ai pas de périodes clairement définies et que je dis aux visiteurs de regarder l’année au bas des tableaux, s’ils veulent savoir à quel moment il a été produit. »

Il affirme que tout part de l’intérieur et que certaines œuvres naissent presque malgré lui, comme si la main qui tient le pinceau était branchée directement sur son inconscient. L’exemple le plus éloquent vient de ses portraits qui, même s’ils ne lui ressemblent pas, évoquent immanquablement un état d’esprit qui n’appartient qu’à lui.

Il y a aussi quelque chose de ludique chez cet homme arrivé au début de la soixantaine, l’envie de jouer avec les formes et les couleurs, comme sur cette toile de 2002, Clône-Âge, qui ne déparerait pas dans un restaurant indien. Des singes apparaissent en filigrane sur cette œuvre aux tons bleutés que domine un immense rond jaune, semblable à un soleil à la veille d’exploser.

Le plus drôle est qu’en dépit de sa marginalité, Daniel T. Tremblay a le sentiment que son art rejoint plus de gens, depuis quelques années. Il en a eu une nouvelle preuve lors du vernissage, auquel ont assisté une centaine de personnes. Les commentaires générés par l’exposition, de vive voix et par écrit, ont eu l’effet d’un baume.

« Au fil du temps est ma plus grosse exposition, celle qui réunit le plus de tableaux et un nombre élevé de grands formats. J’étais nerveux dans les jours qui l’ont précédée, mais depuis l’ouverture, la réaction des gens est hallucinante. Je réalise que je suis de plus en plus connu et ça adonne bien parce qu’à la bibliothèque, on peut voir ce que j’ai accompli au fil de ma carrière. C’est le meilleur temps pour en faire le tour », estime le peintre établi à Chicoutimi.

Daniel T. Tremblay devant L’exclu, une oeuvre réalisée en 1993.

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Des bouts de bois et un film

Pendant l’entrevue accordée au Progrès, Daniel T. Tremblay sort des objets d’un sac. Un bout de madrier apparaît, coloré sur toutes ses faces. Puis un bâton servant à mélanger de la peinture, un cube de bois, des plaques de la taille d’un petit tableau. Même si l’espace est réduit, on reconnaît sa manière sur ces œuvres que l’artiste entendait ajouter à l’exposition Au fil du temps, présentée à la bibliothèque municipale de Chicoutimi.

On dirait de l’art naïf et lui-même n’en disconvient pas. « Le côté primitif représente l’une de mes constantes. Comme il n’y a jamais d’intention première lorsque je crée, la source d’inspiration peut venir des Mayas, des Égyptiens ou de l’Afrique noire », indique le peintre qui, pendant la saison froide, a tendance à plancher sur des pièces de ce genre, de préférence aux tableaux de facture conventionnelle.

En fait, tout peut devenir un support à la création, y compris les modestes contenants en polystyrène où les bouchers placent la viande destinée à la consommation. Le Chicoutimien en a justement regroupé quatre sur une toile, laquelle se trouve près de l’entrée de la bibliothèque. « Ils me servent de palettes, puis je les peins. C’est le genre d’expérience qui m’amène dans de nouveaux sentiers picturaux », fait-il observer.

Tout en consacrant une partie de l’hiver aux petits objets qui lui tomberont sous la main, Daniel T. Tremblay s’accordera un peu de recul en ce qui touche les expositions. En fait, le seul projet d’envergure qui pourrait se matérialiser dans un proche avenir est apparu de manière inopinée, lors du vernissage d’Au fil du temps.

« Nicolas de la Sablonnière m’a alors dit qu’il voulait réaliser un film consacré à mon travail et il a précisé que ce ne serait pas trop long avant le début du tournage », annonce le peintre chicoutimien. Ce projet s’inscrirait dans la foulée du documentaire que le cinéaste vient de créer, dont le sujet est le sculpteur Thomas Meloche.