Directrice des collections et de la recherche à La Pulperie de Chicoutimi, Cathleen Vickers affirme que l’oeuvre d’Arthur Villeneuve transcende les époques.
Directrice des collections et de la recherche à La Pulperie de Chicoutimi, Cathleen Vickers affirme que l’oeuvre d’Arthur Villeneuve transcende les époques.

Arthur Villeneuve: homme d'hier, homme d'aujourd'hui [PHOTOS]

Daniel Côté
Daniel Côté
Le Quotidien
Un homme habité par une vision décide de devenir peintre. Sa volonté de donner libre cours à son talent est si affirmée qu’il abandonne le métier de barbier. Femme et enfants sont plongés dans l’insécurité matérielle, mais Arthur Villeneuve s’accroche à son rêve auquel fait écho, de nos jours, l’espace qui porte son nom à La Pulperie de Chicoutimi.

L’élément central est sa petite maison qui, jusqu’en 1994, se trouvait sur la rue Taché, pas loin du musée régional. La façade, les murs intérieurs, les portes et plein d’autres choses témoignent de la persistance de l’homme, envers et contre tout – et tous, serait-on tenté d’écrire. Partout, l’œil se pose sur des œuvres dont la facture est désormais familière.

« Un coin que j’aime particulièrement est celui de l’escalier, parce qu’il n’a pas appliqué de vernis. Les couleurs sont plus vives », raconte Cathleen Vickers, directrice des collections et de la recherche à La Pulperie.

La maison d'Arthur Villeneuve se trouve à La Pulperie depuis 1994.

Un peu plus loin, son regard embrasse le Vatican et l’oratoire Saint-Joseph, une représentation de l’ancienne ville de Rivière-du-Moulin, de même qu’une jolie photo de l’artiste.

Ce sont des expressions du monde ancien, celui des années 1950, où cohabitaient l’esprit religieux et l’attachement aux racines. Mais que nous disent-elles aujourd’hui ? Sur ces sujets et sur celui qui a tenu à les aborder ? « On constate qu’Arthur Villeneuve était un chroniqueur de la vie saguenéenne, en même temps qu’un observateur hors pair. Or, les coutumes, les croyances et les personnages importants qui sont présents dans son œuvre possèdent une résonnance aujourd’hui encore. Lui qui peignait de mémoire les montre à travers son filtre », énonce Cathleen Vickers.

Ce qui parle également à notre époque, si sensible au droit à la différence, ainsi qu’à la notion de résilience, c’est l’attitude de l’artiste quant au monde extérieur. Ses choix ont été contestés, mais lui est demeuré stoïque. Surtout, il a gardé le cap. « À travers les railleries, l’adversité, Arthur Villeneuve a développé son talent au profit de la collectivité, fait observer Cathleen Vickers. Par son unicité, il est devenu un ambassadeur de sa région et aussi du Québec. »

On ne le constatera pas cette année en raison de la crise sanitaire, mais les croisiéristes qui visitent le musée, à la faveur d’une escale au port de La Baie, apprécient spontanément l’œuvre de l’ancien barbier. Même quand ils disposent de 30 minutes seulement pour découvrir La Pulperie, la maison capte leur attention. « C’est un “wow” assuré. Ils ne voient pas ça ailleurs », explique la conservatrice.

À cette notoriété instantanée se superpose celle des connaisseurs, davantage portés sur le temps long. On retrouve des tableaux d’Arthur Villeneuve dans de nombreuses collections muséales, ailleurs qu’au Saguenay–Lac-Saint-Jean. De son côté, La Pulperie en possède 400, dont la moitié proviennent de la collection de l’ancien galeriste Jean-Louis Gagnon, acquise en 2017.

Un jour, ces toiles et dessins seront soumis au regard du public, ce qui, à n’en pas douter, accroîtra la renommée de leur auteur. « Ces créations sont en excellent état et n’ont pas encore été exposées. Les couleurs sont très vivantes », s’émerveille Cathleen Vickers.

En attendant, elle rêve de compléter sa quête d’informations sur Arthur Villeneuve en recueillant les témoignages de ses proches, notamment ses enfants. « Il est important de rassembler ces témoignages qui appartiennent au patrimoine immatériel, affirme la conservatrice. Ils vont alimenter la pensée de l’artiste. »