Il y a longtemps qu’Ariane Moffatt n’a pas chanté dans un cadre aussi intimiste. Elle a donné un spectacle en solo vendredi après-midi, au Gibard, à l’occasion de son passage au Festival de la chanson de Tadoussac.

Ariane Moffat et les joies de la proximité

TADOUSSAC — La chose peut sembler illogique, contradictoire, mais le spectacle qui a attiré la plus petite foule, vendredi, fut également le plus couru. Tenu au Gibard, un établissement qui offre une cinquantaine de places assises, au maximum, cet événement ne figurait pas dans la programmation officielle du Festival de la chanson de Tadoussac. Pour y accéder, il fallait détenir l’un des billets offerts gratuitement par un commanditaire. Or, la tête d’affiche n’était nulle autre qu’Ariane Moffatt.

Après sa participation aux Francofolies et à la Fête nationale, le contraste ne pouvait être plus prononcé. Conscients de leur bonne fortune, les gens ont commencé à entrer dès 15 h, soit une trentaine de minutes avant le début du spectacle. Ils ont pu voir à quel point le cadre était intime, puisque le clavier de l’artiste se trouvait à un pied, peut-être, des personnes alignées sur la première rangée. Très vite, les bancs et les chaises ont trouvé preneurs, ce qui a poussé les derniers arrivés à squatter tous les espaces libres, dont l’escalier menant au premier palier.

« Ça me fait plaisir de jouer dans des conditions aussi intimes. Pour me décider à le faire, ç’a pris juste une photographie de cet endroit », a raconté Ariane Moffatt, en jetant un oeil vers la baie toute proche. Baignée par une jolie lumière, avec d’innombrables mâts se dressant à l’avant-plan, elle était plus séduisante que n’importe quel décor déployé sur une scène, même le plus dispendieux.

« Je commence avec un petit Réverbère », a annoncé la chanteuse, avant d’émettre des notes soyeuses sur lesquelles s’est posée sa voix légèrement voilée. Souriant constamment, visiblement touchée par la singularité du moment, elle a même effectué une petite erreur qui fut rattrapée en un tournemain. « C’était calculé », a lancé Ariane Moffatt, d’un ton enjoué.

La réaction du public a été vigoureuse, ce qui l’a peut-être incitée à se dégêner sur Debout, la pièce suivante. Il a répété l’expérience sur d’autres titres, tout en affichant une qualité d’écoute impressionnante, vu les circonstances. « C’est le fun de vous regarder aller, vous qui êtes si attentifs aux textes », a d’ailleurs souligné l’artiste. Elle venait de livrer une composition exigeante, en effet, une version intériorisée de Pour toi.

Il y a eu des coïncidences assez drôles, aussi, comme la fois où un énorme camion blanc a masqué la baie pendant qu’Ariane Moffat prononçait cette phrase : « Le monde est imparfait. » Elle rendait ainsi hommage à Daniel Bélanger, son parrain en musique, ce qui a provoqué une poussée d’enthousiasme encore plus grande au sein de l’assistance.

Sur un registre différent, Poussière d’ange a rappelé avec beaucoup de sensibilité à quel point le choix de subir un avortement peut se révéler déchirant. Comme l’a déploré son auteure, ce droit qu’on pensait acquis est remis en question aux États-Unis. « Je ne peux pas croire que cette chanson revient dans l’actualité », a-t-elle indiqué.

Après une quarantaine de minutes, le spectacle tirait à sa fin, mais il n’était pas question de fermer les livres sur une note triste. Prenant sa guitare pour la première fois, Ariane Moffatt a interprété Montréal en encourageant le public à battre la mesure. Elle était en mode chansonnier, saluait les gens qui l’observaient du trottoir, tout en modifiant les paroles pour témoigner de son attachement envers le festival.

« Je reviendrai à Tadoussac », a promis la chanteuse. Son sourire radieux, répondant à celui de ses vis-à-vis, ne laissait planer aucun doute sur la sincérité de cet engagement.