François Bouchard rend hommage à Georges Brassens depuis 1997, mais c’est la première fois que ses interprétations sont disponibles sur disque, grâce à une production intitulée À toi Brassens. On y retrouve une douzaine de ses classiques.
François Bouchard rend hommage à Georges Brassens depuis 1997, mais c’est la première fois que ses interprétations sont disponibles sur disque, grâce à une production intitulée À toi Brassens. On y retrouve une douzaine de ses classiques.

Après Brassens sur scène, Brassens sur disque

François Bouchard faisait partie de la scène métal quand, par hasard, il a vu chanter Georges Brassens à la télévision. Sans renier ses premières allégeances, le jeune musicien – il était alors âgé de 22 ans – a été subjugué par cet homme aux textes finement ciselés, au phrasé si singulier. Le désir de lui rendre hommage est devenu plus fort que lui, si bien qu’en 1997, il a donné un spectacle au Bar Elliot d’Alma. Ce fut le début d’une histoire d’amour qui n’est pas à la veille de s’éteindre.

« J’ai eu un coup de foudre pour cet artiste et c’est pourquoi j’avais monté deux sets regroupant ses compositions. Je m’attendais à ce que le gérant du bar me dise non, mais il a accepté que je vienne un soir et ç’a marché. Comme la salle était pleine, j’ai continué à cet endroit, puis ailleurs dans la région », a raconté l’Almatois au cours d’une entrevue accordée au Progrès.

Il s’est mis à faire du corporatif, en plus de jouer à une quinzaine de reprises au Café du Clocher, cette fois en compagnie d’un contrebassiste. Toujours au tournant du millénaire, des capsules produites par Cogeco ont accru sa notoriété grâce à leur diffusion sur le canal communautaire. Elles ont rayonné jusqu’au Saguenay, attirant l’attention de quelques promoteurs.

« Dans les salles, il y avait des gens de tous les âges, appartenant à toutes les couches de la société », note le musicien.

L’intérêt pour ce spectacle est demeuré aussi vif après son déménagement à Québec, où il a vécu pendant dix ans, soit jusqu’en 2010. Il y a eu d’autres contrats, puis l’homme est revenu à Alma, toujours séduit par Brassens, mais moins présent sur scène. C’est dans ce contexte qu’est né le désir de produire un album, un projet qui s’est concrétisé le mois dernier.

« En fouillant dans mes archives, j’ai constaté que je n’avais que de mauvais enregistrements de mes interprétations de Brassens. Ce n’était pas à mon goût et c’est pourquoi j’ai pris contact avec Martin Larose, propriétaire du Studio Septentrio, en 2017. On a fait trois chansons, ce qui m’a mis à l’aise. Puis, j’ai souhaité travailler avec un contrebassiste et il m’a présenté Réjean Blackburn », raconte François Bouchard.

C’est ce tableau réalisé par le peintre Patrick Larouche, aussi connu sous le nom de Kako, qui orne la pochette du disque À toi Brassens.

Cette rencontre fut décisive. Non seulement ce vétéran de la scène jazz possédait de longs états de service, mais lui aussi chérissait le répertoire de Brassens. Les deux étaient faits pour s’entendre, si bien qu’en janvier dernier, 12 pièces avaient été mises en boîte, dont deux sur lesquelles Martin Larose a apporté sa contribution à la guitare.


« Le plus dur a été de sélectionner les chansons. Pour moi, c’était comme choisir entre mon père et ma mère. »
François Bouchard

« Le plus dur a été de sélectionner les chansons. Pour moi, c’était comme choisir entre mon père et ma mère », confie le chanteur et guitariste.

Lui-même a identifié neuf titres qui lui paraissaient incontournables, dont quelques-uns remontant au début de la carrière de Brassens. De son côté, Réjean Blackburn a opté pour La non-demande en mariage et Le gorille, tandis que Martin Larose a privilégié Les copains d’abord.

C’est ainsi que ces classiques et d’autres, comme Brave Margot et Une jolie fleur, ont abouti sur l’album, dont les coûts ont été absorbés par François Bouchard. Les copies physiques ont été livrées chez lui le 19 mars, juste avant les mesures de confinement. Il est toutefois possible de s’en procurer en visitant le site Internet de Jello Musique, toujours actif en dépit des circonstances.

« Grâce à l’expertise de Martin, j’ai payé les droits d’auteur », fait observer l’Almatois, qui tenait à faire les choses dans les règles de l’art.

Il souhaite que ce disque, intitulé À toi Brassens, amène plusieurs personnes à découvrir ce géant de la chanson d’expression française.

S’il donne lieu à des spectacles, ce sera tant mieux, mais il ne s’agit pas de l’objectif principal. « Nous regardions les possibilités de ce côté, moi et Réjean, quand le virus est arrivé. Là, c’est sur pause, mais nous demeurons motivés », assure François Bouchard.

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PAS SI SIMPLE DE FAIRE DU BRASSENS

Peu de genres musicaux sont aussi éloignés l’un de l’autre que le métal et l’oeuvre de Georges Brassens. Très tôt, cependant, l’Almatois François Bouchard a évolué dans ces univers avec autant de naturel que Ricardo à l’intérieur de sa cuisine.

Tandis que le fan en lui était ébloui par les compositions du maître français, l’artiste y a vu l’occasion d’élargir sa palette et d’augmenter son bien-être personnel. « Pour moi, faire du Brassens constitue une catharsis, au même titre que jouer du métal ou plonger dans le répertoire de B.B. King et Roy Orbison, deux autres personnes que j’admire », fait-il remarquer.

Comme tant d’autres interprètes, cependant, François Bouchard a rapidement constaté que derrière les rimes savamment tricotées, les airs faciles à mémoriser, il y a une solide architecture. On ne s’y frotte pas fournir un certain effort.

« Ses chansons paraissent simples, mais ne le sont pas, ne serait-ce qu’en raison de l’habitude qu’il avait de les interpréter en décalant les mots. Comme ce n’est pas courant, l’un des pièges quand on les reprend est de tomber dans la parodie », explique François Bouchard.

Quant à son goût pour le métal, il s’est manifesté dès l’âge de 14 ans. « J’ai commencé ça à cause de Slayer, puis je me suis concentré sur le death metal. J’en fais encore dans mon salon, mais je n’ai pas de groupe depuis mon retour à Alma. J’ai le goût d’en partir un », raconte le musicien.