Deux gros morceaux du Festival Jazz et Blues, la virtuose serbe Ana Popovic et l’homme-orchestre Steve Hill, étaient à Chicoutimi vendredi soir.

Anna Popovic et Steve Hill, tout pour séduire

La succession de deux virtuoses, qui plus est disposant chacun d’une renommée bien établie, est prometteuse d’une soirée inoubliable. Le scénario s’est en effet avéré explosif, vendredi soir au Théâtre Banque Nationale, alors que le Festival Jazz et Blues de Saguenay avait réuni la fougueuse Ana Popovic et l’inimitable Steve Hill. À preuve, l’énergie surgissant de l’amphithéâtre bondé allait à double sens.

Rarement voit-on le terme première partie galvaudé, mais force est de constater que le guitariste-chanteur-batteur Steve Hill a cassé la baraque alors qu’il devait précéder la vedette du blues serbe Ana Popovic. L’increvable homme-orchestre en a mis plein la vue et les tympans durant le segment qui lui était réservé, au point de dire qu’il n’a pas réchauffé la salle, mais l’a littéralement embrasée. En pleine maîtrise d’un créneau qu’il a lui-même mis au monde (un blues pesant dont il crée absolument tous les sons), celui qui constitue une fanfare éblouissante a reçu une ovation debout au terme des quelques pièces dans lesquelles il a investi tout son soûl. Un témoignage de l’auditoire qu’il méritait amplement.

Le tapis était déroulé pour que celle qu’on nomme la Jimmy Hendrix féminine fasse son entrée. 

L’ensemble des musiciens l’accompagnant brassait déjà une cadence engageante lorsque celle qui s’est offert la une des plus prestigieux magazines musicaux spécialisés a fait son entrée. Sans guitare, confiante et élégante, Ana Popovic s’est avancé de façon imposante et a ramassé la Fender Stratocaster. Un peu longue à s’émanciper, témoignant toutefois d’une assurance digne de Stevie Ray Vaughan (dont elle se réclame), la blonde a rapidement enchaîné les glissés et a balayé sans modération une série de notes. Et là on a compris. 

Le premier titre Can You Stand the Heat était bien choisi comme entrée en la matière. Soutenue par un groupe formé d’un batteur, un bassiste et une section de cuivre (trombone et saxophone), Popovic a fait honneur à Springsteen qui a dit d’elle qu’elle était « une sacrée guitariste ». Mais il n’y avait pas que sa façon de manier la pédale d’effets wah-wah avec des talons aiguilles qui laissait la foule incrédule. Sa façon de posséder l’instrument, entre les octaves tirées, la coordination et l’aisance, semblait absolument innée. Si son jeu coule, la tonique guitariste prend bien soin de ne pas se surexposer, entraînant constamment avec elle ses comparses qui s’épanouissent dans le funk, le soul et le blues. Qualifiée de bête de scène, Ana Popovic se montre davantage rassembleuse, et l’oreille l’apprécie. 

Les titres se succédaient à une cadence impressionnante, ce qui n’est pas impressionnant considérant que son dernier album Trilogy (2016) se décline en... trois disques totalisant 23 pièces. Se promenant entre les registres blues sud-américains typiques, Ana Popovic a fait voyager de Memphis en passant par Nashville avec un brin de la Nouvelle-Orléans, toujours d’une voix soutenue et chaleureuse, notamment sur She Was a Doorman. Celle qui aurait pu éclipser ses acolytes a pris soin de plutôt les faire briller ; et cet effet a créé un amalgame réussi, magnifiant son passage. 

Deux gros morceaux du Festival Jazz et Blues, la virtuose serbe Ana Popovic et l’homme-orchestre Steve Hill, étaient à Chicoutimi vendredi soir.