Cette photographie captée au Centre national d’exposition, où est présentée l’exposition Warhol s’affiche!, montre à quel point l’Américain se nourrissait du «star system».

Andy Warhol, l’homme de tous les médiums

Il suffit de visiter l’exposition Warhol s’affiche ! , présentée jusqu’au 16 juin au Centre national d’exposition (CNE) de Jonquière, pour mesurer l’impact de cet artiste sur le monde des arts et bien au-delà. Peintre, dessinateur, cinéaste, producteur d’albums, journaliste, homme d’affaires et membre à part entière du jet set international, ce cher Andy a laissé tant de traces de son bref passage en ce bas monde – il est décédé en 1987, à l’âge de 59 ans – que son œuvre est difficile à cerner.

« Dans le cadre de ce projet où on voit une fraction de ma collection, j’ai voulu mettre en lumière la diversité du travail de Warhol. Il était stimulé par la commande, ce qui pouvait épouser la forme de livres, d’affiches et de publicités, parallèlement aux œuvres d’art. Dans sa pratique, il ne s’adressait pas uniquement à ceux qui fréquentent les galeries », a raconté Paul Maréchal, professeur d’art et conservateur chez Power Corporation, au cours d’une entrevue téléphonique accordée au Quotidien.

Lui qui fait autorité sur le sujet, qui multiplie les collaborations au Canada et ailleurs dans le monde afin de monter des expositions centrées sur Warhol, aime explorer cet univers foisonnant. Plus on creuse et plus on trouve, laisse-t-il entendre en donnant l’exemple des photos sur films Polaroid, un médium que l’Américain a exploité avec bonheur à compter de 1976.

« La compagnie lui avait donné trois appareils et il s’en est servi pour créer des œuvres d’art, des portraits qui étaient ensuite transférés sur des toiles sérigraphiques. Warhol mettait un fond rose qu’il encrait, avant de faire la chevelure à l’aide d’un pinceau. À ses yeux, en effet, le support n’avait aucune importance. Il ne se contentait pas de travailler sur une toile ou du papier ni de réaliser des sculptures », énonce Paul Maréchal.

Tous les sujets étaient bons pour Andy Warhol, la statue de la Liberté autant que son propre visage.

Les sujets aussi témoignent de son caractère omnivore. Des vaches, des stars, des boîtes de soupe : tout était légitime, du moment que ça l’inspirait. « Il va autant dans le superficiel que dans l’art ou la théorie et pour comprendre cet état d’esprit, il faut remonter à la première phase de sa carrière, quand il était illustrateur pour des magazines. Il disait : “Je peux dessiner n’importe quoi.” C’est ce qui l’a amené à aborder une multitude de sujets en embrassant des formes différentes », note l’historien de l’art.

Son sens des affaires l’a également poussé à multiplier les contrats à l’infini, tel un adepte de la convergence. Si une star commandait un portrait d’elle, il offrait d’en faire quatre pour 60 000 $, au lieu d’un pour 25 000 $. Le client avait aussi l’opportunité de participer à l’émission de télévision qu’animait Warhol, une production diffusée à New York, d’orner quelques pages du magazine Interview et de tourner un vidéoclip sous la direction du maître.

« Je me concentre sur son travail hors galerie, ces temps-ci, afin de le mettre en lumière. Il a été longtemps négligé, alors que c’est un pan majeur de sa vie. Cet homme a mis en marché du papier peint, entre autres, et le dernier projet réalisé avant son décès a été son design pour une montre de marque Movado. À cette époque, il avait commencé à créer sur ordinateur », fait observer Paul Maréchal.

Pour ratisser aussi large, il fallait constituer une équipe et justement, les années passées dans l’environnement des magazines ont aidé Warhol à développer un esprit collaboratif qu’on peut comparer à celui des ateliers qu’animaient les peintres de la Renaissance. C’est ainsi que dans les années 1980, 100 personnes gravitaient autour de la Factory. « C’était un artiste entrepreneur. Il a dépoussiéré un modèle qu’ont ensuite adopté des gens comme Jeff Koons et Damian Hirst », relate l’historien d’art.

Soirée costumée

Puisqu’on a évoqué le caractère multiforme de l’œuvre de Warhol, voici que le CNE organise une soirée costumée. Elle aura lieu le 13 juin à 19 h et le thème sera celui du Pop Art. « Expose ton look le plus disjoncté », lit-on sur le communiqué relatif à cet événement. Au préalable, cependant, il importe de réserver au coût de 25 $ par personne, le nombre de places étant limité. Notez enfin qu’une consommation gratuite sera offerte à ceux qui apporteront une boîte de soupe Campbell.