Originaire de Chicoutimi, Andréanne Gauthier est fière du livre Créatrices. Elle a signé les photographies, tandis que les textes ont été écrits par Valérie Chevalier.

Andréanne Gauthier, l’oeil derrière Créatrices

Ils sont rares, au Québec, les livres du genre de Créatrices. Un grand format de type « coffee table book », avec papier de haute qualité qui rend justice aux magnifiques photographies produites par Andréanne Gauthier, originaire de Chicoutimi. Jumelées aux textes de Valérie Chevalier, elles permettent de découvrir, par l’entremise de 30 artistes parfois connues, parfois moins, de quelle manière se vit le rapport à la création.

« Nous nous connaissions, moi et Valérie, puisque j’ai réalisé son portrait en quelques occasions. Elle m’a offert de participer à ce projet de livre il y a deux ans et j’ai dit oui d’emblée. Je lui faisais confiance et moi aussi, je souhaitais célébrer la femme », a mentionné Andréanne Gauthier à l’occasion d’une entrevue téléphonique accordée au Progrès.

Ariane Moffatt dans son studio, telle que photographiée par Andréanne Gauthier

Le processus de sélection ne s’est pas résumé à prendre les personnes les plus célèbres, celles qu’on voit toujours dans les talk-shows. L’une des priorités consistait à recouper toutes les tranches d’âges, ainsi qu’un éventail de disciplines suffisamment large pour embrasser les arts visuels, la photographie, la gastronomie et la danse contemporaine, parallèlement à la chanson, la comédie et le théâtre. Présenter le Québec dans sa diversité constituait aussi un élément important.

« Presque toutes les séances ont eu lieu en même temps que les entrevues. C’était intense d’insérer 30 shootings dans mon agenda, tout en respectant les disponibilités de Valérie et de nos interlocutrices. C’est pour cette raison que deux années ont été nécessaires afin de compléter le travail. Nous sommes contentes, aussi, parce que les Éditions Hurtubise ont été all in, ce qui nous laisse croire que cet ouvrage rejoindra les gens. »

Le principe voulait qu’on montre la personne dans un lieu qui l’inspire, tout en reflétant la perception qu’en avaient les coauteures. C’est ainsi qu’on voit Guylaine Tremblay dans son lit, là où elle apprend ses textes, alors que Micheline Lanctôt est présentée dans un champ, accompagnée de son chien. Quant à l’idée de photographier des photographes comme Maude Arsenault et Julie Artacho, elle n’a pas intimidé leur consoeur.

Andréanne Gauthier a été très touchée par Safia Nolin.

« Je n’ai pas de pudeur, relativement à ma façon de travailler. Je vois donc ça comme un challenge le fun, un stress positif, comme ce fut le cas pendant ces deux séances. J’ai été honorée qu’elles me fassent confiance », commente Andréanne Gauthier. La danse est un autre thème qu’elle a aimé aborder. Il faut savoir que la Chicoutimienne a participé à plusieurs activités chapeautées par Les Farandoles, dont trois ou quatre saisons du spectacle Ecce Mundo. La danse aété sa première passion.

Dominique Michel est l’une des femmes qui a le plus touché la photographe Andréanne Gauthier. Elle l’a accueillie chez elle sans réserve, avant de se prêter à un shooting dont on peut voir le résultat dans le livre Créatrices, produit de concert avec l’auteure Valérie Chevalier.

Les questions posées aux participantes étaient sensiblement les mêmes, histoire d’obtenir des points de comparaison intéressants. Maintes fois, elles ont exprimé leur besoin de solitude. On remarque également que pour plusieurs, dont la romancière Chrystine Brouillet, le travail prend le pas sur l’inspiration. Elles n’attendent pas d’être frappées par un éclair de génie pour créer.

« Deux personnes m’ont touchée plus que les autres, soit Safia Nolin et Dominique Michel. Safia est une femme assumée, transparente, et nous l’avons rencontrée à un moment spécial, émotif pour moi. Quant à Dominique Michel, elle nous a accordé un accès privilégié dans sa maison et n’a affiché aucune retenue. Je me suis sentie à l’aise, tout en ayant le sentiment que c’était peut-être la dernière fois qu’elle se prêtait à un shooting. »

Maintenant que le livre a atterri dans les librairies, les auteures savent qu’il ne leur appartient plus. Tout au plus peuvent-elles espérer qu’il mettra en lumière la démarche de leurs interlocutrices, les chemins qu’elles empruntent afin de frapper l’imagination des gens. « Je suis excitée. Nous avons produit un livre qui traversera le temps. Je souhaite qu’il devienne une source d’inspiration », commente Andréanne Gauthier.

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« LE PORTRAIT, C'EST TOUTE MA VIE »

« Le portrait, c’est toute ma vie. Je suis un être émotif », raconte Andréanne Gauthier, coauteure du livre Créatrices. Que ce soit dans le cadre de ce projet ou de ses activités régulières en tant que photographe, elle n’aime rien tant que de capter un bout de l’âme humaine à l’aide de sa caméra. C’est ce qui l’anime depuis le début de sa carrière professionnelle, il y a dix ans.

Plusieurs magazines présentent son travail, dont Chatelaine, Véro et Coup de pouce. De nombreux artistes sollicitent également ses services pour des photos de casting. En parallèle, il lui arrive de réaliser des contrats commerciaux, notamment pour des boutiques et des émissions de télévision. « Je me sens privilégiée », résume la photographe originaire de Chicoutimi.

Elle a plusieurs modèles pour la guider, qu’il s’agisse d’Annie Leibovitz, associée jadis au magazine Rolling Stone, puis à Vanity Fair ou Lara Jade, célèbre pour ses photos de mode. Son préféré entre tous, cependant, demeure Peter Lindbergh, décédé le mois dernier. Lui aussi a fréquenté l’univers de la mode, en particulier à l’ère des « supermodels » à la Cindy Crawford. Ses oeuvres ont aussi illustré des disques et des films, en plus de justifier la tenue d’expositions prestigieuses.

« C’était le meilleur, tous genres confondus. Il a une signature raw qui vient me chercher », souligne Andréanne Gauthier. 

Elle-même croit avoir développé sa signature au fil des ans, ce qui représente une bénédiction pour une photographe professionnelle. Il faut cependant éviter de s’y sentir trop confortable, en gardant la porte ouverte à une saine évolution. « Ça doit se passer de façon organique », estime la Chicoutimienne.

S’agissant de l’inspiration, enfin, elle vient de plusieurs sources. « Il y a le cinéma, par l’entremise de la direction photo et des couleurs. Je suis également inspirée par les textures, des bouts de murs découverts en voyage, et par mes visites dans les quincailleries. J’aime réaliser des décors et mon rêve, un jour, serait de percer à l’international. Faire un portrait dans un autre pays, puis revenir chez moi le lendemain. C’est une idée qui me plaît », soumet Andréanne Gauthier.