Après la pop intrigante d’Anatole, Keith Kouna a électrisé le Côté-Cour avec ses brûlots punk, vendredi soir, devant une centaine de fans qui ne se sont pas fait prier pour chanter, crier et danser en sa compagnie.

Anatole surprenant, Kouna magnétique

Quiconque a vu Keith Kouna en spectacle sait qu’aucun artiste ne saurait lui succéder autrement qu’à ses risques et périls, tant cet homme est magnétique. Il est possible d’apparaître avant lui, par contre, et de s’en tirer avec les honneurs, ainsi que l’a démontré Anatole vendredi soir, au Côté-Cour de Jonquière.

Parmi les 100 personnes rassemblées sur le plancher, combien étaient au fait de son existence ? Trois ? Quatre ? Après 25 minutes qui ont passé vite, cependant, les cris poussés par les fans de l’icône punk ne laissaient place à aucune équivoque. Le personnage étrange, intense, manifestement attaché à la pop électro des années 1980 et dont la gestuelle pyrotechnique rappelle le Freddy Mercury du Live Aid, était parvenu à s’insinuer dans leur tête.

Il fallait le voir, ce grand bonhomme aux cheveux courts, portant une moustache de novembre, ainsi qu’un veston qui lui conférait un look de dandy, lorsque la musique lui brûlait les pieds, les bras, la gorge. Poses extravagantes, pas naturelles. Main ouverte pour supplier Dieu sait quelle divinité, fermée quand les idées noires bouchaient l’horizon. Que ce soit sur scène ou sous le nez d’un public étonné, amusé par cette soudaine intimité, Anatole s’est imposé dans tous les sens du mot.

Même les rares pauses dans l’action, entre deux chansons, n’ont laissé aucun répit aux spectateurs. Ils l’observaient, fascinés, incrédules, tandis qu’il arpentait l’espace balisé par ses musiciens, s’arrêtant brièvement devant le micro, mais sans émettre un son, comme si on avait posé un sabot de Denver sur sa langue. Climat d’étrangeté, vous dites ? À la puissance mille !

Comme prévu, toutefois, Keith Kouna a pris le contrôle de la salle dès son arrivée, flanqué de ses complices. « Salut les Jonquiérois, les Jonquiéroises. Salut Chicoutimi. Ça roule ? Je trouve que vous êtes trop loin. Avancez-vous, crisse », a-t-il lancé avec plus de bonhomie que de brusquerie, provoquant un mouvement vers la scène. Sans délai, les premières notes de Ding Dang Dong ont résonné pendant que les lumières flashaient.

Les mots déboulaient, comme toujours, puis on a eu droit à une version de Shérif fleurant bon le punk français des années 1980. Dans le même esprit, le chanteur s’est engagé dans la phase animalière du spectacle. Après Comme un macaque, pulsé par une batterie insistante, il y a eu Vaches et sa guitare baveuse comme trois Donald, sa basse hypnotique et cette phrase que le public répétait comme un mantra : « Voilà les vaches ! » À côté de ça, Anatole avait l’air bien frivole, pour paraphraser feu Nino Ferrer.

Brillantine a introduit une dose d’humour à l’affaire, au même titre que Picotine. C’était comme une récréation, mais la cloche a sonné sur l’air de Poupée, une chanson presque pop qu’il est impossible de ne pas aimer. Au pied de la scène, les gens se sont remis à danser avec plus d’enthousiasme que jamais, un large sourire accroché au visage.

Alors que Keith Kouna jonglait avec une tonne d’images, faisant cohabiter dans le lit de cette chanson des compagnons aussi improbables que le président Macron et les jihadistes, le party était pris au Côté-Cour et nul doute que ce sera pareil aujourd’hui, alors que les mêmes personnages reprendront du service à compter de 22 h, au Vox Populi de Dolbeau-Mistassini.