Adib Alkhalidey est un homme expressif, ce qui ne passe pas uniquement par les mots. Il en a fourni une nouvelle preuve vendredi soir, à l’occasion d’un spectacle présenté à la Salle Pierrette-Gaudreault de Jonquière.

Alkhalidey tel qu'en lui-même

Il est rare qu’un spectacle d’humour ressemble à ce point à une conversation. Pendant une heure, vendredi soir, Adib Alkhalidey a fait plus qu’égrener un chapelet de gags. Il a profité du passage de la tournée Ingénu à la Salle Pierrette-Gaudreault de Jonquière pour brosser le portrait d’un homme qui a grandi dans un environnement féminin, étudié dans une école aux airs de tour de Babel et envié en secret les élèves qui avaient accès aux cours de religion, au point de développer une fixation sur Jésus.

L’exercice était d’autant plus convaincant que l’homme s’est pointé sur la scène avec un minimum d’artifices, si ce n’est une bouteille d’eau sur une table et, bien sûr, cette chevelure qui lui fait une silhouette étonnante, genre pot de graminées posé sur sa tête. Pas de costume flyé. Pas de vidéo pour justifier le prix du billet qui, de toute manière, fut relativement modeste. Juste un jeune homme encore étonné de faire carrière depuis sept ans, d’où cette remarque lancée au public en guise de remerciement : « Vous êtes la différence entre avoir un métier et être un sans-abri. »

Les femmes lui inspirent un tel respect qu’Adib Alkhalidey ne comprend pas qu’un type soit déçu de ne pas en ramener une dans son lit dès le premier rendez-vous. Prenant une voix de nigaud, il dépeint la déception de ce Don Juan à la suite d’un long repas payé de sa poche et couronné d’un dessert : « Elle a eu un tiramisu ! » Redevenant lui-même, l’humoriste a enchaîné en racontant qu’une de ses amies a reçu la photo d’un pénis sur son téléphone intelligent. Il a aussitôt imaginé de quelle façon un projet de cette nature aurait pu être mené à bien en 1995, avant le boom technologique.

Il aurait fallu acheter un appareil jetable chez Jean-Coutu, prendre quatre photos de l’organe et, tant qu’à y être, finir le film en immortalisant la grand-mère et d’autres membres de la famille, a souligné l’invité de Diffusion Saguenay. C’était déjà drôle, mais pas autant que la scène où il a incarné une dame oeuvrant dans la chambre noire de la pharmacie en écoutant du Céline à Rythme-FM, une honnête travailleuse dont la vie est peuplée de photographies évoquant des instants de bonheur et qui, soudain, voit apparaître quatre pénis, puis une grand-mère. C’était hilarant.

L’école multiethnique où Adib Alkhalidey a étudié s’est également matérialisée, le temps d’un incident mettant aux prises deux enfants de races différentes. La professeure de morale aurait ramené le calme en leur disant que si, à l’aide d’un couteau, elle mettait leurs viscères sur une table, ils constateraient qu’elles ont la même couleur. Vraie ou pas, l’anecdote a fait mouche, tout comme la rencontre de Jésus par l’entremise d’un Haïtien de Montréal-Nord. L’imitation était réussie et comme le thème de la tolérance lui tient à coeur, l’humoriste a fermé la boucle en parlant de la fois où il s’est fait couper en roulant.

Pas content, il a sermonné l’autre conducteur sur une lumière rouge jusqu’au moment où celui-ci a crié : « C’est pas un osti de Nègre qui va me dire quoi faire ». « Je suis tombé sur un raciste daltonien », a répondu Adib Aklhalidey avant que sa pensée circulaire ne le ramène dans l’école mentionnée tantôt, avec la prof de morale, les deux trublions et les viscères sur la table. « On est tous roses en dedans », a-t-il rappelé. Ses fans, qui venaient d’assister à la première représentation d’Ingénu dans la région, lui ont réservé un accueil dont la chaleur fut inversement proportionnelle au froid qui enveloppait le mont Jacob.