L’originalité du propos et la richesse des costumes conçus et portés par la comédienne Guylaine Rivard comptent parmi les atouts de la pièce Aisselles et Bretelles. Il sera possible de la voir le 30 avril, à 20 h, sur la page Facebook du Théâtre CRI.
L’originalité du propos et la richesse des costumes conçus et portés par la comédienne Guylaine Rivard comptent parmi les atouts de la pièce Aisselles et Bretelles. Il sera possible de la voir le 30 avril, à 20 h, sur la page Facebook du Théâtre CRI.

Aisselles et Bretelles bientôt sur Facebook

Privée de scène pour un bon bout de temps, comme tant d’artistes sur la planète, Guylaine Rivard a trouvé une manière différente de rejoindre le public dans le contexte de la pandémie. Sa plus récente création, Aisselles et Bretelles, sera ainsi présentée le 30 avril, à 20 h, sur la page Facebook du Théâtre CRI.

C’est grâce à un fonds d’aide chapeauté par Facebook et le Centre national des arts, #CanadaEnPrestation, que ce projet a pu se concrétiser. Il permettra à la comédienne de jouer ce spectacle en solo devant une caméra que manipulera l’un de ses collaborateurs, Alexandre Girard.

Ça se passera dans sa maison située au centre-ville de Jonquière, là même où les premières représentations ont été données à l’été 2019, à l’occasion du Festival international des arts de la marionnette à Saguenay (FIAMS). « Nous avons déterminé quels étaient les angles les plus favorables et nous recherchons la meilleure résolution possible. Ça fera ressortir la texture des tissus », a précisé Guylaine Rivard à la faveur d’une entrevue accordée au Progrès.

Ce désir de bien montrer les tissus ne constitue pas une coquetterie. Dans ce spectacle d’une quarantaine de minutes, en effet, la comédienne évoque plus de 40 contes de fées. Elle le fait grâce au texte, mais aussi à l’aide de ses costumes de scène. Au fur et à mesure que l’histoire progresse, des pièces sont enlevées pour laisser voir de nouvelles images, qui, elles aussi, sont promptement remplacées.

« Quand je commence, je suis une belle grosse femme, mais je finis en jupon, décrit la comédienne en riant. Les choses que je porte doivent peser de 25 à 30 livres et je les ai taillées dans du tissu résistant, mais pas trop raide. En chemin, on voit des paysages, des personnages. Ça me fait penser à Fanfreluche. »

Un défi personnel

Pour la première fois de sa carrière, Guylaine Rivard a assumé toutes les fonctions ou presque, dans le cadre d’Aisselles et Bretelles. En plus d’écrire le texte, de produire les costumes et de jouer, c’est elle qui signe la mise en scène. Les seuls qui lui ont donné un coup de main furent son conjoint, Serge Potvin, pour la technique, son vieux complice Michel Otis, pour la musique, de même que Micheline Tremblay, pour l’analyse de son jeu.

« J’ai investi 1000 heures dans la préparation de ce spectacle, ce qui est disproportionné. J’avais le goût de me lancer ce défi de tout faire seule, ce qui a été particulièrement complexe lors de la création des costumes. Comme je travaillais sur moi-même, ça n’a pas été facile de procéder aux ajustements, de faire en sorte que chaque bouton se trouve à la bonne place », mentionne la femme de théâtre.

Fille de gang, elle ne répétera pas cette expérience, ce qui ne l’empêche pas d’apprécier les avantages découlant d’un solo. « Aujourd’hui, ce spectacle fait partie de mon corps », souligne ainsi Guylaine Rivard.

Elle est aussi heureuse de le présenter pour la première fois depuis janvier, quelques sorties ayant été reportées en raison de la pandémie. « Je suis stimulée par ce projet. Le fait de travailler devant une caméra m’oblige à revoir mon interprétation. Il faut éviter de surjouer, là où un clin d’oeil suffirait, énonce la comédienne. En même temps, il est important que je laisse filtrer la folie des contes. Après tout, c’est un effeuillage comique. »

Quant aux retombées, elles sont difficiles à cerner. Le fait d’être partie prenante d’un projet d’envergure nationale lui permettra-t-il de rejoindre un public différent ? De nouveaux diffuseurs ? « Ça représente une belle occasion pour eux, autant que pour Aisselles et Bretelles », estime Guylaine Rivard.

LE PRÉSENT, AUSSI FLOU QUE L'AVENIR 

Le milieu théâtral est tricoté serré, au Saguenay, et peu de gens le connaissent aussi intimement que Guylaine Rivard. Elle jouit donc d’un poste d’observation exceptionnel pour mesurer l’ampleur des perturbations causées par la crise sanitaire, ainsi que les mesures de confinement qui l’accompagnent.

« Ce n’est pas évident », dira-t-elle plusieurs fois au cours de l’entrevue. Qu’il soit question des projets du Théâtre CRI, sa compagnie, ou de ceux qui mobilisent ses camarades, cette phrase revient comme un leitmotiv. Aujourd’hui, on navigue à vue en essayant de préserver l’essentiel. Demain, c’est encore plus flou.

« Le Théâtre À Bout Portant devait présenter une nouvelle pièce en mai. C’est reporté à l’automne, donne en exemple Guylaine Rivard. Cet été, j’avais hâte de jouer pour la première fois dans une production du Théâtre 100 Masques, La cantatrice chauve. Ça se fera seulement en 2021, toujours au Côté-Cour de Jonquière. Or, à ce moment-là, je prévoyais monter un spectacle de cabaret dans cette salle. »

Ce qui n’est pas plus évident, c’est la forme que prendra la deuxième et dernière édition du Théâtre à l’Air, une initiative pilotée par les compagnies établies à Saguenay. « En août, nous devions proposer des activités s’étirant sur deux soirées, au centre-ville de Chicoutimi. On voyait ça comme un petit festival, mais ce sera sûrement reporté, peut-être à l’automne », anticipe la femme de théâtre.

Elle souhaite qu’à l’issue du confinement, les gens aient le goût de sortir, mais avec toutes ces pièces dont la présentation a été décalée, un autre obstacle se profile. « Nous avons déjà un problème de salles. Ce sera compliqué », avance Guylaine Rivard.

Parmi les productions qui n’ont pas franchi l’étape des répétitions, elle mentionne la pièce Les voleurs de poules ou l’importance de l’hygiène en 1920. Son rôle consiste à mettre en scène le texte écrit par le dramaturge Martin Giguère. Il devait être interprété par des comédiens amateurs au profit de la Société historique du Saguenay, mais ça aussi, c’est remis.

« Martin a travaillé à partir de l’actualité de l’époque. Il est question d’un confinement provoqué par la grippe espagnole. Drôle de hasard », note Guylaine Rivard d’un ton amusé.