La murale Mosaïque étonne, offrant une fenêtre de compréhension dans le travail de création qui a mené à plusieurs oeuvres de l’exposition Entre 2 plis.

Agréablement froissé

Grand bien nous fasse de nous sentir quelque peu froissé alors qu’on pénètre dans l’univers de Sébastien Gaudette, qui expose au Centre national d’exposition (CNE) du mont Jacob jusqu’au 9 septembre. Au contraire d’un sentiment désagréable, les études de drapés, l’omniprésence de feuilles chiffonnées et les étonnants trompe-l’oeil nous font sentir un peu comme le titre de l’exposition, Entre 2 plis. Et la progression à travers les oeuvres chemine en une délicieuse émancipation. Une dimension qui a de l’étoffe et mérite une visite, d’autant plus que l’entrée est libre.

Le montréalais puise d’un côté à travers l’histoire de l’art en revisitant des tableaux néo-classiques, en faisant soigneusement disparaître tout contenu, laissant originalement en surbrillance les drapés et leurs textures. L’autre pan de l’exposition touche un habile amalgame de perspectives qui déjouent à la fois la rétine, mais aussi l’esprit, transcendant avec stupéfaction les matériaux. Le tout forme un regard qui n’a pas son pareil sur la simplicité du mouvement imposé au papier, thématique récurrente chez le bachelier en arts visuels et médiatiques. La déconstruction du médium qui s’en suit, unique et impossible à recréer, s’avère la pierre angulaire du processus de création de Sébastien Gaudette.

En retirant la composition picturale de toiles, ne conservant que les étoffes, Sébastien Gaudette met l’accent sur le texturé. Ici, une série reprenant cette technique, mettant l’accent sur la géopolitique.

Pouvant sembler de prime abord anodines, les oeuvres sont riches en ombrages, reliefs et pliages incongrus. De simples 8 1/2 par 11 accrochés au mur résultent en de fascinants modelages en aluminium ; des toiles dans lesquelles ne reste que l’étoffe offrent une interprétation nouvelle ; des toiles monochromes révèlent des identités multiples : l’exposition de Sébastien Gaudette, c’est l’étonnement à l’intérieur de chaque faux pli. Un voyage à quatre dimensions, dont nos perceptions ressortent agréablement modifiées.

Mur d’études préparatoires
Patchwork alliant esquisses, notes et ébauches, l’étude sur le drapé et le papier intitulée Mosaïque détaille une rare incursion dans le parcours créatif d’un artiste, et par rebond offre au visiteur un regard renouvelé sur les oeuvres qu’il vient de fréquenter. Comprenant à la fois des études détaillées, mais aussi de nombreuses sources d’inspirations (Gilles Deleuze, Jean-Luc Godard), la synthèse construite à l’aide de fiches éparses vaut à elle seule le déplacement.

Les trompe-l’oeil sont d’une efficacité incroyable, misant sur la rupture et le déchirement du matériau, leitmotiv de l’exhibition.
Certaines oeuvres surprennent, notamment par le truchement de divers médiums.