Voici le comédien Hubert Lemire campant le personnage central de la pièce Le merveilleux voyage de Réal de Montréal, une production pour enfants qui sera présentée samedi à 13h 30, à la Salle Pierrette-Gaudreault de Jonquière.

Adorable (et turbulent) Réal de Montréal

Si vous connaissez un garçon un peu baveux, pas motivé à l'école, capable de méchanceté à l'occasion, vous ne serez pas dépaysés par Le merveilleux voyage de Réal de Montréal. Cette pièce que le grand public pourra découvrir samedi à 13h30, ce qui couronnera une série de représentations scolaires données à la Salle Pierrette-Gaudreault de Jonquière, brosse en effet le portrait d'un vilain garnement qui se trouve à la croisée des chemins.
Juliane Desrosiers-Lavoie et Hubert Lemire prêtent vie à la mouette Nora et à Réal de Montréal, à l'occasion du spectacle présenté par le Théâtre la Rubrique aujourd'hui, à Jonquière. Créé par le Théâtre Bouches Décousues et le Théâtre de la Petite Marée, il a pour titre Le merveilleux voyage de Réal de Montréal.
Réal est incarné par Hubert Lemire, dont le phrasé et le jeu physique font merveille dans ce rôle plus exigeant qu'il n'y paraît. C'est que derrière la drôlerie du personnage se profile un mal-être susceptible de le faire sombrer, lui qui appartient au groupe des cinq à dix ans à qui cette oeuvre est destinée. On fait d'ailleurs sa connaissance au moment où ses parents, à bout de patience, l'enferment dans sa chambre pour qu'il apprenne ses leçons.
«C'est fatigant d'être le plus méchant Réal de Montréal», lance l'enfant dans un éclair de lucidité. Hyperactif, fier de ses mauvais coups, comme la fois où il a fait peur à sa maîtresse d'école en tenant par la queue un gros rat en plastique, ce grand bébé portant un chandail du Canadien et une tuque perpétuellement vissée sur sa tête ne se doute pas que le destin - sous la forme d'un lutin - s'apprête à lui rendre la monnaie de sa pièce.
Le voici rapetissé, ce qu'illustre la marionnette que manipule désormais Hubert Lemire. Il est minuscule, mais encore baveux, sûr de lui au point de ridiculiser la mouette qui, le prenant pour une frite, avait entrepris de le picorer. Elle s'appelle Nora et rêve de migrer avec les bernaches qui volent vers l'est de la province, un projet fou auquel Réal participera de façon plus ou moins volontaire.
Chaque étape de ce périple, du lac Saint-Pierre à l'île Bonaventure, en passant par Métabetchouan et son gisement de quartz, est décrite au moyen de jolis dessins défilant sur un écran dressé à l'arrière de la scène. Parfois, aussi, des bouts de l'histoire sont relatés - fort habilement - par l'entremise du théâtre d'ombres. Ces séquences injectent une dose de poésie aux aventures du gamin, truffées de péripéties amusantes.
Dans la salle, lors de la représentation scolaire donnée jeudi avant-midi, le public a souvent ri, mais surtout, il est demeuré attentif pendant l'heure que dure ce spectacle produit par le Théâtre Bouches Décousues et le Théâtre de la Petite Marée, à partir d'un texte de la Suédoise Selma Lagerlöf. C'est ainsi que peu à peu, on l'a senti réceptif au changement d'attitude de Réal, provoqué par l'amitié que lui prodiguent Nora et le leader des bernaches.
C'est là que la pièce prend une autre dimension. Le gamin réalise que ses parents lui manquent et qu'il s'est mal comporté avec eux, mais aussi avec la voisine qu'il appelle madame Grosse Tache, de même qu'avec Jacob de Repentigny, le lutin qui, seul, a le pouvoir de lui redonner une taille normale. Soudain, il est moins fébrile, plus gentil, mais reste tout aussi attachant.
Cette pièce est tellement bien ficelée que les adultes aussi prendront plaisir à la regarder. Elle est présentée par le Théâtre La Rubrique et en plus d'Hubert Lemire, on y voit Juliane Desrosiers-Lavoie et Maxime Mailloux utiliser des marionnettes pour camper différents personnages. Ils se moulent à la mise en scène conçue par Jacques Laroche, à partir d'une adaptation signée Rébecca Déraspe.