Patrick Simard multiplie les apparitions délirantes dans Le Noël de M. Scrooooge, au grand désarroi du personnage incarné par Mélanie Potvin. Ce spectacle étrenné vendredi, au Côté-Cour de Jonquière, sera présenté à nouveau samedi soir, ainsi que dimanche après-midi.

À la fois tordu et rassurant

Pour plus de 300 personnes, le temps des Fêtes ne commence pas le 1er décembre, ni à l’arrivée du père Noël dans les centres commerciaux. Ce dont ils ont besoin pour s’émouvoir à la vue d’un arbre chargé de boules et de guirlandes même s’il ne sent pas le sapin, c’est d’assister au spectacle annuel du Théâtre 100 Masques. Cette année, cette production - la 12e - a pour titre Le Noël de M. Scrooooge et la première représentation a été donnée vendredi soir, au Côté-Cour de Jonquière.

La salle affichait complet, mais personne n’a manqué de biscuits, ni de chocolat chaud, ni d’occasions de rire en compagnie des comédiens Mélanie Potvin, Patrick Simard et Florence Boudreault, appuyés par la pianiste France Duchaîne et le metteur en scène Dario Larouche. Pendant un peu plus d’une heure, le public a vu Martha Watier (Mélanie Potvin), l’hôtesse trash par excellence, tenter en vain de lire le célèbre conte de Dickens, A Christmas Carol.

Chaque fois qu’elle approchait le livre de ses yeux, en effet, des importuns apparaissaient. Des fois, c’était sa bonne (Florence Boudreault), une sorte de Bécassine pour le parler, maillée à un santon pour le look. Elle réclamait un congé à Noël, faible compensation pour les gages qui ne lui ont pas été versés depuis des lunes. Or, cette pauvresse est le souffre-douleur de sa maîtresse, adepte de la simplicité volontaire, tant que ce sont les autres qui écopent.

L’autre tourmenteur, source de grands délires dans la salle, c’est Patrick Simard. Il importe de l’identifier par son nom, puisque lui-même le fait, même quand il atterrit sur la scène accoutré comme un fantôme qui ressemble à toutes sortes d’affaires, sauf à Casper. « Je suis Patrick Simard, comédien caméléon du Saguenay », lance-t-il avant de mentionner quelques-unes des pièces auxquelles il a participé, ainsi qu’une pub pour le bac bleu diffusée des millions de fois à la télé.

Serait-il aphone qu’on rirait pareil en le voyant vêtu de blanc tel un gourou, nimbé d’un nuage de fumée. Il est censé incarner la mère de Martha, ou plutôt son spectre qui compte l’amener dans le passé, le présent et l’avenir afin de lui montrer pourquoi elle est si réfractaire à l’esprit de Noël (et, peut-être, la convertir). « Je ne suis ni le queer de Noël, ni Hubert Lenoir », a cru bon de préciser l’étrange fantôme, dont chaque métamorphose a été saluée par de généreuses cascades de rires.

Comme c’est la tradition, des chansons ponctuent l’histoire, versions tordues de classiques des Fêtes. « Maman a joué avec le père Noël. Il lui a montré sa grosse bébelle », a ainsi raconté Martha sur l’air de J’ai vu maman embrasser le père Noël. Il y en a une douzaine de la même eau, souvent très drôles, tandis que la musique se moulait aux partitions originales. À vrai dire, le son du piano est aussi chaleureux que le salon bourgeois de l’hôtesse, orné de quelques arbres sobrement décorés.

C’est ce contraste qui fait du Noël de M. Scrooooge un rendez-vous si particulier. On assiste à ce spectacle dans un esprit de dérision, mais curieusement, il a quelque chose de rassurant, à la manière d’un gâteau aux fruits. Les comédiens ont beau multiplier les outrances, chanter Noël, c’est glamour comme Mélanie Potvin le fera à nouveau aujourd’hui à 19 h, puis dimanche à 15 h (avis aux intéressés, il reste des billets, mais pas des masses), ils font désormais partie de la fête, au même titre que Noël au camp.