16 visages de la nouvelle garde artistique

On entend souvent dire, au Québec, que ce sont toujours les mêmes qui tournent, qu’on voit à la télé, qu’on entend… C’est de moins en moins vrai. Déjà de nouveaux artistes ont pris leur place et d’autres, sans aucun complexe, débarquent avec leurs propositions originales et détonantes. Le Soleil vous fait découvrir 16 visages de cette nouvelle garde.

Marie-Pier Lagacé, comédienne et auteure

D’abord comédienne, Marie-Pier Lagacé fait un tabac ces jours-ci à Premier Acte sous son nouveau chapeau d’auteure… Avec sa première pièce portée à la scène, Celle qu’on pointe du doigt, la jeune dramaturge s’est attiré maintes critiques élogieuses. Avec raison. Partant d’une sujet tout sauf évident — l’infanticide —, elle a su broder un texte nuancé, à la fois sensible, percutant et dépourvu de jugement. Voilà pour l’auteure, qui porte elle-même avec beaucoup d’aplomb et d’humanité le personnage principal du spectacle. Diplômée du Conservatoire d’art dramatique de Québec il y a quatre ans, Marie-Pier Lagacé fait partie de l’équipe des Chantiers, ces projets en développement qui trouvent une vitrine en marge du Carrefour international de théâtre. On a notamment pu la voir jouer au clown à La Bordée dans CHSLD de Véronika Makdissi-Warren et incarner la Rose et la renarde dans Mon Petit Prince, un spectacle jeunesse toujours en tournée signé par Anne-Marie-Olivier et Marie-Josée Bastien. Le 21 octobre au Griendel, elle prêtera sa voix à la soirée Kamourascrap, une série de lectures de textes coquins inspirés des Belles-sœurs de Michel Tremblay. Quand on parle de diversité!  Geneviève Bouchard

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Les Louanges, auteur-compositeur-interprète

La jeune vingtaine et toute une dégaine… Sous le nom d’artiste Les Louanges, Vincent Roberge ne passe pas inaperçu cet automne avec la parution de son premier album complet, La nuit est une panthère. Fin mixologue sonore, le Lévisien d’origine et Montréalais d’adoption a puisé dans une foule d’influences pour créer son cocktail chansonnier: entre des études en jazz, un amour du rap et du R&B et des racines bien ancrées dans la chanson québécoise. Il se dégage une belle fraîcheur des chansons livrées par Roberge avec un timbre singulier et un flow bien à lui. Après avoir passé son adolescence à jouer dans les rues du Vieux-Québec, l’auteur-compositeur-interprète multi-instrumentiste a fait bonne figure aux Francouvertes et au Festival de la chanson de Granby. Le voilà maintenant à l’avant-scène avec une proposition qui ne ressemble pas à grand-chose dans le paysage musical d’ici. Pour découvrir de quel bois il se chauffe en spectacle, rendez-vous à L’Anglicane le 29 novembre. Geneviève Bouchard

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Sophie Dupuis, réalisatrice

Sophie Dupuis n’est pas, à proprement parler, une nouvelle venue. Comme bien des cinéastes québécois, la réalisatrice et scénariste originaire de Val-d’Or a aiguisé son regard, peaufiné son écriture et exercé sa mise en scène dans le court métrage (une demi-douzaine) — Faillir (2012) a remporté de nombreux prix. Reste que Chien de garde, son premier long, a fait une entrée fracassante dans notre cinématographie. Un film puissant, criant de vérité, unanimement salué par la critique. L’ultime reconnaissance est venue beaucoup plus tard pour son drame sur une famille dysfonctionnelle: Chien de garde représente le Canada aux Oscars dans la course à l’Oscar du meilleur long métrage en langue étrangère! Une nomination pleinement méritée pour la femme de 31 ans, qui travaille sur son prochain film: Souterrain. On a déjà hâte. Éric Moreault

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Olivier Arteau, auteur, metteur en scène et comédien

«Je sais qu’il y a plein de gens qui connaissent son travail, mais il y a peut-être une partie de notre public qui ne le connaît pas. C’est cette rencontre-là que je trouve belle», nous expliquait en avril la directrice artistique du Trident, Anne-Marie Olivier, justifiant son choix de confier la mise en scène d’Antigone à Olivier Arteau. Le jeune homme de théâtre fera donc son entrée par la grande porte à la salle Octave-Crémazie l’hiver prochain, après avoir laissé sa marque à Premier Acte, entre autres. Avec Doggy dans gravel (dont il signait le texte et la mise en scène), il a livré un portrait aussi percutant que déjanté de sa génération. Avec Made in Beautiful, il a élargi le sujet d’étude à l’identité québécoise en exposant une vision créative dégourdie, décomplexée et fort réjouissante. Comme comédien, on l’a notamment vu l’an dernier se faire sérieusement malmener dans Froid de Lars Norén. Et on le verra en novembre à Premier Acte dans La fille qui s’promène avec une hache de Léa Aubin et Gabriel Cloutier Tremblay. Geneviève Bouchard

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Geneviève Dulude-De Celles, réalisatrice

Il y a peu, Geneviève Dulude-De Celles était déjà une étoile montante du cinéma québécois. Après ses études, la cinéaste originaire de Sorel participe à La course Évasion autour du monde édition 2011. Puis son court La coupe obtient le Grand Prix du jury au prestigieux festival de cinéma indépendant de Sundance, en 2014. Deux ans plus tard, son premier long métrage documentaire, Bienvenue à F.L., tourné à la polyvalente de Sorel-Tracy où elle a fait ses études, confirmait son très grand potentiel. Puis voici que la cinéaste de 31 ans poursuit son exploration des remous de l’adolescence avec Une colonie, fiction qui a remporté le Grand Prix de la récente édition du Festival de Québec (FCVQ)! Chaque fois, l’humanité du propos suscite l’adhésion. Une approche sensible, avec une belle touche, pleine de promesses. Une colonie doit prendre l’affiche en 2019. Éric Moreault

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Théodore Pellerin, acteur

Théodore Pellerin a su très jeune qu’il voulait jouer. Élevé par une mère chorégraphe et un père peintre, il s’inscrit à 12 ans dans une école secondaire spécialisée en théâtre. Il décrochera bientôt des rôles à la télé, mais c’est vraiment dans la dernière année que son talent a explosé. L’acteur de 21 ans a enfilé les rôles au cinéma (Isla BlancaBoost et Ailleurs, de Samuel Matteau, tourné à Québec), mais a stupéfié tout le monde avec son incarnation incandescente d’un électron libre dans Chien de garde de Sophie Dupuis. Une interprétation qui lui vaut le prix de la révélation de l’année au gala Québec cinéma et, peut-être, un détour par les Oscars. Cette hallucinante prestation n’est pas éphémère: Théodore Pellerin a décroché, il y a une semaine, le Bayard du meilleur acteur au Festival de Namur pour Genèse. Le drame de Philippe Lesage sortira au printemps 2019. Une ascension exceptionnelle... Éric Moreault

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Jérôme 50, auteur-compositeur-interprète

Derrière ce nom emprunté à une marque de bière se cache un drôle de numéro, qui présente ces jours-ci un réjouissant premier album. On peut adhérer ou non au propos développé sur La hiérarchill. Difficile de nier la sincérité des intentions de ce coloré personnage, qui espère une nouvelle Révolution tranquille où les jeunes se reconnaîtront davantage que dans le modèle actuel. Ou qui fait l’éloge de la consommation de drogues: que ce soit un petit joint au réveil ou une virée en skateboard sur le «mush». L’auteur-compositeur-interprète dit vouer une admiration équivalente à Richard Desjardins et à Rihanna. Pas facile à étiqueter, le bonhomme… Et c’est tant mieux! Après avoir été musicien de rue, être passé par les Francouvertes et par Petite-Vallée, le voilà qui débarque avec un album faussement léger, foncièrement libre et, on s’en doute, clairement réfléchi. Ne serait-ce que dans ces citations imprimées dans le livret (de Plutarque à Miron en passant par Ducharme et saint Augustin) qui offrent des clés d’interprétation ou une mise en exergue de ses chansons. À voir le 9 novembre à l’Impérial en première partie d’Émile Bilodeau et le 21 décembre sur la même scène avant Hubert Lenoir. Geneviève Bouchard

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Pascale Renaud-Hébert, comédienne, metteure en scène et auteure

En 2017, la performance de Pascale Renaud-Hébert dans L’art de la chute, reprise cet automne à Montréal, lui a valu le prix Nicky-Roy, qui célèbre l’excellence du travail d’un comédien pratiquant son art depuis moins de trois ans. Et ce n’est pas la seule pièce qui a souri à l’auteure, metteure en scène et comédienne, qui multiplie les projets ces temps-ci. Dans son premier texte, Sauver des vies, elle abordait avec justesse deux façons diamétralement opposées d’envisager la mort. D’abord présenté à Premier Acte en 2016, le spectacle sera repris à La Bordée en février. Quelques jours plus tard, la réappropriation de l’Antigone de Sophocle qu’elle a signée avec Rébecca Déraspe et Annick Lefebvre prendra l’affiche au Trident. À Premier Acte, elle a notamment cosigné la pièce Le jeu, une réflexion sur la peur, et mis en scène Embrigadés, une pièce sur la radicalisation. Dans un contexte plus festif, elle a mis sa griffe à certains textes de la revue de l’année Beu-Bye à La Bordée et a participé aux Contes à passer le temps. Au petit écran, elle contribue aux textes de M’entends-tu, la nouvelle série de Florence Longpré qu’on pourra voir à Télé-Québec l’hiver prochain. Geneviève Bouchard

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Milya Corbeil-Gauvreau, actrice

L’an dernier, à seulement 15 ans, l’adolescente s’est fait remarquer en défendant avec brio le premier rôle du long-métrage de Luc Picard, Les rois mongols, où elle fomentait naïvement l’enlèvement d’une vieille dame pendant la Crise d’octobre, en 1970. Après des débuts dans un vidéoclip de Karkwa, en 2010, elle avait fait des apparitions dans le court-métrage La Coupe, Les démons, de Philippe Lesage et Nelly, d’Anne Émond, où elle incarnait la jeune Nelly Arcan. À la télé, on a pu la voir dans la série jeunesse Subito Texto et Faits divers, où elle incarne la fille d’Isabelle Blais. Normand Provencher

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Alexandre Nachi, acteur

Plusieurs l’ont découvert cet été au grand écran en nomade un peu loufoque, savoureux personnage, dans 1991 de Ricardo Trogi. À la télé, il brille cet automne dans le rôle de Robin, en fauteuil roulant depuis un grave accident de la route, dans la série Clash à Super Écran, et dès novembre à VRAK. Toujours le ton juste pour ce personnage terrorisé par la peur et la culpabilité. Un acteur de la relève à surveiller. Richard Therrien

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Marie-Fauve Bélanger, artiste visuelle

En arts visuels, on dirait que les étiquettes «nouveau visage» et «artiste émergent» s’appliquent pendant 10 ans, voire plus. Pour trouver la bonne personne, j’ai donc exclu d’emblée tous (!) les artistes auxquels j’avais déjà consacré un article solo. Mon choix s’arrête sur Marie-Fauve Bélanger, dynamique médiatrice, animatrice et créatrice qui a cofondé le Musée ambulant, avec trois autres passionnées. L’initiative est habile, stimulante, pertinente et se déplace dans les écoles pour faire découvrir l’art actuel aux enfants. Sa pratique artistique mérite également mention. Ses sculptures qui mélangent courbes et arêtes tranchantes sont des amalgames de différentes essences de bois et de plexiglas et de giclées de résine. Celle qui fait aussi des installations et des dessins a remporté le prix Coup de cœur du public à la 5e Foire en art actuel de Québec, le printemps dernier. Josianne Desloges

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Lydia Bouchard, chorégraphe et metteure en scène

Certainement pas de ballottage pour ce maître en or de Révolution, la flamboyante nouveauté de TVA. Déjà une bête de télé à sa première expérience, la chorégraphe et metteure en scène transmet de magnifique façon son amour de la danse, aux côtés de professionnels tout aussi passionnés, Les Twins et Jean-Marc Généreux. Pour son énergie contagieuse, ses yeux qui brillent aux prouesses des danseurs, elle est assurément notre «moment Révolution» de la rentrée d’automne. Richard Therrrien

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Pascal Plante, réalisateur

À sa première incursion dans le long-métrage, en début d’année, le réalisateur de 30 ans originaire de Québec a fait écarquiller bien des yeux. Les faux tatouages s’est frayé un chemin jusqu’à la prestigieuse Berlinale et au Slamdance Film Festival, en Utah. Cette chronique sentimentale à petit budget, tournée en seulement deux semaines, a particulièrement impressionné par sa direction d’acteurs. Le jeune cinéaste, grand fan du cinéma de John Cassavetes, a guidé de main de maître ses deux interprètes, Anthony Therrien et Rose-Marie Perreault, «deux perles», dans une valse-hésitation amoureuse au charme certain. La suite des choses s’annonce prometteuse. Normand Provencher

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Christophe Bernard, écrivain

Il y a de ces premières œuvres qui sont inoubliables. Comme l’épique La bête creuse de Christophe Bernard. Son roman, qui se déroule à la fois dans une Gaspésie farouche, au début des années 1900, et un siècle plus tard, dans un voyage halluciné de Montréal à la baie des Chaleurs, est tout simplement phénoménal. Il est rare qu’on puisse se laisser emporter par tant de maestria dans l’écriture, de vocabulaire et de souffle dans le récit. Quelque part entre Hunter S. Thompson, Thomas Pynchon et le burlesque du cinéma muet, La bête creuse propose un formidable dépaysement dans un paysage où l’imaginaire est roi. Ce premier livre, tout simplement délirant, presque fou furieux, a remporté le Prix Québec-Ontario 2017. Bernard, né à Maria, en 1982, est assurément un auteur à suivre. Éric Moreault

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Lou-Adriane Cassidy, chanteuse

Finaliste au Festival de la chanson de Granby et participante à La voix, en 2016, la chanteuse de 21 ans de Québec fait depuis son petit bonhomme de chemin. De sa voix feutrée, elle a livré un premier album, Ça va ça va, qui lui a valu un concert d’éloges. Née dans une famille d’artistes — sa mère est la chanteuse Paule-Andrée Cassidy — la jeune femme a aussi été remarquée aux festivals de Petite-Vallée et à Granby.  Ses fans ont pu l’entendre l’été dernier, au parc de la Francophonie, en lever de rideau du spectacle de Jane Birkin. Normand Provencher

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Simon Boulerice, auteur

Nouveau visage, Simon Boulerice? Romancier et dramaturge reconnu depuis plus de 10 ans, il a fait une entrée remarquée à la télé cet automne au sein de l’équipe de Cette année-là à Télé-Québec. Une boule d’énergie et de spontanéité, boulimique de culture, qui donne beaucoup de vie à cette formule. Donnez-lui un titre de chanson et il vous la chante ou vous la danse. Un OVNI dans notre univers télé, tout à fait réjouissant. Richard Therrien