La coordonnatrice de la Société historique du Saguenay, Audrey Naud, en compagnie de Marc-André Caron, pasteur, doctorant en théologie et collaborateur au nouveau numéro de Saguenayensia.

« Documenter une vie à contre-courant »

Avec son dernier numéro, Les mouvements protestants. Une vie à contre-courant , la revue Saguenayensia met en relief l’histoire méconnue des protestants du Saguenay–Lac-Saint-Jean. Lancée le 21 février, la parution bénéficie de contributions de la part de Marc-André Caron, pasteur et doctorant en théologie, d’Annie Fortin, des centres d’histoire Arvida et Sir-William-Price, ainsi que de Myriam Gilbert, archiviste de Bibliothèque et Archives nationales du Québec (BAnQ).

Coordonnatrice aux projets et aux communications à la Société historique du Saguenay, Audrey Naud raconte que ce nouveau Saguenayensia s’attaque un sujet peu traité par le passé : « On veut lever le voile sur cette partie de l’histoire qui est dans l’ombre. » L’idée de départ provient de l’historien Gérard Bouchard, qui avait parlé des recherches de Marc-André Caron dès 2012. « On s’est rendu compte qu’on a peu ou pas publié sur les protestantismes. Ça nous a semblé un bon moment pour le faire », poursuit Mme Naud.

La dernière parution de Saguenayensia est disponible depuis le 21 février dans différents points de vente, y compris dans les locaux de la Société historique du Saguenay.

Avec l’article « Des évangéliques au Saguenay–Lac-Saint-Jean avant la Révolution tranquille », Marc-André Caron souhaite donner un aperçu de la vie des franco-protestants de la région avant 1960, une vie qui comportait plusieurs implications difficiles à concevoir aujourd’hui.

« Je documente ces implications-là à contre-courant, que ce soit des implications économiques, du fait que par exemple à Girardville il pouvait être difficile pour un évangélique d’être employé par un catholique, raconte M. Caron. Je documente même que pour la construction de l’école à Girardville, on leur avait refusé un prêt chez Desjardins, parce que le curé ne voulait pas qu’on leur prête. Je documente comment ça a été compliqué pour la première inhumation des morts, parce que la municipalité ne voulait pas leur délivrer un permis. »

Plusieurs collaborateurs ont participé à ce numéro de la revue Saguenayensia, dont Annie Fortin, des centres historiques d'Arvida et Sir-William-Price, Marc-André Caron, pasteur et doctorant en théologie, ainsi que Myriam Gilbert, archiviste de Bibliothèque et Archives nationales du Québec.

Le domaine de l’éducation est un parfait exemple des difficultés rencontrées par les évangéliques. « Jusqu’à il y a 15 ans, le système scolaire était divisé linguistiquement et religieusement, rappelle Marc-André Caron. Dans une même commission scolaire, tu ne pouvais pas avoir deux langues et deux religions. C’était soit anglais protestant ou français protestant. Donc à Arvida c’était une commission anglaise protestante, donc si tu es un évangélique francophone qui habite à Arvida, soit tu es un traitre à ta culture, parce que tu vas t’angliciser à Riverside ou à Saguenay Valley School dans le temps, soit tu t’en vas en pension à Girardville, là où c’est une commission scolaire francophone protestante. »

C’est ce sentiment de trahison qui a aliéné les francophones protestants à leur communauté. Si, à l’époque, un anglophone protestant était considéré comme normal, un francophone protestant représentait une double trahison, culturelle et religieuse. « Avant la Révolution tranquille, les convertis évangéliques sont dépeints comme des apostats. Donc le clergé catholique avertissait les voisins de ces gens-là de couper contact avec eux parce qu’ils seraient influencés à abandonner la foi catholique. » Marc-André Caron mentionne que l’histoire des protestants francophones n’est pas sans rappeler l’actualité sociale actuelle. « Dans le vécu des gens que j’ai interviewés, il y a une petite expression vraiment intéressante qui revient, c’est que les évangéliques se font insulter, se font traiter de communistes, de témoins de Jehovah. Il y a vraiment une peur de l’autre. En relisant ça, ça me faisait penser à ce qu’on voit aujourd’hui. J’en touche un mot dans la conclusion, par rapport au fait que c’est correct de s’accepter l’un et l’autre. »

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ÉVANGÉLIQUES ET CATHOLIQUES, QUELLE EST LA DIFFÉRENCE?

Marc-André Caron explique que les principales différences entre les catholiques et les évangéliques (francoprotestants) peuvent être énoncées en quatre points simplifiés.

Tout d’abord, la Bible est la seule autorité admissible par les protestants en ce qui a trait à la foi et aux connaissances sur la vie chrétienne. Ensuite, selon la posture évangélique, le salut n’est pas conditionnel aux mérites, mais plutôt donné à tous. « En théologie de rue, c’est la balance du bien et du mal qui fait en sorte que Dieu va t’accepter, résume M. Caron. Les évangéliques avancent que c’est exactement l’inverse dans la Bible. Dieu ne t’accepte pas parce que tu le mérites, mais parce que lui l’a mérité à ta place, comme si Jésus, à la croix, a été crucifié à ta place et qu’il a pris la punition qui te revenait. »

Marc-André Caron cite comme troisième point l’absence d’évangéliques « de nom » (non pratiquants). Les évangéliques sont soucieux de propager la foi, ne s’appuyant pas sur des intermédiaires obligés entre Dieux et eux-mêmes. Finalement, les évangéliques accordent une importance particulière à la « nouvelle naissance », le moment de leur « entrée dans la foi chrétienne ».