Arts

L’information en images et en mots

Le reporter photographe de l’Agence France-Presse, Philippe Desmazes, a travaillé partout dans le monde pour transmettre l’information en images et en mots. Il y a quelques jours, il était de passage à Saguenay, afin de partager une partie de ses connaissances avec les photographes réunis dans le cadre de Zoom Photo Festival Saguenay.

Philippe Desmazes a proposé une classe de maître étalée sur deux jours axée sur les techniques du photoreportage. Le reporter photo en connaît beaucoup sur le sujet, lui qui oeuvre pour l’Agence France-Presse, une agence de presse mondiale, depuis 1995. 

Philippe Desmazes cumule 25 ans de pratique en photo. D’abord indépendant, il a oeuvré pour l’agence de presse Reuters avant de se joindre à l’AFP. 

Son métier, il l’aime toujours autant. « Faire des photos informatives, ça reste un art. Même dans les photos de ‘‘news’’ il y a un côté artistique », affirme-t-il. 

Au fil des ans, Philippe Desmazes a couvert de nombreux conflits, notamment au Moyen-Orient, en Libye et en Syrie. Il a énormément voyagé. 

Aujourd’hui, les meilleurs souvenirs qu’il conserve sont liés à des rencontres et non pas à des photos.

« J’ai été souvent en Côte d’Ivoire. J’y ai fait des rencontres qui m’ont permis de faire des choses très intéressantes. J’ai notamment pu y voyager seul. C’était super », raconte-t-il. « Bizarrement, un reportage à Sumatra, en Indonésie, après le premier tsunami en 2004 m’a marqué positivement. J’ai rencontré des gens extraordinaires, souriants. »

Il faut dire qu’afin de bien faire son travail, Philippe Desmazes parvient à se détacher des drames qu’il côtoie.

« J’ai toujours eu beaucoup de facilité à m’écarter de tout ça. C’est une disposition intellectuelle de témoin et non pas d’acteur. Parfois, je peux devenir copain avec des gens avec qui je ne l’aurais jamais été. Par contre, ça ne m’intéresse pas d’avoir un scoop si je dois aller contre mon code déontologique. Il y a des limites », assure-t-il. 

Parmi les milliers de clichés qu’il a pris en carrière, un a particulièrement retenu l’attention dans le monde. C’est sa photo qui a annoncé l’arrestation de Kadhafi. 

« Je suis arrivé sur les lieux où il avait été arrêté environ une heure ou une heure et demie après les événements. Un homme était là et il avait filmé tout ça avec son portable. J’ai compris que Kadhafi avait été arrêté. J’ai pris une photo de son écran. Personne n’était au courant qu’il avait été arrêté. La photo a été diffusée partout. C’est ce qui a annoncé son arrestation », raconte-t-il. « J’ai fait cette photo avant même de savoir l’importance qu’elle avait. »

Aujourd’hui, Philippe Desmazes voyage moins. Il est responsable du bureau régional de l’AFP de Lyon. « On fait beaucoup de sport. C’est environ 40 % de notre travail. Mais on fait aussi du social, de la politique, du magazine, de l’économie et des photos sur le vin puisque c’est très présent dans le secteur », décrit-il. « Je n’ai plus le même rythme », convient celui qui se voit exercer le métier encore longtemps. 

Arts

Le beau et le laid dans la lentille de l'AFP

L’Agence France-Presse fournit de l’information en vidéo, en photo, en multimédia et en texte sur les événements qui font le monde. Un réseau de 500 photographes et 2300 collaborateurs de 80 nationalités différentes répartis dans 151 pays permettent de savoir ce qui se passe sur la planète 24 heures sur 24.

L’agence de presse mondiale présente une sélection de quelques clichés à La Pulperie de Chicoutimi dans le cadre de Zoom Photo Festival Saguenay. À l’image de l’agence dont les photographes captent 3000 clichés par jour, les photos réunies pour l’exposition permettent de voyager dans des univers variés. 

Les images peuvent être dures, troublantes, touchantes, magnifiques. 

Arts

Angèle Dubeau, pour une dernière fois dans la région

Angèle Dubeau se produira pour une dernière fois au Saguenay-Lac-Saint-Jean, aujourd’hui à 20 h. Accompagnée par les membres de La Pietà, la violoniste a rendez-vous avec les mélomanes au Théâtre Banque Nationale de Chicoutimi, où ils auront droit à un amalgame de succès passés et de nouvelles interprétations. Trois d’entre elles émanent d’un album tout frais, un hommage au compositeur Max Richter.

« Cet enregistrement s’inscrit dans le prolongement de ceux où nous avons abordé le travail de Philip Glass, Arvo Pärt, John Adams et Ludovico Einaudi. Richter est un post-minimaliste qui porte en lui leurs influences. Il possède une signature unique et nous a offert un terrain de jeux extraordinaire », a raconté l’artiste, jeudi, lors d’une entrevue téléphonique accordée au Progrès.

Elle se trouvait à Sept-Îles, en route pour Baie-Comeau, puis Chicoutimi, où l’accueillera Diffusion Saguenay. C’est la vie de tournée telle qu’on la pratique au Québec, une routine qui lui est familière, puisque ses premières sorties remontent à 40 ans. Après tout ce temps, tous ces kilomètres, Angèle Dubeau croit que le moment est venu de poser ses valises pour de bon.

« Je précise d’abord que je vais bien et, justement, je veux que ça continue, souligne d’un ton guilleret celle qui a combattu un cancer, il y a quelques années. Je fais des tournées depuis longtemps. C’est une vie que j’ai adorée, mais je suis toujours partie et je souhaite me trouver plus souvent à la maison. Même dans ce contexte, cependant, le violon va continuer à vibrer. Ce ne sont pas les projets qui manquent. »

Elle aurait aimé tirer un trait sur la vie de tournée au Québec, à la fin des 30 concerts qui baliseront son automne. D’autres sorties en Amérique du Sud et en Europe se sont toutefois ajoutées, ce qui repoussera de quelques mois le début de sa phase sédentaire. Pour donner une idée du temps qui s’est écoulé depuis ses premières apparitions, elle évoque un concert donné au Camp musical du Saguenay-Lac-Saint-Jean.

« J’étais âgée de 16 ou 17 ans et j’avais joué en compagnie de Louise-Andrée Baril au piano, rapporte Angèle Dubeau. Je me souviens également d’une tournée avec l’Orchestre symphonique du Saguenay-Lac-Saint-Jean et de plein de récitals qui ont été donnés dans votre région. Tous les deux ans, ou presque, j’ai eu l’occasion de m’y rendre. »

Elle a pris la décision de renoncer à la route après mûre réflexion, ce qui ne l’empêche pas de vivre de réelles émotions, cet automne. À la fin de ce cycle, en effet, ses camarades de La Pietà seront moins présentes dans sa vie, tout comme le public qui, dans bien des cas, la suit depuis ses débuts. « Cette tournée, c’est pour le remercier de sa fidélité », affirme la violoniste.

Arts

En nomination au Gala de l'ADISQ

Pepe & Colori continuent de séduire. Les personnages imaginés par trois artistes aux racines régionales sont en nomination pour leur premier disque dans la catégorie Album CD ou DVD jeunesse de l’année au prochain Gala de l’ADISQ.

Marc Girard, dont le père est né à Jonquière, Karine Jalbert, Almatoise d’origine, et Gilles Robitaille, un Félicinois, sont fébriles. Le 26 octobre, ils se présenteront au Premier Gala de l’ADISQ avec l’espoir de repartir avec un prix pour leur projet Pepe & Colori, destiné aux 2 à 7 ans. 

«On est fiers», confirme Karine Jalbert, au cours d’un entretien téléphonique réunissant les trois complices. «L’ADISQ représente le vote de l’industrie. Si on gagnait, ce serait une reconnaissance de l’industrie qui signifie beaucoup. Peu importe ce qui arrive, ce sera une belle expérience», estime-t-elle.   

«On fait des chansons de qualité. On propose du pop rock, c’est différent comme son. Je suis confiant», affirme pour sa part Marc Girard. 

Arts

World Press Photo: mettre des visages sur l'horreur

Les visiteurs de l’exposition 2017 du World Press Photo ne sortiront pas indemnes de la salle d’exposition de La Pulperie où les clichés primés cette année sont présentés. Douleur, tristesse et peur sont au nombre des émotions qui jaillissent de chacune des images et qui atteignent de plein fouet celui qui les regarde.

Reconnu comme le plus grand et le plus prestigieux concours annuel de photographies de presse au monde, cette année encore, le World Press Photo propose une sélection de clichés qui ne laisseront personne indifférent dans le cadre de Zoom Photo Festival Saguenay. Les images exposées ont été sélectionnées parmi 80 408 propositions de 5034 photographes issus de 126 pays. 

Ébranlé, ému, troublé, les adjectifs pour décrire l’état du visiteur au sortir de la salle d’exposition sont nombreux. Une chose est certaine, l’édition 2017 du concours, qui célèbre son 60e anniversaire, ne laisse personne indifférent. 

L’exposition plonge le visiteur dans un tour du monde où ce qu’il a de plus laid est mis à l’avant-plan grâce à un mélange d’émotion et d’information.

Même si nous sommes bombardés d’images tout au long de l’année, le World Press Photo ne retient que le meilleur et ne se contente pas de diffuser la douleur. Il la met en contexte. Il donne un nom et une histoire aux protagonistes qui la vivent. 

La douleur s’invite

Impossible de rester insensible devant l’image de ce père qui tient dans ses bras le corps inerte de la petite Amira Omar, un an, dans un hôpital près de Mossoul. 

Le visiteur sera inévitablement remué par la terreur qui se lit sur le visage d’une fillette qui se tient debout, dehors, pendant que des membres d’un bataillon antiterroriste des Forces d’opérations spéciales irakiennes fouillent des maisons dans une banlieue de Mossoul en Irak. La photo a valu un premier prix à Laurent Van der Stockt. 

Les visiteurs peuvent aussi découvrir la photo tout en contrastes de Jonathan Bachman. La photographie présente Iesha Evans, une jeune femme de 27 ans qui tient tête aux forces de l’ordre lors d’un rassemblement contre les violences policières à l’égard des hommes noirs, à Baton Rouge en Louisiane. La jeune femme semble sereine, calme, alors que les policiers l’approchent avec tout leur équipement antiémeute.

La photo de l’année du World Press Photo, qui présente un officier de police hors service qui abat l’ambassadeur de Russie en Turquie, Andrey Karlov, lors d’une exposition d’art à Ankara le 19 décembre 2016, est exposée. Elle a déjà beaucoup circulé. Cette fois, toutefois, elle est entourée des autres clichés pris par le photographe Burhan Ozbilici, de The Associated Press, qui se trouvait sur place au moment du drame. 

Jamal Taraqai de la European Pressphoto Agency a remporté un premier prix pour une photo qui donne des frissons d’horreur. Le cliché montre des survivants qui aident des personnes blessées dans un attentat suicide à l’hôpital civil de Quetta au Pakistan. L’attentat a fait au moins 70 morts et une centaine de blessés. 

Après avoir retenu son souffle devant tant d’horreur humaine, au fond de la salle, quelques images montrent la fragilité de la nature. Jaime Rojo propose un cliché où des dizaines de papillons monarques recouvrent le sol de la forêt du sanctuaire de papillons d’El Rosario, au Mexique, après une tempête de neige. 

Une tortue qui nage alors qu’elle est enchevêtrée dans un filet de pêche abandonné aux îles Canaries, du photographe Francis Pérez, ainsi que les clichés de Brent Stirton, qui imagent le braconnage de rhinocéros, témoignent pour leur part de l’impact de l’homme sur la faune. 

Clichés sportifs

Quelques clichés sportifs, dont celui de Usain Bolt lors du 100 mètres de la demi-finale aux Jeux olympiques de Rio, ainsi que de magnifiques photos de buffles, d’un éléphant et de zèbres prises la nuit par Bence Maté, offrent quant à elles une image de la beauté. Mais tout cela est bien peu, quand on considère l’ensemble de la proposition de l’exposition. 

Un constat s’impose : le monde va mal. Les images sont difficiles à voir. Alors, pourquoi s’imposer un face à face avec l’horreur ? Parce qu’une prise de conscience du plus grand nombre est un petit pas vers un monde meilleur. 

L’exposition itinérante sera présentée dans 100 villes de 45 pays. Saguenay fait partie des quatre villes en Amérique du Nord où elle effectue un arrêt. Une occasion à saisir. 

Critique

Les affamés, plus qu'un exercice de style

CRITIQUE / Les affamés représente un objet de curiosité au sein de notre cinématographie. Un film de zombies réalisé au Québec, dans notre forêt à nous, avec des personnages aussi québécois que Maurice Richard ? Ça prenait Robin Aubert pour succomber au désir de peupler l’écran de morts vivants et, surtout, de faire de cet exercice de style un objet de plaisir.

Il a tourné ce long métrage à Ham-Nord, son coin de prédilection, afin de vivre l’équivalent d’un trip de p’tit gars. Oui, il y a un contexte qui confine à la tragédie, celui d’une région où les gens qui n’ont pas encore été contaminés sont aux abois. Une morsure, en effet, et ils rejoindront le monde parallèle de ceux qui hurlent à la lune en érigeant de drôles de monuments faits de chaises ou d’objets empilés les uns sur les autres.

On comprend que la zone touchée est isolée du reste du Québec et que l’État n’est plus d’aucun secours, d’où la tension permanente avec laquelle doit composer le personnage incarné par Marc-André Grondin. Ce jeune homme considéré comme le « loser » de sa famille, dont la vie sentimentale s’apparentait à une suite d’occasions ratées, perd d’ailleurs son compagnon d’infortune dès les premières minutes.

Peu à peu, cependant, on le voit réuni à une femme dont le statut est douteux, puisqu’elle a été blessée à la main. Une fillette se joint à eux, puis deux dames âgées, un ado et un vieil homme qui a dû liquider sa femme parce qu’elle s’était transformée en zombie. Il est triste, mais pas longtemps, puisque la meute menace de le rattraper à travers bois.

Face aux zombies, la petite famille que forme le groupe de survivants ne fait manifestement pas le poids. On se dit que toute résistance est futile, mais à petites touches, Robin Aubert montre de quelle manière s’installe une forme de résilience. Ainsi, le personnage de Marc-André Grondin fait des farces plates qui incitent sa compagne d’infortune à le rabrouer, ce qui constitue une manière de se ramener dans la normalité.

La fuite vers un bunker censé offrir un minimum de sécurité au groupe représente un autre signe que l’espoir meurt difficilement. Se nourrissant de cornichons en pot, une image qui fait sourire au même titre que la solidarité qui les anime, les rescapés vont au bout de leurs capacités physiques tout en réalisant qu’à chaque détour, leur destin risque de basculer. 

Notons, à cet égard, que les images captées en forêt sont éloquentes. Les arbres aux branches dénudées, dont on a le sentiment qu’ils sont aussi malades que le gros de la population, inquiètent autant qu’une nuée de corbeaux chez Hitchcock. Le problème est que même un pick-up ne constitue pas un abri digne de ce nom, pas plus qu’une maison défendue à la pointe du fusil. Comment faudrait-il de balles pour venir à bout d’une masse aux yeux exorbités ?

Le plus étonnant est qu’en dépit du caractère extraordinaire de cette histoire, on s’attache aux personnages. On veut qu’ils sortent intacts de cette aventure improbable, ce qui témoigne du fait que Les affamés représente un vrai film, pas juste un exercice de style. Derrière l’horreur, les visages déformés, le sang qui coule abondamment, en effet, se profile un bout de l’âme humaine.

Arts

Les ciné-clubs vivent une période faste

Les ciné-clubs se portent bien, croit Éric Perron, rédacteur en chef de la revue Ciné-Bulles et coordonnateur de RéseauPlus, qui a pour mission de faire le lien entre les distributeurs et les organisations locales. De passage dans la région cette semaine, afin de prononcer une conférence intitulée Derrière l’écran, il précise que 1000 projections sont tenues chaque année au Québec, lesquelles attirent 100 000 cinéphiles.

La fréquentation demeure stable, l’unique variation à la baisse ayant coïncidé avec l’abandon de la pellicule au profit du support numérique. Alors que le modèle hollywoodien donne des signes de faiblesse après avoir tant misé sur le jeune public, les 56 ciné-clubs qui ont recours aux services de RéseauPlus gardent le cap en proposant des productions de qualité.

« Les programmations offertes au Québec comprennent une forte proportion de films d’auteurs. Il y en a une part qui viennent de chez nous, alors que d’autres émanent de la France, mais aussi d’ailleurs, de pays comme l’Allemagne et la Belgique », a mentionné Éric Perron, mercredi, lors d’une entrevue accordée au Progrès.

Le Saguenay-Lac-Saint-Jean est bien représenté, comme en fait foi la présence du Ciné-club de Jonquière parmi les membres fondateurs de RéseauPlus, il y a un quart de siècle. Quant au Ciné-club de Chicoutimi, il demeure dans le peloton de tête en matière de fréquentation. Ajoutez les partenaires du Lac-Saint-Jean et vous obtenez une trame tissée serrée, en même temps qu’un fort noyau de cinéphiles.

L’écologie du long métrage a tellement changé, surtout en ce qui touche la distribution, que plusieurs organisations ne soumettent plus une programmation complète en début de saison. Elles annoncent six ou sept films en demandant aux gens de patienter un mois ou deux avant de savoir ce qu’on leur montrera par la suite.

« Cette pratique découle de l’effondrement du marché du DVD. Il faut tenir compte du fait que, de nos jours, le délai est beaucoup plus serré entre la projection d’une œuvre en salle et son arrivée sur les autres platesformes », explique Éric Perron. Ne pas tenir compte de ce phénomène serait risqué. Le long métrage qu’on présenterait en salle pourrait devenir moins attrayant, en effet, dans la mesure où on pourrait le louer dans le confort de son foyer.

Pour revenir au cinéma québécois, la conférence prononcée par le patron de RéseauPlus retrace le parcours qu’effectue un film, de son financement jusqu’à son arrivée en salle. C’est ce cheminement qui a été évoqué une dernière fois vendredi, à Jonquière, à l’intention d’un groupe d’étudiants. Sans être parfait, le système fonctionne suffisamment bien pour générer la création de films d’auteurs, parallèlement à des films plus commerciaux.

Dans son esprit, il y a eu un rééquilibrage par rapport à la période précédente, quand les films commerciaux accaparaient une plus grande part des ressources. « On remarque aussi que le film d’auteur est plus reconnu à l’international et qu’il se vend mieux », fait observer Éric Perron.

Il ajoute que la qualité est au rendez-vous, plus que jamais, et que ça ne fait que commencer. « Notre cinéma est très fort, depuis les années 2000, et l’arrivée des femmes, qui font de l’excellente fiction, va le pousser encore plus loin », anticipe le cinéphile.

Chroniques

Une leçon de courage de La Rubrique

CHRONIQUE / Quand j’ai assisté à la première de la pièce Moule Robert ou l’Éducation comique, le 4 octobre dernier, je me suis dit que c’était une bonne chose qu’on la présente à Jonquière, plutôt qu’à Montréal. Pas en raison d’une faille dans la mise en scène de Christian Fortin ou dans le travail des interprètes, mais parce que l’un des personnages est un prédateur sexuel, en même temps que le fondateur d’un festival de l’humour.

Ce rôle est interprété par Patrice Leblanc, qui dépeint avec justesse le cynisme et l’absence de scrupules qui ont pourri l’âme de cet homme. On le voit faire le paon, proclamer que « Les arts, c’est plate. L’humour, c’est drôle », ce qui est juste épais, pas odieux. Dans la même foulée, toutefois, on apprend qu’à la suite d’un procès pour agression sexuelle, il a reçu une amende de 1100 $, l’équivalent d’une tape sur les doigts.

Or, loin de se repentir, ce type baptisé Robert Goule tourne autour d’une fille de 13 ans, se fait enjôleur, l’embrasse sur le front en attendant de pousser plus loin son avantage. Avant de rompre avec lui, elle aura été sa maîtresse — plutôt sa victime — pendant une dizaine d’années, révèle l’auteur Martin Bellemare. Le portrait est si ressemblant qu’on ne pouvait qu’admirer son courage et celui du Théâtre La Rubrique, tout en espérant que la pièce n’ait pas d’écho dans la Métropole.

Voici toutefois que Gilbert Rozon baisse pavillon, alors que les représentations de Moule Robert ne sont pas terminées (la dernière aura lieu aujourd’hui à 20 h, à la Salle Pierrette-Gaudreault). La vraie vie a donc rejoint la réalité que masquait à peine le voile de la fiction et, même si la pièce n’a joué aucun rôle dans cette descente aux enfers, elle aura eu le mérite d’exister sur scène au moment où il était encore dangereux de proclamer certaines vérités. 

Arts

Prélart, jolis portraits et mélancolie à La Corniche

Il y a des moments où un journaliste sent que la brièveté constitue la meilleure option, tant les photographies parlent avec plus d’éloquence que les mots. C’est le cas de ce reportage consacré à l’exposition collective présentée, jusqu’au 30 octobre, à la galerie La Corniche de Chicoutimi. Elle réunit des œuvres de Maude Cournoyer, Sara Létourneau et Magali Baribeau-Marchand, ainsi que de l’Américain Bill Miller.

« Ce sont tous des coups de cœur », souligne la propriétaire de la galerie, Chantale Hudon. Une fois de plus, elle a bénéficié des lumières du sculpteur Kevin Titzer, qui a assumé le rôle de commissaire d’exposition dans les dernières années. Maude Cournoyer, qui a soumis une dizaine de portraits réalisés à l’encre et à l’aquarelle, avait été intégrée à l’un de ses projets. Quatre des cinq œuvres proposées lors de sa première apparition à La Corniche avaient trouvé preneurs.

La Chicoutimienne est inspirée par sa vie, ce que laisse entrevoir un tableau représentant des jumelles. De son côté, Bill Miller affectionne les paysages, mais personne ne les montre de la même façon que lui, à l’aide de morceaux de prélart découpés avec soin. De loin, l’illusion est parfaite. Il faut se rapprocher de ses créations pour percevoir des textures générées par la superposition de plusieurs couches de revêtement.

« C’est la première fois que nous l’accueillons et ses tableaux rappellent les planchers de nos grands-parents en raison de leurs motifs, fait observer Chantale Hudon. Les gens croient qu’ils ont fait l’objet de retouches, mais ce n’est pas le cas. Toutes les couleurs proviennent directement du prélart, des sections assemblées par l’artiste. »

Tout comme Bill Miller, le duo formé par les Saguenéennes Magali Baribeau-Marchand et Sara Létourneau effectue ses débuts à La Corniche. Il occupe une grande partie de la salle d’exposition avec des installations, ainsi que plusieurs tableaux provenant d’une série ayant pour thème la courtepointe. Ceux-ci sont très jolis, avec leurs couleurs vives et leur formes géométriques. On ne dirait pas que la matière première a été prélevée dans des cimetières.

Il s’agit de fleurs artificielles trouvées par les artistes, qui s’abstiennent de recueillir celles qui reposent sur les sépultures. Elles en font des carrés cousus à la manière d’une courtepointe, ce qui génère des tableaux dont le look correspond à ce qui a été récolté sur un territoire donné. Les titres font d’ailleurs référence à leur provenance.

« Ce projet a commencé il y a deux ans et touche un large public. Les gens se rattachent à la représentation de la nature, de la vie, effectuée par l’entremise de la courtepointe. Ils aiment le côté fragile, pas fini, de ces œuvres laissant voir de la saleté, des traces de décoloration. Il y a aussi une charge émotive provenant du fait qu’à l’origine, ces fleurs ont été posées sur une tombe », explique Sara Létourneau.

Elle et Magali Baribeau-Marchand ont ajouté des maisons miniatures à l’intérieur desquelles ont voit pousser de l’herbe de blé. Il y a également un casier truffé de fleurs, une courtepointe géante et une charmante création intitulée L’arbre. Remontez le mécanisme et vous verrez du fil blanc s’enrouler au pied d’un sapin miniature pendant que résonnera la musique de Memory. Cet air mélancolique représente bien l’esprit qui imprègne le travail des deux femmes.

Arts

Brahms sur scène, sur disque, grâce à Lewis Furey

Lewis Furey aime acheter des partitions pour le plaisir de découvrir la musique autrement qu’en l’écoutant. C’est ainsi que le musicien s’est imprégné des compositions de Leonard Bernstein formant la comédie musicale West Side Story et qu’un beau jour, il est tombé en amour avec les lieder de Johannes Brahms.

Le répertoire de l’Allemand lui était familier, mais surtout les œuvres orchestrales et celles destinées aux chambristes. Or, il a trouvé une parenté entre l’homme qui a créé près de 200 lieder au cours de sa carrière et sa propre vocation de faiseur de chansons. « Comme moi, il a fait ça toute sa vie. À mes yeux, c’est un “songwriter” modèle », a décrit le Montréalais mercredi, à la faveur d’une entrevue téléphonique accordée au Progrès.

Sa formation classique avait été centrée sur l’apprentissage du violon, mais sa maîtrise du piano lui a permis de prêter vie aux lieder. Il l’a d’abord fait à la maison, pour le cercle des intimes, puis en public, à l’occasion d’une série de concerts livrés dans la Métropole. C’est à ce moment qu’ATMA Classique a exprimé le désir de réaliser un enregistrement, lequel est disponible depuis vendredi. Le titre : Haunted By Brahms.

C’est Lewis Furey qui a sélectionné les 17 titres qui figurent sur l’album, le dernier faisant figure d’exception parce qu’il est de lui. Il s’agit de Haunted, une chanson tirée de son deuxième disque, The Humours Of Lewis Furey, sorti en 1976. L’écoute de ce vinyle aux accents brechtiens permet de constater que cet air est différent des autres, en ce sens que l’enveloppe est dépouillée.

« Il s’agit d’un piano-voix que j’ai intégré à la série de concerts portant sur les lieder de Brahms, au moment du rappel. C’est ma femme, Carole (Laure), qui m’avait convaincu de le faire et j’ai repris la chanson sur l’album », raconte l’artiste. Il a également planché sur les textes, à partir de traductions anglaises et françaises. L’objectif était de les mettre à sa main, tout en leur conférant une facture contemporaine.

« Ce sont des textes à moi, puisque je me suis donné une marge créative. À travers la musique de Brahms, je voulais montrer comment chaque génération peut adapter les poèmes. C’est une façon de découvrir de quelle manière ils nous parlent aujourd’hui, une liberté que j’ai revendiquée, en même temps qu’une forme d’appropriation culturelle », fait observer Lewis Furey, dont les versions comportent des références relativement récentes, notamment aux Beatles.

Là encore, il trace un parallèle avec ce que faisait le compositeur de Wiegenlied en son temps. Lui aussi affectionnait les airs populaires, les danses folkloriques en vogue dans les pays de l’Europe centrale. Et quand il choisissait les poèmes appelés à devenir des lieder, ce n’était pas la notoriété de l’auteur qui le guidait. Il fallait que le texte lui parle et rejoigne la sensibilité du moment.

C’est pour cette raison que ceux qui ont été regroupés sur l’album évoquent des thèmes comme l’amour inaccessible, l’amour perdu, l’amour à conquérir. La mort rôde entre les lignes, parfois aussi les résonnances de l’inconscient, dont Freud venait de révéler l’existence. « Les gens qui écoutent ces lieder les trouvent modernes. Depuis l’époque de Brahms, la chanson populaire n’a pas changé tant que ça », estime Lewis Furey.

Il souligne du même souffle qu’au 19e siècle, la parution de nouveaux lieder constituait un événement comparable à la sortie de l’album d’une vedette rock. On se précipitait chez les marchands de musique en feuilles pour jouer ces airs à la maison, d’autant qu’ils étaient à la portée des pianistes du dimanche. « Brahms a fait le nécessaire pour qu’ils soient accessibles. Un type comme moi, avec un bac en musique, peut les faire. Ce n’est pas comme ses concertos », avance l’artiste.

Maintenant que l’album est disponible, il souhaite reprendre l’interprétation des lieder partout au Québec, notamment au Saguenay-Lac-Saint-Jean, une région qu’il a visitée à maintes reprises pour des raisons familiales, sans jamais s’y produire en spectacle. « La forêt m’inspire et me rapproche de Brahms, indique Lewis Furey. Il a souvent composé l’été, pendant ses vacances dans la forêt Noire, et a mis en musique plusieurs textes qui abordaient ce thème. »

D’autres projets solliciteront son attention, dont une nouvelle collection de chansons qui devrait voir le jour d’ici à deux ans. Enfin, il a l’intention de porter à la scène Night Magic, un film musical sorti en 1985. C’est lui qui en avait assuré la réalisation, en plus de composer la musique. Les textes avaient été écrits par Leonard Cohen.