World Press Photo 2016: la réalité qui dérange

Troublant. C'est probablement le premier mot qui vient en tête au sortir de l'exposition du World Press Photo 2016, présentée à La Pulperie de Chicoutimi jusqu'au 27 novembre dans le cadre de Zoom Photo Festival. Impossible de rester insensible aux histoires qui nous sont exposées, sachant qu'elles sont bien réelles, actuelles et qu'elles présentent une partie seulement de la réalité.
Le World Press Photo est reconnu comme le plus grand et le plus prestigieux concours annuel de photo de presse au monde. En 2015, les images primées ont été sélectionnées parmi 82 951 clichés soumis par 5775 photographes issus de 128 pays.
Elles ont été choisies par un jury international indépendant «d'après leur perception fidèle et juste de notre monde et leur attrait visuel.»
L'exposition itinérante présente la crème de la crème.
Bien qu'elle soit présentée dans plus de 100 endroits dans le monde, Saguenay est une des rares villes en Amérique du Nord à l'accueillir en 2016.
Le public doit saisir l'occasion qui lui est offerte de la découvrir.
Des dizaines de photos habitent les murs sombres de la salle d'exposition. Chacune témoigne d'un instant capté par la lentille.
Réfugiés
La présente édition est marquée par de nombreuses photos mettant en scène des réfugiés.
Le photographe Sergey Ponornarev propose notamment un travail en quatre clichés sur le sujet. Une de ses photos présente un homme le visage ensanglanté, tenant un enfant dans ses bras, qui tente de fuir les gaz lacrymogènes et les lances d'eau des policiers hongrois qui veulent repousser les gens fuyant la Serbie. Son travail lui a valu un premier prix dans la catégorie reportage.
Les trois photos de Abd Doumany, photographe syrien qui agit pour l'Agence France-Presse, sont elles aussi difficile à regarder. Avec sa lentille, il a capté dans la ville de Douma, grand fief de l'opposition de la province de Damas soumise à des bombardements soutenus, des portraits d'enfants éprouvés.
Un cliché montre un homme qui berce le corps de sa fillette, morte lors d'un raid aérien. Sur une autre photo, une enfant blessée et sale regarde l'objectif. Sur une troisième, un jeune garçon visage et mains ensanglantés est en pleurs.
La fuite est aussi illustrée par une série de six photos du Suédois Magnus Wennman. Ce dernier propose le portrait d'enfants alors qu'ils tentent de fuir leur pays pour un ailleurs meilleur. On les voit dormir en bordure de route, le regard inquiet, de petits yeux tristes ou fermés par la fatigue. Leurs histoires sont plus tristes les unes que les autres. Cette série lui a valu un troisième prix dans la catégorie reportage.
Francesco Zizola présente pour sa part une magnifique et triste photo de passagers entassés sur un canot pneumatique qui s'approche d'un bateau de secours de Médecins Sans Frontières (MSF).
La photo en noir et blanc d'un homme qui tente de faire passer un bébé par un trou dans une clôture de barbelés à la frontières serbo-hongroise de l'Australien Warren Richardson parle elle aussi beaucoup.
Beauté
La beauté est aussi présente dans l'exposition, notamment avec des photos sportives, comme celle de Greg Nelson des États-Unis prise pour le Sports Illustrated. Dans son cliché, il offre une plongée au-dessus des joueurs de basketball en plein match où les ombres semblent faire office de joueurs supplémentaires.
Quatre photos de caméléons, prises par l'Allemand Christian Ziegler pour le National Geographic, proposent également un rendu à la fois beau et fascinant.
Une série sur les orangs-outans de l'Américain Tim Laman, pour le National Geographic, permet d'apprécier la beauté de la bête, tout en illustrant la perte de leur habitat, causée par l'activité forestière, les incendies et le braconnage. L'exposition World Press Photo a beaucoup à offrir. Le visiteur ne ressortira pas indemne de la salle. Il sera dérangé, troublé, déstabilisé, touché, mais aura aussi l'impression d'avoir été sensibilisé et d'avoir pu profiter, l'espace dune visite, d'une fenêtre sur le monde, le spectacle qu'elle nous livre aussi difficile soit-il.