Jean-François Pouliot a réalisé Votez Bougon et Fabienne Larouche (à droite) en a assuré la production.

Votez Bougon: arrangé avec le gars des vues

La mort de Fidel Castro, l'élection de Donald Trump, l'emprisonnement de l'ex-maire de Laval... Les événements des dernières semaines créent un contexte particulier, à l'aube de la sortie du film Votez Bougon. Pour la productrice Fabienne Larouche, c'est la «tempête parfaite».
La famille Bougon est de retour au grand complet.
«Le contexte donne un élan incroyable à ce film-là qu'il n'aurait pas eu il y a un an. C'est fou», affirme-t-elle au cours d'un entretien téléphonique, au lendemain du premier visionnement public du film organisé à Chicoutimi.
Mardi soir, le public de la région était le premier à visionner le film Votez Bougon. Fabienne Larouche était sur place, visiblement nerveuse. Elle est demeurée dans la salle les cinq premières minutes seulement. «J'ai entendu les gens rigoler et ça m'a rassurée. Je reste rarement dans la salle lors d'un visionnement. Je suis perfectionniste un peu folle. Si quelqu'un tousse, je veux recommencer le film! Mais tout ça, c'est des raisons que je me donne, parce que c'est stressant et que j'ai assez de stress dans la vie. Celui-là, je l'évite», confie-t-elle en riant.
Celle qui est originaire de Saint-André-du-Lac-Saint-Jean était heureuse de présenter le film aux gens d'ici en premier.
«J'aime toujours ça venir ici. Mes racines sont ici. J'ai un attachement pour la région. Je sais que les gens du Saguenay sont bienveillants, qu'ils ne boudent pas leur plaisir. On a travaillé fort sur le film, on y croit. Une fois qu'on le lance, on pense qu'on a fait la meilleure chose possible. Il faut lâcher prise. Comme je suis un peu contrôlante, c'est ce que je devais faire mardi soir, lâcher prise.»
Aujourd'hui, la productrice espère que Votez Bougon provoquera les rires, mais aussi la réflexion.
«On veut que les gens passent une bonne heure et demie. C'est d'abord du divertissement qu'on fait, sinon on aurait fait un documentaire. Faire rire, puis réfléchir, ç'a été le propre des Bougon et ça l'est encore. Tu ris, après tu dors là-dessus, puis tu te dis, ''ouais, c'est nous autres ça''. Parce que ce film-là, ce qu'il fait en premier, c'est parler de nous», estime-t-elle.
La productrice est convaincue de la pertinence du film en 2016. «Quand François Avard est venu me présenter le projet télé il y a 15 ans, ce qu'il voulait, c'était donner la parole à des gens qui habituellement ne l'ont pas. Je n'avais jamais lu une affaire semblable. Je trouvais ça fantastique. J'ai eu une connexion avec lui sur le sujet de l'injustice sociale. Aujourd'hui, ce que ça dit, c'est que c'est quasiment pire.»
Trump
Pour Fabienne Larouche, l'actualité des dernières semaines est peu réjouissante, mais elle donne encore plus de force au film.
«Après l'élection de Trump, on comprend qu'il y a une fracture entre les élites, les médias et la masse silencieuse. Quoi qu'on en dise, il y a bien du monde qui a voté pour Trump et ça, les sondeurs, les médias et les élites ne l'avaient pas vu. Aujourd'hui, qu'est-ce que tu dis à tes enfants sur l'honnêteté, l'éthique? Je ne le sais pas.»
Il y a 10 ans, malgré un accueil difficile de la critique au départ, la série avait connu tout un succès. «Lors du premier visionnement de presse, Rémy Girard avait dû défendre la série. On avait mis le Québec à feu et à sang. On faisait le ''front'' des journaux. C'était audacieux à l'époque. Aujourd'hui, c'est encore audacieux, mais le Québécois est capable de le prendre comme il l'a fait à l'époque. On a quand même eu 50 épisodes à 2 millions de téléspectateurs. Il y a peu de séries où le nom des personnages devient une expression dans la population. Il y a eu Séraphin et ça!»
Malgré tout, elle estime que le risque demeure le même.
«Il n'y a jamais rien d'acquis. Toutes les fois, il faut aller chercher les gens. C'est notre métier de faire ça, d'essayer de connecter avec le plus de gens possible.»
À quelques jours de la sortie du film en salle, elle espère que le public répondra présent.
«On sort la même journée que Star Wars. On espère que les gens vont voter Bougon, plutôt qu'américain!»
Hélène Bourgeois-Leclerc est toujours aussi disjonctée.
Comme si Rambo faisait la promotion du film
Les Bougon ont marqué la télévision québécoise. Inévitablement, une certaine pression venait avec le fait d'adapter leur histoire au grand écran, 10 ans plus tard. Le réalisateur Jean-François Pouliot s'est tout de même lancé dans l'aventure, avec le plus grand des plaisirs.
Jean-François Pouliot (La Guerre des Tuques 3D, Les 3 p'tits cochons 2) l'affirme d'emblée, il est fan de la première heure des Bougon. Son nom est associé au projet de film depuis environ deux ans.
«Le scénario était déjà très avancé. Tout le contenu, on le doit au génie de François Avard. Mon rôle, c'était d'arriver à en faire une histoire cinéma, une histoire qui se raconte sur une heure et demie. C'est des détails. J'avais la grande chance d'avoir un matériel exceptionnel», affirme-t-il au cours d'une entrevue téléphonique.
Jean-François Pouliot convient qu'il a tout de même dû composer avec une certaine pression.
«C'est certain qu'il y a une pression supplémentaire, mais il faut se concentrer sur l'important, c'est-à-dire raconter une bonne histoire. C'est la seule chose qui devait nous guider.»
Pour le réalisateur, le défi consistait à créer une histoire complète et non pas une série d'anecdotes. «Dans un long métrage, il faut un fil conducteur fort. Il faut que les personnages soient poussés un peu plus à leurs limites. Dans ce cas-ci, on a décidé de pousser Papa Bougon dans ses derniers retranchements, sachant que la pire chose pour lui c'est d'admettre qu'il s'est trompé. Avant de l'admettre, il risque de perdre ce qui est le plus important pour les Bougons, la famille.»
Selon le réalisateur, c'est justement cette valeur qui explique une part de l'attachement du public pour les Bougon. «Je crois que c'est pour ça qu'on se reconnaît un peu en eux. Au Québec, on partage cette valeur familiale. Aussi dysfonctionnelle qu'elle soit, au niveau émotif, cette famille est parfaitement fonctionnelle, même enviable.»
Cette semaine, lorsque le public de Saguenay a pu voir le film pour une première fois, Jean-François Pouliot était attentif aux réactions.
«C'était l'occasion de voir si l'humour et le rythme fonctionnaient et je suis très satisfait, très content du résultat. Je sais que le côté humour et déjanté a fonctionné, maintenant, j'ai hâte d'entendre les gens en parler pour voir si ça porte aussi à réflexion, notamment en raison du côté très actuel des propos. Des fois, c'est presque un copié-collé de la réalité qui nous rattrape. On se disait presque ''il faut se dépêcher de sortir le film, ils sont en train de nous ''scooper'' partout! ''», rigole-t-il. «Rambo Gauthier, des gens pensent qu'on le paye pour faire notre campagne de promotion. Ça n'a pas de bon sens.»
Jean-François Pouliot est convaincu que le film ne pourrait être plus actuel.
«C'est épeurant puisque l'écoeurantite, elle est mondiale et elle amène des gens à voter pour un peu n'importe qui. Trump aux États-Unis, c'est aussi le phénomène Bougon. Le film, c'est un portrait de nous, ce n'est pas pour rien qu'on va chercher toutes sortes de références dans notre histoire politique récente. Le constat est pessimiste, mais déjà le constater, c'est faire un pas en avant.»