Le professeur Bernard Flamand, à l'emploi de la Commission scolaire de la Jonquière, que plusieurs générations d'élèves ont connu,  prend sa retraite au terme de la présente année scolaire, après... 55 ans.

Une retraite bien méritée pour Bernard Flamand

À quelques jours de la retraite, Bernard Flamand, enseignant à l'École polyvalente Arvida, crée un précédent. À 76 ans, il est le détenteur du record de longévité pour un prof à l'emploi de la Commission scolaire De La Jonquière.
Ce n'est qu'en septembre dernier que le vétéran de l'enseignement a décidé qu'il tirerait sa révérence en juin, au terme de sa 55e année de service. Il était temps, pour lui, de fermer les livres et de se consacrer à des projets personnels et familiaux. C'est donc animé de sentiments mitigés que Bernard Flamand a complété sa dernière semaine comme enseignant en « Monde contemporain et finances personnelles », la matière qui a remplacé le cours d'économie en cinquième secondaire il y a quelques années.
Jeudi, lorsqu'il a surveillé son dernier examen en carrière, celui qui estime avoir enseigné à quelque 8000 élèves a fondu en larmes. 
« J'ai pleuré. C'est très "rough". Il y a vraiment un deuil à faire », a-t-il confié, en entrevue. 
Le nouveau retraité a eu droit à une belle surprise lorsque quelque 150 jeunes se sont levés pour lui rendre un vibrant hommage. Ils lui ont offert un cadeau symbolique et le président de l'école s'est même levé pour lui dire : « Monsieur, vous êtes un grand homme ». Pour Bernard Flamand, recevoir pareil éloge représente l'ultime reconnaissance et lui confirme, pour une énième fois, qu'il a fait le bon choix quand il a décidé de se diriger vers l'enseignement à l'âge de 20 ans. C'était sur un coup de tête. 
De 1962 à aujourd'hui
Bernard Flamand a obtenu son brevet en 1962 et est devenu l'un des premiers enseignants laïcs en région. Il a d'abord oeuvré auprès d'écoliers du primaire, à l'école Saint-Michel, puis a fait le saut au secondaire à l'école Sacré-Coeur, l'ancêtre du Pavillon Joseph-Angers du Cégep de Jonquière. Par ailleurs, il est passé du français à l'économie, après avoir complété un baccalauréat en sciences administratives. 
Ce qui est fascinant quand on survole cette carrière qui s'est échelonnée sur cinq décennies, c'est de voir à quel point Bernard Flamand était, et est encore, passionné par son rôle de pédagogue. Même si, pendant deux ans, il a bifurqué vers le domaine de l'immobilier et a cumulé la fonction de courtier et d'enseignant, il n'a jamais perdu la foi en ce métier, selon lui le plus beau du monde.
« J'ai eu une carrière très heureuse. Oui, j'ai fait des erreurs, comme tous les profs en font parce que c'est impossible d'être un enseignant parfait. Mais je pense que j'ai été à la hauteur. Pour être un bon enseignant, tu dois avoir deux qualités principales : ne pas être rancunier et aimer les enfants », relève-t-il. 
L'absence de rancune était manifestement une caractéristique de Bernard Flamand, qui a toujours été « capable de passer l'éponge facilement ».
« Mon rôle, c'est de prendre les élèves où ils sont et les emmener plus loin. Pour faire ça, tu dois être accueillant et oublier les incartades », fait-il valoir.
Quant à l'amour des enfants, il s'agit d'un fait indéniable chez Bernard Flamand. Avec sa conjointe Lyse Boulianne, elle aussi enseignante de profession, il a eu sept enfants : cinq biologiques et deux adoptés en Chine et au Vietnam.
Des taloches au tableau intelligent
n 55 ans, Bernard Flamand a été témoin de nombreux changements dans les mentalités et les méthodes d'enseignement. 
L'enseignant le plus ancien de la Commission scolaire De La Jonquière a vécu l'époque où « donner une taloche, ce n'était pas trop grave ». 
« C'était dans les moeurs. À cette époque, les profs pouvaient brasser les élèves. Ce n'était pas vraiment dans mes habitudes », pointe l'enseignant, qui a connu le primaire et le secondaire. 
Quant à l'avènement des nouvelles technologies, comme les tableaux intelligents par exemple, Bernard Flamand croit avoir fait preuve d'une bonne capacité d'adaptation, même s'il a dû, à l'occasion, demander l'aide de ses élèves.
« Vous pourriez mettre "Le dinosaure de l'enseignement prend sa retraite" en gros titre avec votre article ! », a-t-il lancé en boutade, alors qu'il déambulait dans les couloirs de la Polyvalente Arvida en compagnie de la journaliste du Progrès.
Bernard Flamand connaît l'établissement dans ses moindres recoins, lui qui y a passé une grande partie de sa carrière. Il y a enseigné exclusivement pendant 20 ans. Pour l'anecdote : l'actuel directeur de l'école secondaire, Carl Lévesque, est un ancien élève. 
« J'ai semé de la graine de bon monde. Il m'est arrivé à plusieurs reprises de croiser de mes anciens élèves. L'un d'entre eux est d'ailleurs devenu un de mes grands amis. Un jour, j'ai croisé un élève que j'avais eu dans ma première classe, au début de ma carrière et je l'ai reconnu. Je me rappelais de son nom après 53 ans », raconte l'enseignant. 
Bernard Flamand quittera la Poly Arvida sans remords ni regrets. En bonne forme, il a bien l'intention de consacrer du temps à ses proches et jongle même avec l'idée de dénicher un petit boulot à mi-temps. À ce qu'il paraît, la progéniture de ce père de famille nombreuse, fort doué pour le bricolage, espère que papa débarquera prochainement chez eux muni de son coffre à outils.
Soigner la langue: un devoir
Bien qu'il n'enseigne plus le français depuis des années, Bernard Flamand a toujours eu à coeur la qualité de la langue et s'est fait un devoir de la traiter aux petits oignons. 
À une époque où la maîtrise du français au sein de la relève enseignante soulève certains questionnements, ce prof de la première heure constate effectivement que parfois, « c'est minable ».
« J'ai toujours eu une facilité en français et c'est naturel pour moi. J'ai aussi beaucoup aidé mes enfants avec leurs travaux. Aujourd'hui, pour certains profs, il y a de la place pour une grosse amélioration », confie-t-il. À l'inverse, Bernard Flamand souligne la qualité exceptionnelle de la langue chez plusieurs de ses collègues, notamment ceux et celles avec qui il partageait son bureau à l'École polyvalente Arvida, des enseignants qui, selon lui, relevaient la barre d'un cran en tirant les standards vers le haut.