La ministre des Relations internationales Christine St-Pierre

Une odeur trop familière

J'ai beau me concentrer fort sur mes vacances, m'éloigner de l'actualité; de temps en temps, une odeur fétide et familière me provient de ce monde politique que je tente d'ignorer fugacement.
Christine St-Pierre s'excuse d'avoir insinué que les voyages répétitifs en France de Jean-François Lisée servaient plus des fins personnelles que collectives. Lisée reconnaît qu'en 18 mois, il y est allé cinq fois et s'est arrêté à Paris six autres fois, de retour de mission à l'étranger. Plus six fois aux États-Unis. Seize missions en 18 mois.
Il a payé de sa poche la partie personnelle de ces voyages. Il dramatise: sa famille a été attaquée; il arbore sa conjointe, alors que jusque là, nul ne l'avait identifiée. Et il menace de poursuite, ce qui pousse les belligérants à garder les preuves pour un tribunal qui tranchera le litige aux calendes grecques. Ni St-Pierre, ni Lisée n'ont prouvé quoi que ce soit, ou expliqué en quoi chacun de ces voyages ont ou non servi le contribuable. Opportunisme, nécessité, ou automatisme?
Pourquoi la France cinq fois? Pour fortifier la souveraineté souffreteuse avec le soutien de la mère-patrie qui cultive le fumeux concept du «ni-ni» (ni ingérence, ni indifférence)? Ou pour recruter des médecins francophones?
En nommant aux affaires internationales quelqu'un qui a un intérêt personnel à voyager, Pauline Marois a joué avec le feu. Les apparences peuvent dévaster une réputation plus sûrement encore que la réalité. Les affaires internationales sont si intangibles que Lisée ne pourra prouver l'utilité absolue de chaque voyage.
Il reste un doute. Qu'ils le dissipent en rendant publics tous les documents relatifs à tous les voyages des trois dernières années et pour tous les prochains. Pas seulement ceux de Lisée, et pas seulement les coûts; le contenu, l'objectif et le résultat. Une belle occasion de transparence ratée!
Philippe Couillard enjoint ses ministres à se taire. Dommage: de plus en plus, les vraies discussions en politique se mènent derrière les portes closes, à tous les paliers. La faute aux médias, probablement. Nous interprétons toute divergence comme une implosion imminente, au lieu d'un sain exercice de démocratie et de liberté d'expression.
L'autruche encore!
Un autre front suinte le déjà-vu amer cet été: le financement des partis politiques. Le Directeur général des Élections (DGE), un brin tortue, inculpe cinq ans plus tard un dirigeant local de la firme Roche pour des contributions illégales aux caisses électorales de Jean Tremblay et d'Alexandre Cloutier en 2009. Comme tous les politiciens au Québec confrontés à cette question, le maire affirme qu'il n'en savait rien, que d'autres s'occupent de ses finances électorales.
Mais il ajoute: «En 2009, personne savait ça. Ça fait deux ans qu'on entend parler de ça!» Faux. Dans la foulée de la commission Gomery au fédéral, une commission d'enquête dirigée par le juge Moisan avait mis au jour le système de prête-noms des firmes de professionnels. En 2006, elle écrit:«On a vu qu'il est relativement facile de camoufler les contributions corporatives et que c'est une pratique courante. Il faut donc trouver des moyens de contrer cette pratique.»
Dès 2006, il y a huit ans, tout le monde politique sait, mais ne veut pas savoir. Alexandre Cloutier surtout devra s'expliquer car le juge Moisan pointe le Parti Québécois, qui selon lui, était au courant du stratagème et fermait les yeux.
Jean Tremblay préférerait payer ses campagnes de sa poche. Non seulement cela donnerait un avantage indu aux riches, mais le DGE ne pourrait pas enquêter sur les prétendues fortunes personnelles. Cela ouvrirait plus encore la porte à la tricherie.
J'espère que la Commission Charbonneau recommandera plutôt que les politiciens soient tenus personnellement responsables de leur financement, pour qu'ils cessent de nous jouer la comédie de l'aveugle trahi par son chien-guide, et se forcent à une minimale curiosité sur leurs contributeurs.