Une institution dénaturée

Le dernier conseil municipal de la ville de Saguenay a été expédié en 18 minutes. Dix-huit petites minutes pour 28 décisions. N'eut été de la conseillère de l'opposition, on fracassait un record Guiness. Trois fois, elle a ouvert la bouche, trois fois accueillie sèchement par le maire qui a préside la séance sur un ton excédé.
Elle demande que sa dissidence soit indiquée dans les procès-verbaux; le maire est en train de balayer la question quand la greffière confirme que ce sera fait. Le maire nomme des conseillers à plusieurs comités: personne au Conseil régional de la culture, faute de volontaires. «De toute façon, on n'a pas d'affaire là», décrète-t-il sans expliquer.
Pourtant Diffusion Saguenay est un acteur majeur dans le monde du spectacle et les subventions fédérales et provinciales à la culture en région sont cinq fois moindres qu'à Québec et Montréal. Mme Josée Néron se porte volontaire. Le maire réplique: «tous les libéraux veulent être ministres, mais Mme Marois n'en nomme aucun».
Elle propose que ce soient des bénévoles qui répondent aux donateurs pour la prière. Le maire va passer à l'item suivant quand la conseillère de Shipshaw, Julie Dufour, fait timidement remarquer qu'elle seconde. «Vous la secondez?» lance-t-il sur un ton de reproche. «On devrait voter» murmure-t-elle. «Qui est pour?» «Vous êtes toutes seules!» Le ton est tranchant, humiliant.
Formalité
Le conseil de ville n'est plus qu'une séance de «rubber stamp», une formalité légale. Le ton cassant de son président, ses réponses évasives vident de tout son sens cette institution. Le ministère des Affaires municipales incite pourtant sur son site internet les citoyens à assister à leur séance du conseil municipal, l'instance qui leur permet, dit-il, de suivre, de comprendre, de surveiller les décisions, de questionner le conseil.
En le bazardant comme une formalité encombrante, sans expliquer les résolutions aux citoyens, on le dénature. Honte aux conseillers qui acceptent cela silencieusement! Les conseillères de l'opposition sont aussi légitimes qu'eux. Les citoyens qui se présentent au micro pour questionner leur ville ont droit aux égards, peu importe leur couleur politique.
Le chef du parti d'opposition, Paul Grimard reste cependant particulièrement maladroit et peu concret. En s'emparant le premier du micro, il instaure un climat d'affrontement. Si au moins il demandait quelles mesures ont été prises pour que le déneigement désastreux de cet hiver ne répète jamais, combien a coûté le rattrapage, et qui à la ville a pris le pari stupide que la neige de novembre allait fondre! Mais non! Il pose une question soporifique sur des différences comptables entre le plan triennal et le rapport de la ville au ministère. Cela lui a valu un humiliant: «Je vous comprends pas, on vous répondra par écrit, allez vous asseoir».
Déférence
Des étudiants en urbanisme ont posé la dernière question. Pour un travail scolaire, ils devaient comprendre les changements de zonage adoptés à cette séance. Mais rien n'avait été expliqué durant la séance. Le plus brave d'entre eux se risque au micro. «Vous viendrez nous voir après» l'enjoint le maire. Heureusement, Marc Pettersen a pris la peine de répondre publiquement malgré cette phrase lapidaire. Quand des jeunes se présentent au conseil, il faut les traiter avec doublement de déférence. On veut qu'ils s'intéressent à la chose publique, leur présence est précieuse.
Je m'ennuie du maire fraîchement élu qui avait dénoncé les réunions plénières où tout se réglait dans le dos des citoyens et vidaient les séances du conseil de leur substance. Ce nouveau maire voulait que tout soit public et bien expliqué aux citoyens. Il m'avait dit qu'il représentait tous les citoyens, pas seulement ceux qui avaient voté pour lui, et avait fustigé l'ancienne administration qui confiait des pactoles à des corporations qui le dépensaient en voyages suspects, sans contrôle du conseil municipal. Ce maire-là, en 1998, s'appelait Jean Tremblay.