Un portrait déformé

C'est devenu un rituel de fin d'année, au même titre que le Bye Bye et les misères de l'équipe canadienne au Championnat mondial de hockey junior. Le groupe Cedrom-Sni dresse la liste des personnalités mentionnées le plus souvent par les médias du Saguenay-Lac-Saint-Jean.
Cette fois encore, le maire de Saguenay, Jean Tremblay, a squatté le premier rang. Il a été nommé deux fois plus souvent que Pauline Marois, qui a remplacé Stephen Harper au deuxième échelon. Viennent ensuite les députés, Pierre Lavoie et l'entraîneur du Canadien. La différence, dans ce dernier cas, est que Jacques Martin a cédé la place à Michel Therrien.
Ce qui est frappant, c'est la constance de ce palmarès. Si on fait abstraction des personnes pour s'attarder à leurs fonctions, on note que d'une année à l'autre, les élus locaux, ce qui comprend même des conseillers, y côtoient les vedettes du Canadien et des Saguenéens, ainsi qu'une poignée de ministres. Ce sont les suspects habituels, comme on dit dans les films policiers.
Les exceptions sont rares et, parmi les " intrus ", on remarque le porte-parole de la Sécurité publique de Saguenay, Bruno Cormier, le patron de Résolu, Richard Garneau, le syndicaliste Georges Bouchard et la directrice générale des Fêtes du 175e, Line Gagnon. Ce n'est pas beaucoup, sur 50 noms.
Portrait déformé
Le problème est que la liste brosse un portrait déformé de la réalité. En adoptant comme unité le mesure le nombre d'apparitions dans les médias, Cedrom-Sni priorise les personnalités qui, de par leurs fonctions, sont appelées à intervenir fréquemment sur la place publique.
C'est pour cette raison que Jean Tremblay domine à ce point. Sauf les semaines où il est en vacances, il n'est pas rare de le voir s'exprimer sept jours sur sept. L'homme est prompt à le faire, mais ce n'est pas la seule explication. La ville de Saguenay est tellement surdimensionnée, par rapport à l'ensemble de la région, que l'actualité la ramène constamment sous les feux de la rampe.
Il n'y a pas de mystère, non plus, dans l'omniprésence du hockey. Prenez les Saguenéens. On en parle dès la mi-août, alors que le camp d'entraînement prend la forme d'un feuilleton sur fond de rédemption et d'espoirs déçus. Viennent ensuite la saison et les séries, les 80 matchs couverts mur-à-mur, les plates comme les bons. Ça en fait, du babillage. Est-ce à dire que la vie du vrai monde est balisée par la politique et le sport, à l'exclusion des autres activités? Une partie de la réponse réside dans le classement de Jacynthe Côté, le numéro un de Rio Tinto Alcan. Elle a plafonné au 625e rang, alors que ses décisions prêtent davantage à conséquence que le jeu de Charles Hudon ou les états d'âme d'un député d'arrière-banc.
Une mécanique différente
Un autre élément de réflexion découlant du palmarès se rapporte à la scène culturelle. Aucun artiste ne s'est faufilé parmi les 50 premières positions, un phénomène relevé par Monique Perron, bibliothécaire au sein de la firme Cedrom-Sni. " Le constat ne se fait pas uniquement au Saguenay-Lac-Saint-Jean, mais partout au Québec ", a-t-elle mentionné au collègue Stéphane Bégin.
Faut-il déduire que la culture intéresse peu de gens? Bien sûr que non. Ce que reflète le tableau, ce sont deux choses bien différentes. Il y a le fait que peu de médias couvrent assidûment les activités artistiques. En même temps, il faut tenir compte de la nature de ces manifestations, des spectacles, des films, des expositions présentés dans la région.
Quand Louis-José Houde se produit chez nous, par exemple, Radio-Canada et Le Quotidien en parlent une fois, au lendemain de la première, deux s'il y a une entrevue. Il aura beau donner cinq spectacles à guichets fermés, ça n'ira pas plus loin parce que d'autres artistes s'en viennent, d'autres chanteurs, d'autres peintres, d'autres auteurs qui ont des choses à proposer.
Alors qu'on parle à l'entraîneur des Saguenéens tous les jours, le secteur culturel est constamment en mouvance. La liste de ses protagonistes est longue et, pour témoigner de son poids réel dans les médias, il faudrait trouver un instrument de mesure plus approprié que celui de Cedrom-Sni, source de fausses certitudes.