Toutes les funérailles ne sont pas tristes. Prenez hier soir, à la Salle Pierrette-Gaudreault de Jonquière. On y a souligné les 35 ans du Théâtre La Rubrique, la plus vieille troupe professionnelle de la région.

Un hommage pas triste du tout

Toutes les funérailles ne sont pas tristes. Prenez hier soir, à la Salle Pierrette-Gaudreault de Jonquière. On y a souligné les 35 ans du Théâtre La Rubrique, la plus vieille troupe professionnelle de la région, en proposant un cabaret dont la trame de fond, imaginée par l'auteur Martin Giguère, tenait à la vente de la compagnie par le directeur artistique Benoît Lagrandeur.
On a appris qu'il l'avait bêtement soldée pour un dollar à des investisseurs chinois, à la suite d'une erreur de pitonnage sur Internet. Lui-même n'était pas fier de son étourderie, d'autant que son prédécesseur, Denis Leclerc, lui est tombé dessus sans ménagement. «Quand je pense qu'en 1993, j'ai été te chercher à Montréal. La pire erreur de ma vie», a lancé le pionnier.
Quelques minutes plus tôt, le rideau s'était ouvert sur la scène, offrant un spectacle à la fois triste et réjouissant. Il y avait des boîtes de documents empilées jusqu'au plafond, ainsi que des formes que voilaient quelques draps: ici les musiciens Michel Otis et Pascal Beaulieu; là un tas de comédiens; ailleurs des personnages. Un beau flash pour montrer tout ce qu'on laisserait filer en Asie.
La fête qui avait été annoncée a donc pris des airs de veillée funèbre. C'est ainsi qu'on a dressé l'inventaire de La Rubrique, évoquant sa fondation par Marielle Brown, Julien Fortin et Diane Maziade en 1979, faisant état des moments de grande fragilité, mais aussi des bons coups - nombreux - qui ont ponctué son histoire.
Trois comédiens campant des annonceurs de CHOC-FM, la radio communautaire qui a partagé, un temps, l'édifice du Café-Théâtre Côté-Cour avec la jeune compagnie, ont effectué ce rappel historique avec un bel entrain. L'espace de quelques secondes, ils ont éveillé le souvenir des pièces marquantes telles Album de famille, La Déposition, Cendres de cailloux, Laguna Beach et Une maison face au Nord.
L'envers de cet hommage a pris la forme de sketches et de chansons correspondant à l'éclectisme propre au cabaret. On a pu apprécier Guylaine Rivard dans une jolie version de La foule, moins dramatique que celle de Piaf, de même que le pétillant duo formé de Sara Moisan et Mélanie Potvin, qui ont repris La chanson des jumelles en déployant une gestuelle savoureusement rétro.
Parlant de Mélanie Potvin, on a rappelé que cette comédienne chevronnée n'a jamais joué pour La Rubrique, ce qui a fourni le prétexte à une audition comparée où elle s'est mesurée à Sara Moisan. Le metteur en scène, un monument de mauvaise foi, était incarné par Éric Chalifour, qui a su tirer tout le potentiel comique de cette confrontation.
Aussi drôle, mais cette fois aux dépens des journalistes qui ont couvert La Rubrique depuis 35 ans, Martin Giguère, se présentant sous les oripeaux du Clown Noir Diogène, a offert une revue de presse délirante. Il a relevé les phrases trop longues, les incohérences, les oublis et les titres tordus avec tellement de verve que même les articles bien écrits prenaient une couleur absurde.
Heureux d'être passé sous le radar, même s'il a commencé à couvrir La Rubrique en 1988, l'auteur de ces lignes aurait aimé voir la fin du spectacle, mais a dû retraiter afin de respecter l'heure de tombée. Est-ce que la compagnie ira vraiment en Chine? Pour obtenir la réponse à cette question, il ne vous reste qu'une option: assister à la deuxième représentation tenue ce soir, à compter de 19h30.