Le foisonnement de couleurs que laisse voir Contenir l'essaim, une oeuvre de Jeffrey Poirier, est rehaussé par l'effet miroir généré par le plexiglas qui la protège.

Un essaim de couleurs

Il n'y a qu'une chose à voir à L'Oeuvre de l'Autre, où l'exposition Contenir l'essaim est présentée jusqu'au 5 février. Juste une, mais pas n'importe laquelle. La galerie située sur le campus de l'UQAC est habitée par une énorme sculpture créée par l'artiste Jeffrey Poirier.
Elle comprend des modules en plexiglas placés bout à bout, mais ce ne sont pas eux qui attirent le regard. C'est leur contenu, formé d'innombrables alvéoles de carton fixées avec du « duct tape » vert, bleu, jaune et rouge. De loin, on dirait un serpent de mer comme ceux des bandes dessinées. On n'en voit que le tiers, ce qui est bien assez pour arracher un sourire à l'amateur d'art le plus rétif.
« J'ai fait ça à mon atelier de Québec, entre les mois d'avril et septembre. Pour fabriquer les hexagones en carton, j'invitais des amis, des gens du milieu professionnel. Je les soudoyais avec de la bière et des chips », a raconté Jeffrey Poirier mercredi, à quelques heures du vernissage de l'exposition.
Cette dimension collective, au même titre que la modestie des matériaux, fait penser aux projets du Baieriverain Jean-Jules Soucy, notamment à son Tapis stressé formé de pintes de lait en carton. Le jeune homme en a entendu parler et ne nie pas la filiation, au contraire.
« Dans son travail, il y a une humanité qu'on retrouve ici. C'est le côté fait main, le côté réactionnaire », énonce Jeffrey Poirier en souriant. Du même souffle, il reconnaît le caractère ludique de Contenir l'essaim, une oeuvre qui témoigne de son goût pour « l'accumulation des motifs, les multiples, le design ».
Une version différente
Le titre semble référer aux abeilles, mais l'artiste n'insiste guère sur cette association. Soucieux de laisser place à l'interprétation, il se dit peu porté sur les métaphores, les pistes trop balisées. De toute manière, sa sculpture apparaît toujours sous un jour différent, d'une exposition à l'autre.
Il en est ainsi parce qu'il faut aligner les dix unités qui forment le ruban coloré, une étape qui l'a mobilisé pendant deux jours, à Chicoutimi. Il s'agissait de sa deuxième expérience du genre après le vernissage tenu en septembre, à la Maison des arts de Laval, et elle lui a permis de jeter un regard différent sur son oeuvre.
« J'ai fait des découvertes. J'en ai profité pour essayer des choses, rapporte Jeffrey Poirier. Entre autres, j'aime le fait qu'ici, il y a une section où on ne voit pas la partie colorée (parce qu'elle serpente au fond du module). Ça marque un temps d'arrêt. Ça dynamise l'ensemble. »
Il ajoute que l'oeuvre paraît monumentale, puisqu'elle repose dans une salle plus petite qu'à Laval. Elle fait écho à son amour du baroque en raison de la volupté des formes et trouve grâce à ses yeux, malgré qu'il y ait des choses qui le chicotent. « Disons que je l'assume à 90 % », confie l'artiste, qu'on ne pourra jamais soupçonner de complaisance à l'égard de son travail.