Outre les nombreux fans présents à la Zone portuaire de Chicoutimi pour le concert de Bad Religion, la voix juste et cristalline de Greg Graffin était elle-aussi au rendez-vous.

Un enthousiasme qui traverse le temps

Tout au long de sa carrière, Bad Religion a littéralement contourné les règles de l'industrie musicale, mais surtout, en refusant les compromis. Après plus de trente ans de carrière, Bad Religion fait une fois de plus un pied de nez à cette même industrie en démontrant que le plaisir d'être sur scène peut survivre au temps, tout comme l'enthousiasme des fans.
La rumeur de la foule laissait entendre qu'ils arriveraient sur scène vers 21h30 hier soir. La logique punk-rock aidant, il était donc clair que malgré l'excitation palpable que l'on pouvait ressentir sur la Zone portuaire de Chicoutimi, rien ne servait de courir afin de ne pas manquer une seule seconde de l'apparition de Bad Religion. Or, le public a eu droit à une sacrée surprise alors que la formation a bondi sur scène à 21h18 en entonnant énergiquement la chanson Fuck You.
Cette première pièce allait tout simplement donner le ton de ce qui allait attendre les milliers de fans sur place. En somme, des titres à la cadence infernale livrés avec une fougue des plus sincères. Et pour tenir ce véritable marathon de chansons (dix minutes après le début du concert, le groupe avait déjà interprété quatre pièces), des musiciens réglés au quart de tour et bien évidemment, la voix toujours cristalline et diablement précise du chanteur Greg Graffin.
C'est donc après avoir offert au public enflammé la chanson titre de l'album The New America que le chanteur s'est adressé au public pour une première fois. Expliquant que la formation en était à son premier passage dans ce coin charmant du Québec, et ce, après toutes ces années à multiplier les concerts, Graffin s'est même permis un "merci" dans la langue de Molière. Annonçant les couleurs de la prestation qui allait suivre, le chanteur a précisé que lui et ses comparses effectueraient des allers-retours dans l'ensemble de leur consistante discographie. Du coup, quelques chansons plus tard, Graffin s'amusait à interpeller les spectateurs s'étant réfugiés au sommet du stationnement à étages pour ensuite pointer la cathédrale de Chicoutimi, tout en saluant la présence de Quasimodo.
À la différence de bien des formations ayant des décennies d'activité au compteur, il faut souligner qu'autant les vieux classiques que les titres plus récents ont été accueillis avec joie par le public. D'ailleurs, la foule présente avait de quoi mystifier un chanteur pop. C'est-à-dire qu'ici, non seulement toutes les tranches d'âge y étaient représentées, mais jeunes et moins jeunes y démontraient tous le même enthousiasme.
À cet effet, les spectateurs auront été nombreux à s'adonner aux joies du «crowd surfing» et plusieurs verres de bière vides auront chatouillé le ciel. Sinon, les nez plus alertes auront certainement remarqué quelques effluves printaniers tout au long du concert.
Soulignons enfin que Bad Religion a livré hier soir une prestation digne d'une leçon de maître que plusieurs artistes gagneraient à recevoir. Faisant preuve de générosité et d'un immense respect pour son auditoire, le groupe a su démontrer qu'en allant chercher ses fans un par un au cours des dernières décennies, au lieu de se dénaturer au profit d'une popularité passagère, Bad Religion a maintenant droit à la plus grande récompense dont un artiste puisse bénéficier. Bad Religion ne donne pas des concerts, ils échangent une énergie. Et il est sans doute là, le secret de sa longévité.