ADDS IDENTIFICATION OF CHILD A paramilitary police officer carries the lifeless body of Aylan Kurdi, 3, after a number of migrants died and a smaller number were reported missing after boats carrying them to the Greek island of Kos capsized, near the Turkish resort of Bodrum early Wednesday, Sept. 2, 2015. The family - Abdullah, his wife Rehan and their two boys, 3-year-old Aylan and 5-year-old Galip - embarked on the perilous boat journey only after their bid to move to Canada was rejected. The tides also washed up the bodies of Rehan and Galip on Turkey's Bodrum peninsula Wednesday, Abdullah survived the tragedy. (AP Photo/DHA) TURKEY OUT

Tous coupables

Tout débute par cette photo d'un petit bonhomme avec qui la vie a été si injuste. Ses parents auraient bien souhaité lui offrir une vie meilleure, mais celle-ci se sera terminée tragiquement sur une plage.
Évidemment, en tant que père d'un garçon dont l'âge s'approche terriblement de cet enfant devenu instantanément un symbole, je ne peux vous cacher à quel point cette photo est venue me chercher jusqu'au fond de mes entrailles. Celle-là et bien d'autres qui n'ont pas eu une si grande diffusion. Car oui, quelques heures avant que cette photo ne fasse le tour de la planète, d'autres photos d'enfants réfugiés retrouvés noyés circulaient déjà. D'ailleurs, ceux et celles qui avaient osé les partager sur les réseaux sociaux ont dû se battre contre de nombreuses critiques qui questionnaient fortement la pertinence de les dévoiler au grand jour.
«Quand j'ouvre mon Facebook, ce n'est pas pour voir des choses horribles comme ça», qu'affirmaient bêtement certaines critiques.
Mais bon, la vie, ce n'est pas comme Netflix. On n'a pas toujours le choix de voir ce que l'on désire voir.
Maintenant, j'ignore pourquoi cette photo a eu la bénédiction des médias de masse ainsi que des internautes, plutôt que toutes celles qui l'avaient précédée, mais voilà qu'en quelques heures seulement, la planète au complet a eu un aperçu de l'horreur avec laquelle des centaines de milliers d'humains doivent composer quotidiennement. Cette horreur que l'on préfère éviter du regard en souhaitant que celle-ci ne disparaisse par elle-même pour que l'on puisse ensuite revenir confortablement à nos bonnes vieilles préoccupations.
Une chose est certaine, une fois que cette photo a fait son chemin jusqu'aux yeux de la majorité de la population, on a aussitôt senti un désir de mobilisation. Du coup, c'est comme si tout le monde réalisait que quelque chose clochait quelque part et qu'il était totalement inadmissible que nous n'entreprenions rien afin de corriger cette situation cauchemardesque.
Or, comme ce type de pulsion est généralement accompagné d'un sentiment d'impuissance, bien des gens ont choisi de mettre leur énergie sur la seule chose qui semblait être à leur portée: pointer du doigt le ou les coupables.
Ainsi, en l'espace de quelques minutes, on accusait déjà le premier ministre Stephen Harper pour son inaction. Et puis, comme le gars s'en sort plutôt bien pour ne pas se faire aimer, on a tout misé sur ce coupable idéal.
Ici, n'allez surtout pas croire que je défends inconditionnellement les politiques adoptées par son gouvernement, or j'y vois quand même un certain raccourci intellectuel lorsqu'on canalise collectivement notre hargne sur un coupable idéal.
Parce qu'à la fin, lorsque je suis témoin quotidiennement des nombreuses levées de boucliers contre les pratiques des différentes communautés culturelles ici au Canada, et ce, sur toutes les tribunes possibles, je me dis qu'on participe tous d'une façon ou d'une autre à ce désastre humanitaire. En effet, quel est le message que l'on adresse à nos dirigeants?
Qu'il s'agisse des milliers d'imbéciles qui seraient prêts à mettre à feu et à sang le pays pour un ridicule burkini, de l'internaute qui lève les yeux au ciel en lisant de tels propos tout en ne réagissant pas directement ou de certains médias qui alimentent ces tempêtes dans un verre d'eau, je me dis qu'on est tous un peu responsables de ce gâchis.
Il reste toutefois qu'avec un peu d'optimisme, on peut toujours souhaiter que le contraire se produise un jour. Qui sait, pourra-t-on dire un jour que nous sommes tous un peu responsables d'une immense réussite en matière d'aide humanitaire.
Souhaitons seulement que la population n'oubliera pas ses bonnes intentions dès que la prochaine occasion de s'outrer se présentera.