Ti-gars et Tite-fille 

CHRONIQUE / Il était une fois Ti-gars et Tite-fille. Ils vivaient dans un monde de compétition, d'argent, de frénétisme, de bruit, d'enseignes publicitaires.
Un monde où ils n'avaient pas de valeur sauf s'ils parvenaient à produire de l'argent, où on pouvait détruire la nature pour autant que cela rapportait de l'argent, parfois on disait des emplois. Il y avait des gens si pauvres qu'ils ne pouvaient manger tous les jours et des gens si riches qu'ils devaient acheter toutes sortes de choses. Ils disaient : « Ça fait fonctionner l'économie ». Ils devaient se divertir, c'était obligé et tant pis pour les poubelles. 
Les deux enfants étaient un peu poètes, un peu révoltés, fort empathiques pour les humains et les animaux victimes d'un système qu'ils auraient voulu changer. Ils avaient l'intuition que ce n'était pas le seul monde possible. Ils ne supportaient plus le côté obscur, l'inhumanité de l'humanité dont ils se sentaient un peu responsables puisqu'ils bénéficiaient des décisions qui faisaient de la nature et des humains « des ressources ». 
Des idéalistes
On disait d'eux qu'ils étaient des idéalistes. Ils voulaient un monde pour tout le monde et pas seulement pour ceux qui réussissent en affaires. Ils voulaient bien les affaires aussi, mais des affaires qui étaient au service des gens et de la nature, pas le contraire. Ils aimaient d'ailleurs toutes sortes de choses dans ce monde tout croche : les voyages, l'électricité, la médecine. Émerveillés autant par la créativité des humains que par la beauté de la nature, ils étaient persuadés que l'humanité pouvait mieux faire. 
À 18 ans, ils ont décidé d'étudier : ils sont devenus biologiste et professeure. La science, c'est important pour bien comprendre les problèmes. Enseigner, c'est capital pour que d'autres humains se mettent ensemble pour amener de grands changements. Mais c'était bien insuffisant, ils s'en s'ont vite rendu compte. Ils ont rencontré d'autres idéalistes qui voulaient aussi changer le monde, qui pensaient qu'on ne peut pas violer une forêt vierge, mais qu'une maison en bois est plus intéressante que celle en brique ou en béton pour l'environnement. Ils ont rencontré des ingénieurs qui voulaient fabriquer de l'énergie qui ne polluaient pas l'atmosphère, des gens allumés qui faisaient dans leur coin toutes sortes de choses : faire pousser des légumes dans les villes, réparer des machines pour les utiliser encore et encore, se mettre ensemble pour prendre de meilleures décisions. Ils se sont dit que c'était pour eux tout cela ! En cherchant un peu sur Internet, ils ont découvert une école fondée il y a 30 ans à Strasbourg, en France.
Les idéalistes de l'époque avaient voulu créer un nouveau métier pour tous ceux qui savaient déjà que l'homme et la nature sont des partenaires de vie et pas des objets, ni l'un ni l'autre. Ces pionniers pensaient déjà alors qu'il n'était pas acceptable de fabriquer autant de déchets, faire disparaître des espèces, vider les océans, fabriquer des changements climatiques... en un mot : de polluer toute la planète. Ils ont eu bien de la misère au début, personne ne voulait les croire sauf quelques autres idéalistes qui ont fini par créer un nouveau métier : l'éco-conseil. Aujourd'hui, il existe une école en France, une autre en Belgique et la petite dernière hébergée dans une université à Chicoutimi, au Québec.
Avec l'irrépressible envie d'utiliser leurs mains, leur coeur et leur cerveau pour participer à la création d'un autre monde, et après un an de formation, Ti-gars et Tite-fille ont rejoint le réseau des éco-conseillers qui travaillent souvent dans l'ombre et avec tant d'autres personnes, à faire entrer le monde dans la transition socio-écologique.