Jessy Dubé apprécie pleinement ses études en Suisse, où elle complète une maîtrise dans une prestigieuse école de musique. La violoniste originaire de Lac-Kénogami en a profité pour corriger des problèmes techniques, tout en peaufinant ses qualités d'interprète.

Tête-à-tête avec la violoniste Jessy Dubé

Plus que jamais, Jessy Dubé réalise à quel point sa décision d'étudier en Suisse fut judicieuse. Après avoir vécu des moments difficiles, senti le doute s'insinuer dans son esprit, la violoniste originaire de Lac-Kénogami récolte les fruits d'une remise en question qui comportait une part de risque.
Inscrite à la maîtrise en interprétation à la Hochschule Für Musik, une institution prestigieuse établie à Bâle, la jeune femme se trouve dans la troisième année d'un cheminement qui prendra fin en juillet 2015. Elle avait choisi cette école en raison de la présence d'Adelina Opreani, une élève du grand Yehudi Menuhin dont l'enseignement correspondait à ses préférences.
«Elle préconise la technique franco-belge en ce qui touche le maniement de l'archet. Ça me convient davantage que les techniques russe ou américaine parce qu'elle me permet de jouer de manière plus relax», a expliqué Jessy Dubé il y a quelques jours, lors d'une entrevue accordée au Progrès-Dimanche.
L'autre raison, peut-être la plus importante, se rapporte à un petit objet qu'on appelle l'épaulière. Il n'a l'air de rien, mais ne convenait pas à la violoniste. Elle ne pouvait pas l'utiliser sans adopter une posture susceptible, à moyenne échéance, de la blesser durablement. Pour apprendre à s'en passer, cependant, l'artiste a dû mener une petite révolution centrée sur la technique.
«C'est énorme comme changement et j'ai trouvé ça difficile, au début. J'ai paniqué à l'idée de partir à zéro, jusqu'au moment où je me suis dit que ce n'était pas la bonne façon d'interpréter ce qui m'arrivait. En réalité, j'ai pris un autre chemin pour atteindre mes objectifs en tant qu'interprète», souligne Jessy Dubé.
Plus de deux années ont passé et le pli est pris, comme qui dirait. Ce sont moins les considérations techniques qui occupent ses pensées, par opposition à la démarche artistique. «Adelina Opreani affirme que la technique sert à défendre les idées qu'on a, par l'entremise d'un instrument qui n'est pas notre corps», rapporte la musicienne.
Le goût du retour
Jessy Dubé fait partie d'une classe comprenant 20 élèves, ce qui est beaucoup dans le contexte d'une maîtrise. Ses collègues proviennent de plusieurs régions, du Sri Lanka au Vénézuéla, et malgré la place qu'occupent les cours et les répétitions dans leur vie, plusieurs sont membres d'un orchestre baptisé le Chamber Academy Basel.
«Je joue là-dedans, moi aussi, et j'ai participé à une tournée en Israël, en août dernier. Ça a été une expérience fantastique, même s'il faisait chaud. Nous résidions près de Haïfa, dans une région habitée par une forte proportion d'Arabes, et nous avons donné quatre concerts en l'espace d'une semaine», décrit la musicienne.
Sa participation aux activités du Chamber Academy Basel s'ajoute aux spectacles donnés avec le Pia Ensemble, une formation dont la chanteuse est originaire de la Turquie. Au printemps dernier, elle a effectué une tournée dans ce pays, laquelle comprenait la diffusion d'un concert à la télévision.
«Des gens ont téléphoné à la station. Ils voulaient savoir qui nous étions. Puisque les membres proviennent de plusieurs pays, ce que nous faisons ne ressemble à rien de ce que les gens connaissaient», énonce Jessy Dubé. Le groupe s'est également produit en Suisse, le mois dernier.
La Saguenéenne aime s'associer à des projets de cette nature parce qu'elle apprécie le travail en groupe. C'est d'ailleurs ce qui lui fait dire que la carrière de soliste ne lui sourit guère. Ce qui l'allume en premier chef, c'est la musique de chambre et surtout celle que proposent les orchestres symphoniques.
«Le répertoire orchestral me fait "tripper", en particulier Mahler pour le mélange des timbres, cette façon qu'il a de jumeler des instruments pour obtenir quelque chose de complètement différent. C'est pour cette raison qu'à mon retour au Québec, à la fin de la maîtrise, je veux jouer au sein d'un orchestre, en plus d'enseigner», confie Jessy Dubé.
L'idée de revenir chez elle lui sourit, en effet. Vivre au Québec, plus spécifiquement au Saguenay-Lac-Saint-Jean, n'est pas incompatible avec ses ambitions artistiques. En attendant, la jeune femme profite pleinement de ses vacances scolaires, qui prendront fin le 7 janvier.