T'es trop jeune mon vieux

CHRONIQUE /Quand ils sont tout neufs,Qu'ils sortent de l'oeuf,Du cocon,Tous les jeun's blancs-becsPrennent les vieux mecsPour des cons.Quand ils sont d'venusDes têtes chenu's,Des grisons,Tous les vieux fourneauxPrennent les jeunotsPour des cons.
Cette chanson de Brassens, le troubadour qui a décrit notre société en terme crus, me trotte dans la tête depuis déjà plusieurs semaines. Pas parce que je viens de réécouter pour une énième fois Le dîner de cons, mais en raison de la démarche du PQ initiée par le candidat défait à la chefferie Paul St-Pierre-Plamondon, - un gars qui navigue entre deux âges, comme dirait Brassens - qui a décidé de rajeunir le membership du parti.
Un débat qui, il faut le dire, me fait drôlement suer, pour rester poli.
Dans mon autre vie, à l'époque où je militais pour le MéOui à l'université Laval à la fin des années 70 début 80, je me souviens combien je me faisais traiter de p'tit jeune qui n'a pas encore assez vécu pour décider de l'avenir du pays. « Vas manger tes croûtes et on en reparleras », qu'on me servait lors des discussions politiques.
Tout en admettant que : oui, à 20-22 ans, je n'avais pas beaucoup d'expérience, je trouvais ces propos fort méprisants. Je revendiquais le droit à l'erreur et surtout à ne pas me faire dicter ce que je dois penser par la génération précédente, surtout qu'il était question de mon avenir et de celui de mes futurs enfants.
Ç'a l'air de rien mais pendant des années, je traînais ce complexe d'être trop jeunes. Ne vous en faites pas, j'étais capable de tenir mon bout. Mais j'avais toujours cette épée de Damoclès au-dessus de la tête ; je savais qu'à un moment ou l'autre, quand la conversation deviendrait très corsée, que ce soit sur la politique ou autre, et que mon interlocuteur viendrait à court d'argument, on me servirait : « T'es encore jeune, tu ne sais pas de quoi tu parles. »
Ma carcasse de jeunot me tenait à l'étroit ; c'était comme un silencieux au bout du pistolet. Il fallait que je me garde une « p'tite gêne ». Dans les années 70-80, le PQ, c'était le parti des jeunes, le parti des têtes folles qui sont prêtes à risquer l'avenir parce qu'un jeune, c'est insouciant.
Je ne vous dirai pas que je trouve ça drôle de voir la situation s'inverser aujourd'hui. De parti des jeunes, le PQ est devenu le parti des vieux. Bien que je me balance pas mal de ce qui se passe au PQ - comme à la CAQ ou au PLQ par ailleurs, sauf pour des raisons professionnelles - si j'étais péquiste, après m'être fait servir pendant des années « tu es trop jeune », je serais particulièrement aigri de me faire dire que je suis maintenant « trop vieux ».
Ce genre de débat sur l'âge a quelque chose de malsain. On dénonce l'âgisme, mais qu'est-ce que c'est si cela n'en est pas ?
Je sais qu'on va me répondre qu'un parti en santé doit recruter des gens de toutes les couches de la société : de jeunes, des vieux, des hommes, des femmes, des riches et des pauvres, et évidemment, des gens de toutes les cultures. Et je suis bien d'accord. Mais quand faire partie d'un groupe d'âge devient pratiquement une tare, je trouve que le débat devient malsain.
À l'époque du référendum de mai 1980, les « vieux », c'étaient les « peureux, ceux qui avaient peur de se faire enlever leur pension du fédéral ». J'ai envie de dire : « Hey les jeunes, arrêter de chiâler si vous avez les vieux de votre bord ».
Heureusement, il y a des années que je suis apolitique, devoir de réserve oblige, et je ne vous cacherai pas que par respect pour mes enfants, j'ai tendance à voter comme eux lorsque les enjeux sont importants. Car aujourd'hui, j'estime que ça revient à eux de décider dans quelle société ils voudront vivre. Mais ça restera toujours mon choix et je ne tolérerai pas de me faire tasser dans le coin parce que je suis un « vieux con des neiges d'antan ».