«Rambo Gauthier»

Terreur dans l'indifférence

Des entrepreneurs du Saguenay passent devant la Commission Charbonneau. En victimes, ils décrivent les sévices, les menaces, le chantage, le passage à tabac, le vandalisme que les fiers à bras de la FTQ-Construction leur font subir sur la Côte-Nord.
Roch Savard raconte le casse-tête d'amener de la soupe chaude tous les midis aux travailleurs, une fantaisie des représentants syndicaux locaux pour vacciner le chantier contre le trouble. Une banalité, mais qui coûte deux employés pendant trois heures chaque jour. Il raconte les menaces pour le forcer à embaucher les gars de la Côte-Nord recommandés par le syndicat. Il a eu peur pour sa machinerie, a négocié, payé. Un contrat sur la Côte-Nord, coûte 10% de plus. Le contribuable paie.
Normand Pednault a fondu en larmes en racontant un épisode traumatisant pour sa famille. Des menaces au téléphone: «Si tu prends pas nos gars, la tempête va passer». Le lendemain, une horde de matamores bousculent les travailleurs de Pednault, entrent dans la roulotte de chantier, tabassent les deux frères de l'entrepreneur. Comme bien des gars «toughs» de la construction, à l'orgueil mal placé, ils encaissent, ne se lamentent pas trop. Mais quand ils se rappellent, ils pleurent.
«Rambo Gauthier» récidive. Il ridiculise le témoignage sur Facebook sur un ton belliqueux, à grands renforts de jurons et d'insinuations malveillantes. L'intimidation de témoins va-t-elle être tolérée par la Commission, la centrale syndicale, le gouvernement?
Les autruches
Les autruches ne sont pas toutes à Montréal, ni au parc Safari. L'enquête de la Sûreté du Québec sur l'incident a tourné en queue de poisson. Quand la compagnie justifie le retard du chantier par le passage à tabac subi, le ministère des Transports confirme être au courant de cette situation «inacceptable», mais le pénalise quand même. Sans rien dénoncer.
La Commission de la construction de l'époque ne s'est intéressée timidement au «Far-West» de la Côte-Nord qu'après une émission d'«Enquête» à Radio-Canada. Le ministre de l'époque, Laurent Lessard, apostrophé par Pednault dans un cocktail, n'y a pas prêté attention, pas plus que lorsqu'un autre entrepreneur lui a parlé de pots-de-vins versés à un dirigeant syndical. Il ramasse des votes, le ministre, pas les problèmes!
Hydro-Québec savait que son contractant allemand devait engager des grutiers inutiles, payés pour jouer aux cartes afin d'acheter la paix syndicale. Elle a payé sans sourciller, sans porter plainte, sans dénoncer. Les contribuables paieront plus cher leur électricité, c'est tout!
Isolement
Les entrepreneurs honnêtes se retrouvent isolés dans ce système paresseux, qui tolère l'intolérable. Chaque autorité regarde ailleurs. La FTQ, le Conseil provincial aussi, comme les associations de constructeurs. Pour cause. Pour nettoyer le système, on salira forcément leurs membres qui ont succombé.
Car avec tous ces laxistes qui s'en foutent, la tentation doit être grande d'entrer dans le jeu, de magouiller aussi, d'ajouter des extras pour payer les caprices des matamores, ou de donner des matériaux ou des services à un «gourou» syndical en espérant un retour d'ascenseur. D'intrigantes maisons cossues de dirigeants syndicaux, bâties sans emprunt, font la manchette ces temps-ci...
La fille de M. Pednault a eu une prise de bec sur Twitter avec Ken Pereira, celui par qui le scandale a éclaté dans les hautes sphères de la FTQ. Même Pereira semble absoudre Rambo et ses sbires: «il défend ses gars». Drôle de défense, que ces agressions caractérisées, avec la bénédiction tacite du troupeau d'autruches!
Le système d'attribution des contrats aux plus bas soumissionnaires a réduit le nombre de concurrents. Les grosses compagnies dont la machinerie est amortie offrent mieux que les locaux qui peinent à arriver. Un gars de la construction vit moins bien en région, même si des travaux se font sous son nez. Rambo a la solution sauvage, brutale: il fait la loi, lynche les récalcitrants.
Peut-on en trouver une civilisée?