La mort de Laura Leblanc, atteinte de fibrose kystique, quelques semaines après la greffe qui devait la sauver, est crève-coeur.

Signer pour ne pas donner

La mort de Laura Leblanc, atteinte de fibrose kystique, quelques semaines après la greffe qui devait la sauver, est crève-coeur. La jeune femme prêchait le don d'organes chez les jeunes, les convainquant de signer l'autocollant à l'endos de la carte d'assurance-maladie pour qu'une mort ne soit pas seulement absurde et inutile, mais puisse se transformer en miracle. Ses nombreux amis, proches ou lointains, veulent aussi rendre la mort de Laura moins cruelle et vaine et continuent sa croisade.
Victoire
J'ai rencontré un jeune atteint de la même maladie. Laura et lui s'encourageaient mutuellement. Déterminé, opiniâtre, vaillant: un battant, un acharné, un qui fait de chaque jour une victoire et de chaque bonheur un trésor. Un athlète à sa manière.
Dans ma jeunesse, j'ai joué les monitrices dans un camp d'enfants infirmes (on les appelait ainsi à l'époque) entre autres, avec des jeunes atteints de fibrose kystique. Ils avaient 8 ans. Il leur restait quatre ans à vivre, au mieux. On a fait des pas de géant contre cette saloperie de maladie. Des victimes peuvent vivre jusqu'à 40 ans, des chercheurs sont tout près d'un remède, une greffe des poumons peut en sauver. Ils mènent une course d'endurance contre le temps, avec l'espoir comme carburant.
Laura avait réussi à mobiliser bien des jeunes. Dommage qu'aucun politicien ne saisisse l'occasion pour leur redonner confiance en la politique. Deux cégepiens ont signé, dans Le Quotidien de mercredi dernier, une lettre qui aurait pu lancer le débat si les partis n'étaient pas obsédés par la charte, les sondages, les mesquineries fédérales-provinciales, et la Commission Charbonneau.
Inversion
Ils proposent que tout citoyen donne ses organes en cas de mort subite, sauf s'il s'inscrit à un registre pour s'y soustraire. Au lieu de signer pour donner, on signerait pour ne pas donner, comme en Belgique, en France, au Luxembourg, au Portugal. Le patient doit avoir exprimé clairement sa volonté de ne pas donner ses organes pour que les médecins y renoncent, et la famille doit le prouver.
Chez nous, il faut trouver la carte d'assurance maladie du mort, mais toute opposition de la famille supplante la volonté du défunt. On doit non seulement signer, mais convaincre préventivement son entourage. Discourir sur la mort, ne figure pas vraiment dans les priorités de la jeunesse...
Un greffé m'avoue que durant les interminables mois d'attente où il sentait son coeur décroître et sa vie s'oblitérer, un fol espoir inavouable le saisissait chaque fois qu'on parlait d'un accident mortel à la radio. Son nouveau coeur était peut-être en route... Chaque fois qu'on améliore le bilan routier, on condamne des malades à mourir en attendant vainement l'organe salvateur. Inverser le consentement au don d'organes permettrait peut être de rééquilibrer les choses... Espérons que Laura aura insufflé assez d'énergie à ses amis pour réveiller la classe politique à ce sujet.
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Histoire vraie: une famille se résout à placer la vieille mère dans un CHSLD. Elle reçoit le premier mois trois avis contradictoires, dans un jargon obscur, fixant la contribution mensuelle de la patiente, et un mois plus tard, un quatrième avis, annulant le précédent... mais confirmant le même montant: 1209$. Trois mois passent, nouveau courrier: les pensions de vieillesse ont été mises à jour: $1218.12. En octobre, nouveau rajustement: 1220,66$. Un mois après, les allocations aux hébergés ayant augmenté, ça baisse à 1218,60$. En décembre, la Régie des rentes s'indexe: 1222,38$.
En un an, on leur a envoyé huit lettres timbrées, pour des ajustements minimes. Pour la famille, autant d'emmerdes: le loyer varie sans cesse, oubliez les chèques postdatés!
Quel gaspillage d'énergie! Les huit lettres, les fonctionnaires qui calculent huit fois à la cent près, le papier, les timbres, coûtent plus cher que les grenailles arrachées à des vieillards impotents. On paie du personnel à faire un travail bête qui coûte autant qu'il rapporte... Mais on coupe les bains et les couches!