L'artiste Stéfanie Requin Tremblay lance officiellement son deuxième livre d'artiste, Sels de bain. Un livre où textes et images se côtoient en créant une esthétique qui frôle le punk numérique.

Sexe, drogues et... Internet

L'artiste Stéfanie Requin Tremblay lance officiellement son deuxième livre d'artiste, Sels de bain. Un livre où textes et images se côtoient en créant une esthétique qui frôle le punk numérique.
Le titre fait référence à une drogue, les « sels de bain » (aussi appelés cathinones synthétiques) qui sont des drogues de confection artisanale procurant des effets stimulants et hallucinogènes.
« Je joue avec le contraste entre le nom de cette drogue, qui évoque quelque chose d'inoffensif, mais qui en fait est super corrosive, explique-t-elle. Ça suggère aussi la critique d'une culture de l'insignifiance, qui est glorifiée sur Internet. Les gens se filment, dans toutes sortes d'état, puis mettent ça sur Youtube. C'est une forme nouvelle d'exhibitionnisme, tout le monde expose son quotidien, tout le monde est partout, parle de lui-même et de son intimité. »
Les textes sont très rythmés, presque coupés au couteau. Des mots d'une rare poésie, mais sans dentelle. Une prose crue et directe, comme on a appris à structurer nos pensées en 140 caractères et moins. Les images proposent un univers où l'on reconnaît la signature de Stéfanie Requin. Des objets disposés simplement, mais dont la juxtaposition suggère une idée, un sentiment. Par exemple, une rose rouge posée près d'une vieille cassette du groupe Crass. Le tout se présente comme un mélange de beau et de sale, de nostalgie et de technologie, de malaise et de confort, qui se lit de bout en bout sans qu'on voie le temps passer.
L'artiste ne se place cependant pas en position de critique. Elle écrit au « je », se prend elle-même au jeu.
« Je tire beaucoup de mon contenu d'Internet, de l'expérience que j'en fais. Des fois, je me dis que ce que nous avons de plus intime, au fait, c'est notre historique de navigation. Je pars donc de mes propres expériences, que je pousse dans l'imaginaire et le fantasme. J'aime imaginer l'histoire qui se cache derrière un simple objet, une phrase, un statut Facebook. »
Dans l'univers du web, où tout va à une vitesse folle et où tout est éphémère, l'idée de faire un livre est en quelque sorte une manière d'ancrer cette culture chimérique dans un objet.
« On a atteint ce point dans la société où il faudrait tellement être profond et intellectuel tout le temps, où il faut aussi performer à tout prix. J'aimerais qu'on prenne un temps d'arrêt, je voudrais rendre cette culture précieuse. Je veux qu'on s'arrête, qu'on se regarde, qu'on réfléchisse à tout ça », conclut-elle.
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