Le président du Syndicat des producteurs de bois du Saguenay-Lac-Saint-Jean, Paul-Maurice Gagnon, demande au gouvernement du Québec de conserver intact l'approvisionnement forestier en feuillu pour assurer la relance de l'usine Norbord de Chambord.

Scierie de Petit-Saguenay: opposition à l'augmentation du volume de feuillus

Le président du Syndicat des producteurs de bois du Saguenay-Lac-Saint-Jean, Pierre-Maurice Gagnon, demande au gouvernement du Québec de refuser l'augmentation du volume de feuillus réclamée par la scierie de Petit-Saguenay pour éviter d'hypothéquer la relance de l'usine Norbord de Chambord.
Le président Gagnon est conscient que cette demande va soulever la controverse dans le Bas-Saguenay alors que l'usine, aujourd'hui propriété de Scierie Dion et fils et Fabrication PFL, opère depuis huit mois pour la transformation du tremble en bois de palette. Pour le président du syndicat, l'arrivée de Norbord et la volonté exprimée de ses dirigeants de transformer 750 000 mètres cubes de tremble par année en panneaux gaufrés change radicalement la donne dans la région.
«Je sais que la mairesse de Petit-Saguenay n'aimera pas ma sortie. Mais la région ne doit pas rater la fenêtre qui s'ouvre pour la relance de l'usine de Chambord. Il faut mettre toutes les chances de notre côté pour être en mesure de constituer les approvisionnements réclamés par Norbord. C'est vrai que le syndicat avait demandé au premier ministre de retirer les approvisionnements à Louisiana-Pacific, mais nous avions aussi démontré au premier ministre l'importance de ne pas morceler cette garantie d'approvisionnement», a déclaré Pierre-Maurice Gagnon dans une entrevue accordée au Quotidien.
Le Syndicat des producteurs de bois a rencontré les représentants de Norbord pour faire le point sur les approvisionnements. Les producteurs sont en mesure de livrer à l'usine de Chambord entre 200 000 et 225 000 mètres cubes par année. Malgré cet apport, poursuit le syndicaliste, les volumes disponibles sur les terres publiques du Saguenay-Lac-Saint-Jean ne permettent pas de constituer un approvisionnement de 750 000 mètres cubes.
«Quand on fait le calcul à partir de la possibilité forestière, nous arrivons avec un approvisionnement très serré. C'est même trop juste. Lors de la rencontre avec Norbord, ils ont évoqué cette situation, mais nous leur avons expliqué qu'il était possible de constituer un approvisionnement qui va permettre d'opérer avec 750 000 cubes de bois. C'est possible de le faire à la condition que le gouvernement cesse de distribuer la garantie qu'il a récupérée de Louisiana-Pacific», explique Pierre-Maurice Gagnon.
Pierre-Maurice Gagnon juge que le projet de Norbord constitue pour le moment le projet le plus intéressant pour l'économie régionale. Ce sont au moins 400 emplois (forêt et usine), qui seraient créés avec la relance de l'usine: «Nous avons rencontré les représentants de Norbord et ce sont des opérateurs sérieux. On leur a offert d'investir 1 M$ pour relance l'usine qui nécessitera un investissement de 35 M$. Ils nous ont dit que l'argent n'était pas le problème et que leur enjeu principal était celui de l'approvisionnement.»
L'autre critère sur lequel insiste Pierre-Maurice Gagnon est celui de la qualité du bois que l'on devra fournir pour assurer la viabilité de Chambord. Il faut donc être prudent selon ce dernier lorsqu'on parle d'utiliser le bois qui n'a pas été récolté depuis la fermeture de l'usine: «Le tremble, c'est comme du sapin. C'est une essence de transition. Quand tu ne le récoltes pas au bon moment, tu te retrouves avec des tiges de moins bonne qualité avec plus de pertes et c'est moins rentable. La compétitivité de l'usine va dépendre de la qualité de l'approvisionnement.»
Avec l'état actuel des attributions de garantie d'approvisionnement, sans que Québec n'accorde un mètre cube de plus, Pierre-Maurice Gagnon affirme que Norbord devra se tourner vers la Mauricie et la région de Québec pour parvenir à constituer un approvisionnement sécuritaire pour le fonctionnement de l'usine de Chambord.
En quelques chiffres
Possibilités forestières dans le feuillu
• Possibilité : 608 000 mètres cubes
• Possibilité récoltable : +/- 500 000 mètres cubes
• Garantie d'approvisionnement allouée : 100 600 mètres cubes
Volumes de tremble disponibles pour l'usine Norbord
• Volume résiduel après attribution : 400 000 mètres cubes
• Volume des producteurs privés : 200 000 mètres cubes
• Volume exigé par Norbod : 750 000 mètres cubes
• Déficit de volume : 150 000 mètres cubes
NB : Il est possible d'ajouter une quantité de bouleau dans la production de panneaux gaufrés
La démarche suivra son cours
Les propriétaires de la scierie de Petit-Saguenay n'ont pas l'intention d'abandonner leur demande d'augmentation de garantie d'approvisionnement de 30 000 mètres cubes par année de tremble qu'ils jugent nécessaire pour maximiser la rentabilité de l'entreprise.
Frédéric Laliberté, propriétaire de Fabrication PFL de Lévis (palettes de bois), est surpris d'apprendre qu'on demande maintenant au gouvernement du Québec de ne plus accorder de volume de tremble au Saguenay-Lac-Saint-Jean. La demande logée au ministère de la Forêt, de la Faune et des Parcs a suivi l'invitation lancée par le gouvernement du Québec pour mettre en valeur les volumes de tremble disponibles.
«Nous avons simplement répondu à l'invitation du gouvernement du Québec. Nos documents pour justifier la demande de 30 000 mètres cubes additionnels de tremble ont été envoyés au ministère à la date du 31 décembre. Nous avons reçu un accusé réception et les fonctionnaires analysent en ce moment notre projet», a insisté Frédéric Laliberté.
La scierie de Petit-Saguenay a repris ses opérations il y a huit mois avec une garantie d'approvisionnement de 27 300 mètres cubes. «Nous sommes sur le point d'atteindre nos objectifs pour les opérations de l'usine. Nous avons des besoins pour notre demande additionnelle qui va nous assurer un approvisionnement pour la fabrication des palettes et nous allons contacter le ministère pour nous assurer que notre demande sera analysée en fonction de l'appel lancé par le ministre Laurent Lessard et M. Couillard.»
Frédéric Laliberté espère que les dossiers seront analysés en fonction de leur faisabilité. Dans le cas de Petit-Saguenay, le volume sera transformé dès qu'il sera disponible. Le problème de cette scierie réside dans le fait qu'elle est située loin des usines qui transforment la ressource de qualité pâte.
L'industriel ne voit pas le projet Norbord comme un compétiteur, mais bien commune une solution à l'écoulement du bois de qualité pâte qui n'est pas utilisé pour le sciage.