Parmi la galerie de personnages hauts en couleurs qui composent La paix chez soi et autres bêtises humaines, les comédiens Pierre Tremblay et Josée Gagnon incarnent notamment un couple aux prises avec un drôle de chat angora.

Savoureusement grotesque

Il y a quelque chose de savoureusement grotesque dans la toute dernière production estivale que nous propose le Théâtre 100 masques. Fidèle à ses habitudes, le metteur en scène Dario Larouche nous démontre qu'il est possible de donner dans la rigolade, sans pour autant tomber dans des raccourcis ou des lieux communs.
Coup risqué et audacieux, le Théâtre 100 Masques avait convié les médias lundi dernier afin de leur présenter en grande avant-première La paix chez soi et autres bêtises humaines. La production, qui sera présentée à la salle Murdock du 2 au 25 juillet, du mercredi au vendredi, rassemble des extraits tirés de l'oeuvre de Courteline. Les spectateurs y auront ainsi la chance de voir s'activer les comédiens Pierre Tremblay (Clowns noirs), Josée Gagnon (Clowns thérapeutiques du Saguenay et Unité 9), Patrick Simard (Daïdalos) et Mélanie Potvin (La légende d'Arthur Villeneuve) dans de courtes saynettes subversives à souhait.
À la fois critique social impitoyable et détracteur jouissif de la bourgeoisie, Courteline est de toute évidence un auteur en symbiose avec l'approche employée par le Théâtre 100 masques depuis quelques années à l'occasion de ses productions estivales. Bien que la galerie de personnages qui composent La paix chez soi et autres bêtises humaines sont pour la plupart dotés d'un langage soutenu, ceux-ci font tous preuve de travers qui suscitent de nombreux rires enthousiastes chez le public.
Et c'est justement là que l'on trouve la fameuse signature du metteur en scène Dario Larouche. Encourageant ses comédiens à adopter un jeu très physique, ceux-ci n'hésiteront pas à donner vie à des personnages hauts en couleurs et aux mouvements amples très caractéristiques. Or, alors que l'exercice aurait pu pencher du côté de la simple caricature, voire du burlesque, on sent que la mise en scène a été soigneusement pensée dans un souci d'économie finement calculé.
De ces nombreuses saynettes proposées dans La paix chez soi et autres bêtises humaines, on gardera certainement en mémoire celle mettant en vedette un docteur se rendant à un domicile afin d'effectuer une consultation plutôt inusitée, ou celle dans laquelle un couple tient une discussion surréaliste sur la façon de prononcer angora et sans aucun doute, le tableau final qui s'apparente à un véritable ballet délirant.
Fait à souligner, les habitués du populaire blogue régional de mode Je m'habille chez nous seront probablement en terrain familier quant aux costumes, car c'est Marilyne Bédard qui a conçu ceux-ci. Au programme, des agencements de couleurs osés et de nombreuses surprises lors des premières apparitions de chaque personnage.
Somme toute, de par le ton érudit qui s'en dégage, La paix chez soi et autres bêtises humaines détonne peut-être avec le type de pièces proposées lors de la saison estivale; toutefois, elle remplit merveilleusement le cahier de charges d'un théâtre d'été. On y rit, on décroche mais surtout, on en revient avec la tête remplie de tableaux satyriques où la misère des riches égaiera les chaudes journées à venir.