Michel Arsenault

Sale image pour les syndicats...

Le témoignage de Michel Arsenault devant la commission Charbonneau est dévastateur pour le mouvement ouvrier que l'ancien président de la FTQ prétend défendre. Lui s'en tire avec quelques éraflures. Mais de sa centrale reste l'image d'un organisme dirigé par des malpolis, qui magouillent entre eux avec l'argent de leurs membres et du public, se paient des trains de vie princiers, fraient avec des gens d'affaires louches, se donnent de l'importance avec leurs contacts, et deviennent experts de la dissimulation. Arsenault a tenté depuis des mois de mettre le couvercle sur une marmite qui débordait. Il n'a ménagé ni les mots d'église, ni les consignes: «Plus personne ne parle», ni les frais d'avocats pour empêcher la diffusion de ses conversations édifiantes.
Pouvoirs?
On l'y entend évoquer un «deal» avec le mari de Pauline Marois. La SOLIM (le bras immobilier du Fonds de la FTQ) a dérogé à son mandat pour investir dans une compagnie de gestion mobilière appartenant à Claude Blanchet, y perdant une petite fortune. L'ex-président de la FTQ aurait été tenté de s'en servir pour convaincre Pauline Marois d'éviter une Commission Charbonneau. Si la FTQ n'avait rien à se reprocher, pourquoi tant d'hostilité à une commission d'enquête que 80% des Québécois (y compris les membres de la FTQ) souhaitaient? Qui servait-elle avec ses réticences?
Quand Tony Accurso se plaint à Arsenault d'un gros contrat donné à une firme étrangère, Arsenault reprend l'argument à son compte, appelle Jean Charest, et fait ensuite rapport à Accurso. D'ailleurs, le président de la FTQ confesse qu'il va devoir «se broder une histoire» pour expliquer ses relations avec Accurso. Tout cela donne l'impression qu'une poignée d'hommes d'affaires a fait main basse sur le Fonds de solidarité et manipule ses dirigeants.
Arsenault ne dénonce pas à la police ni ne congédie Jocelyn Dupuis qui spolie les membres de la FTQ en gonflant ses dépenses. Selon lui, il n'a qu'un pouvoir moral sur ses affiliés. Si un leader syndical fort en gueule n'ose pas appeler la police quand il a connaissance d'un crime éventuel, qui osera?
De plus, quand le Syndicat national des employés de l'aluminium d'Arvida a retenu ses cotisations pour forcer la FTQ à se nettoyer, Arsenault a entrepris de l'exclure, de l'empêcher de participer au congrès. Il a le pouvoir de menacer ouvertement et d'exclure un syndicat qui réclame un grand ménage, mais pas de chasser un officier qui abuserait les membres par comptes de dépenses interposés? S'il a si peu de pouvoir, pourquoi tenait-il tant à ce que son dauphin lui succède sans opposition?
Image
Il n'a pas osé prendre le taureau par les cornes, secouer les mauvaises habitudes, sortir les meubles et nettoyer énergiquement la place. Il a glissé la poussière sous le tapis. Même si, personnellement, il s'en tire bien devant la Commission, ses évasions verbales, ses dénégations, son manque de transparence projettent l'image d'une organisation pas très nette, dirigée, au mieux, par des couards.
Cela risque de dégoûter les jeunes d'adhérer à un syndicat, de verser 2% de leur paie à une centrale. Ils voient cela comme un impôt, pas comme une contribution à un mouvement démocratique qui les fait progresser.
Pour se remettre du gâchis, les centrales syndicales devront secouer leurs mauvaises habitudes; en consultant leurs membres et non pas seulement ses militants «crinqués» en assemblée; en publiant leurs finances sur le web, pas seulement sur demande ou en chapelle.
Des syndicats locaux comme le SNEAA, pragmatiques, près de la réalité de ses membres sont essentiels. Les centrales syndicales devaient renforcer les petits syndicats. Elles se sont arrogé avec le temps des rôles politiques et économiques, en s'éloignant de la démocratie directe. De plus en plus, elles sont dirigées par des carriéristes trop heureux de ne plus occuper leur ancien emploi. Elles doivent revoir leurs manières pour que la sale impression laissée par la FTQ à la commission Charbonneau ne mine pas le syndicalisme lui-même.
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