Les maires de Montréal et de Saguenay, Denis Coderre et Jean Tremblay, s'entendent pour dire que les villes doivent s'allier pour obtenir davantage des gouvernements du Québec et d'Ottawa.

Retour des cités-États

Gonflé à bloc par la note presque parfaite que lui décernent les médias de la métropole quatre mois après sa victoire électorale, le maire Denis Coderre poursuit son opération charme auprès de ses collègues du Québec. Après avoir scellé un pacte de coopération avec Régis Labeaume et les autres maires de villes d'importance modeste, il s'est arrêté chez nous, mardi dernier.
l a fait le tour des radios locales avant de rendre visite à son homologue Jean Tremblay à l'hôtel de ville et se prêter à une conférence de presse. Chaleureux et souriant comme un ambassadeur rappelant la contribution de Lafayette à l'émergence des États-Unis, Denis Coderre est venu fraterniser avec son collègue Jean Tremblay, lui tendre une main collaboratrice sous l'oeil aguerri de son conseiller aux relations publiques, Richard Banford, l'ancien confrère de Progrès-Dimanche, devant les représentants de la presse régionale.
Rappelons-nous 1970...
Ne soyons pas dupes. Si les maires des deux principales villes du Québec mènent cette grande séduction, ce n'est pas pour remporter un concours de popularité. Ils cherchent évidemment l'appui de la puissante Union des municipalités et des huit autres villes de 100 000 habitants et plus pour arracher au gouvernement un statut spécial.
Le message émis la semaine dernière par Jacques Ménard inspire Denis Coderre. Le président de BMO Groupe financier réclame plus de pouvoirs pour Montréal. Il nous rejoue le vieux disque sur « Les orientations du développement économique régional dans la province de Québec » qui eut l'effet d'une flute enchantée aux oreilles de nos gouvernants dans les années 1970.
Le gouvernement fédéral avait confié à un trio de sages composé de Benjamin Higgins, Fernand Martin et André Raynault le mandat de lui soumettre un projet de stimulation économique pour un Québec qui trainait la patte après le premier grand élan de la Révolution tranquille. L'essentiel des recommandations faites à Ottawa se résumait à « favoriser l'expansion de Montréal ». Les effets d'entraînement devaient propulser tout le Québec dans la croissance et l'épanouissement. Pour les régions ressources, c'est tout le contraire qui s'est produit comme l'ont démontré, en 2001, les six auteurs du Pays trahi, Russel Bouchard, Charles Côté, Charles-Julien Gauvin, Richard Harvey, Daniel Larouche et Mario Tremblay.
Les investissements massifs d'Ottawa et de Québec ont nourri nos deux grandes villes ainsi que la Montérégie qui forme aujourd'hui la couronne d'or de la métropole. Labeaumeville est devenue un pôle majeur, mais surtout l'une des plus belles villes du monde avec l'immense chantier perpétuel financé par l'État à travers la Commission de la Capitale nationale. Les projets inscrits sur la carte de crédit du peuple se succèdent à un rythme étourdissant.
Rome au Moyen-Âge
Derrière leur demande de pouvoirs accrus se dissimule un objectif réel, celui de devenir des cités-États comme le furent Athènes et Sparte dans la Grèce antique et Rome, au Moyen-Âge. « Dans le monde, constatait Régis Labeaume à la présentation du budget annuel de Québec en janvier 2012, ce ne sont plus des États qui sont en compétition, ce sont les villes. On revient à la vieille notion de cité-État. Moi je compte de moins en moins sur les gouvernements supérieurs pour gérer cette ville-là. »
« Quand proclamerez-vous l'indépendance de la ville de Québec? », lui avait demandé, l'air mi-figue, mi-raisin, un confrère de la métropole. Régis Labeaume lui a répondu du tac au tac qu'il en parlerait à Jean Tremblay, « le maire de Saguenay, région où, à une époque pas si lointaine, on aspirait à devenir un « royaume ».
Si Québec cédait aux demandes de Coderre et de Labeaume, Montréal et Québec deviendraient les cités-États du monde occidental, et les régions ressources, leurs colonies.