Rester petits

L'été à Chicoutimi, il se produit ce qu'on appelle l'effet trou de beigne les fins de semaine. C'est-à-dire que la ville se vide de ses citoyens pour remplir les sites de villégiature. À titre d'exemple, le village de Saint-David de Falardeau compte 2800 habitants en temps normal alors que la population grimpe à près de 7000 habitants en période estivale.
Ce seul petit village abrite 1000 chalets autour des nombreux lacs parsemés sur ce territoire. Ce chiffre inclut les 500 chalets cossus dans le village alpin du Valinouët.
On retrouve le même phénomène avec les 4000 chalets autour du lac Saint-Jean et des milliers d'autres construits au lac Kénogami, au lac Otis et autour de la centaine de lacs situés en milieu périurbain, sans compter les nombreux terrains de camping occupés par une clientèle permanente.
Ajoutez à cela les milliers de chalets de pêche qui se trouvent sur les zecs et le vaste territoire forestier qui est utilisé presque toutes les fins de semaine par les villégiateurs. Il est donc facile de conclure que l'activité principale des Saguenéens, l'été, c'est la villégiature. C'est en nature que se trouve la moitié de la population les fins de semaine en période estivale. D'où l'expression «trou de beigne», la ville centre se vide pour remplir les sites de villégiature tout autour.
Vous vous demandez sûrement ou je m'en vais avec cette réflexion? Je prends un grand détour, mais j'y arrive.
La villégiature et la vie de chalet sont tellement importantes pour les Saguenéens qu'il y a peu de raison de rester en ville les fins de semaine. Les deux seules occasions où les Saguenéens restent en ville durant l'été c'est pendant le Festival international des rythmes du monde et pendant le Festival des vins. C'est uniquement à ces deux occasions que la rue Racine est pleine à craquer et que les terrasses des restaurants débordent. Il n'y a que ces deux événements qui ont la force d'attraction nécessaire pour sortir le monde du bois et les faire veiller en ville.
On ne partira pas du chalet pour venir voir un spectacle des Trois accords sur une scène extérieure, mais on va rester en ville pour rencontrer des producteurs de vin, boire entre amis et prendre un repas sur une terrasse pour profiter de l'ambiance inégalée du Festival international des rythmes du monde.
J'espère que le maire de Saguenay va faire la différence entre les événements majeurs qui attirent du monde en ville et les événements de second ordre qui existent seulement pour distraire et amuser les citoyens quand il clame dans sa capsule de Ville en action que Saguenay va passer un tour en 2014 pour les spectacles.
Il y a des limites à payer des milliers de dollars en cachets à des artistes de l'extérieur pour nous distraire deux ou trois heures un soir d'été. Il faut payer quand il y a des impacts économiques, touristiques et culturels, payer pour offrir un spectacle gratuit dans le but de s'amuser; je pense qu'on n'a plus les moyens pour ça. Je suis bien d'accord avec le maire de couper dans les spectacles gratuits à condition qu'on choisisse où couper. Il faut soutenir ceux qui se distinguent et mettre la pédale douce pour les autres.
Si on n'encourage pas nos événements majeurs, les trois ou quatre importants qui se distinguent à travers la province, ils sont condamnés à rester petits. Il faut toujours investir dans des joueurs de concession et fouetter nos meilleurs joueurs si on veut marquer des buts, les autres vont suivre la parade.